François de la Tullaye (Les Ailes pour l’Ouest) : « la mobilisation des opposants à l’aéroport de Notre-Dame des Landes, une foutaise totale »

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08/03/2016 – 05h00 Notre-Dame-des-Landes (Breizh-info.com) – François de la Tullaye est issu d’une vieille famille de la noblesse bretonne, anoblie en 1407. Père de quatre enfants, il s’occupe de la maîtrise d’oeuvre dans des opérations immobilières, notamment de bureaux. Il fait aussi partie des membres fondateurs de l’ACIPRAN en 2003, une association « citoyenne » fondée par six patrons de PME presque tous élus de la CCI de Nantes pour porter le soutien au projet d’aéroport. Il est toujours acquis à cette cause, et fait partie des Ailes pour l’Ouest, qui est le nouveau nom – depuis 2013 – de l’ancienne ACIPRAN. Breizh Info l’a rencontré et lui a posé quelques questions. Une interview vérité, loin du politiquement correct.

Breizh Info : François de la Tullaye, les opposants à l’aéroport viennent de réussir coup sur coup deux importantes mobilisations, d’abord début janvier sur le pont de Cheviré et le périphérique, où ils étaient près de 20.000, et ensuite tout récemment fin février sur la 2×2 voies Nantes-Vannes au niveau du Temple-de-Bretagne où ils étaient près de 50.000. Que pensez-vous de ces dernières mobilisations ?

François de la Tullaye : N’importe quoi, ils n’ont jamais été plus de 15.000. Et encore, en agrégeant tout un tas de causes et en faisant venir des opposants à d’autres causes depuis les quatre coins de la France et de l’Europe. S’ils recrutaient localement, ils seraient 3000 au max. La solution, ce serait qu’on fasse une grande manif avec 200.000 personnes et qu’on aille les déloger de la ZAD. Mais ce n’est pas dans nos façons d’agir.

Breizh Info : la contestation du projet d’aéroport est aussi devenue très symbolique. C’est le point de ralliement de toutes les contestations écologiques en France.

François de la Tullaye : Symbolique ? Mais c’est de la foutaise ? Tout le monde s’en balance de l’aéroport ! Y compris les opposants. Leurs sujets, c’est le changement de la société. Un type comme Julien Durand [le porte-parole de l’ACIPA, NDLR], vous discutez 5 minutes avec lui, il part sur l’anarchie. La lutte des opposants agrège tout un tas de mécontentements qui ne se polarisent pas sur l’aéroport.

Breizh Info : parmi les opposants à l’aéroport, il y a cependant de nombreux paysans – et des organisations paysannes, comme le collectif COPAIN 44 – qui refusent un projet qui va les chasser de leurs terres et urbaniser des terres arables.

François de la Tullaye : là encore, c’est de la foutaise totale. José Bové, si encore il était paysan, ce c…. Au Liminbout, Sylvie Thébaud et son mari se sont installés en 1999 alors que le projet avait été réactivé un an plus tôt, ils le faisaient en connaissance de cause. Une autre ferme a son siège en-dehors de la ZAD, ils ne sont pas concernés. Et puis Sylvain Fresneau, qui fait pleurer tout le monde, comme quoi il ne peut pas déménager ses 250 bêtes. Entre parenthèses, il s’agit d’une très grosse exploitation. Et puis le GAEC des Pommiers, son exploitation, dépose un permis de construire à 500 mètres au nord de sa ferme, en-dehors de la ZAD. Il ne peut pas déménager ses bêtes 500 mètres plus au nord, et c’est ça qui devrait bloquer le projet d’aéroport ? Il se fout de la gueule des gens, oui !

Breizh Info : et les exploitations agricoles qui sont nées sur la ZAD depuis l’échec de l’opération César à l’automne 2012 ?

François de la Tullaye : ils peuvent faire leur métier ailleurs, non ? Donc ils se sont installés là par idéologie, en sachant très bien que ce sont des terres dévolues à un projet aéroportuaire, et qui d’ailleurs ne leur appartiennent pas. Donc, non, il ne faut pas les prendre en compte.

Breizh Info : l’un des arguments majeurs avancés par les partisans du projet d’aéroport, c’est la saturation de l’aéroport de Nantes.

François de la Tullaye : oui, c’est un fait. Les prévisions faites sur l’avenir de l’aéroport il y a quelques années sont déjà largement dépassées.

Breizh Info : comment se fait-il alors que l’aéroport de Nantes est saturé avec 4,4 millions de passagers à peine, alors que celui de Genève, qui n’a qu’une seule piste aussi, n’est pas saturé avec plus de 15 millions de passagers ? L’aéroport de San Diego, qui n’a aussi qu’une seule piste, n’est pas non plus saturé alors qu’il vient de dépasser les 20 millions de passagers en 2015. Comment expliquez-vous cela ?

François de la Tullaye : L’aéroport de Genève n’est pas saturé, car vous le transférez où, l’aéroport de Genève ?

Breizh Info : on peut aussi se demander si les Ailes pour l’Ouest n’agrègent pas des positions qui n’ont pas grand chose à voir avec l’aéroport. Notamment quand on sait que les fondateurs de l’ACIPRAN étaient presque tous élus à la CCI et patrons, ou quand on voit le nombre de patrons dans l’association des Ailes pour l’Ouest qui a pris la suite.

François de la Tullaye : les Ailes pour l’Ouest ne sont pas une association de patrons. Il y a une centaine de personnes dans les groupes de travail de l’association, qui contribuent régulièrement, vous serez bien en peine d’y trouver plus de vingt patrons.

Breizh Info : vous êtes le porteur, depuis 2003, via une de vos entreprises qui s’appelle Iota, d’un projet de bureaux nommé Cité Expandis, auquel il a été fait une assez grande publicité dans la presse (Les Echos, le Télégramme ou encore le Moniteur). Le projet s’annonçait en effet géant : 30.000 m² en 6 bâtiments, dont un de services communs. Même si seuls deux bâtiments ont été construits, le reste a l’air d’être en sommeil. Surtout, sis tout près du bourg d’Orvault sur la route qui mène au Cardo et au terminus tramway d’Orvault-grand Val, il se trouve pile entre Nantes et le futur aéroport, s’il se fait. Votre soutien au projet aéroportuaire de Notre-Dame des Landes serait-il intéressé ?

François de la Tullaye : je vous arrête tout de suite. Je me suis retiré de cette opération, vers 2008 je dirais. Effectivement, il n’y a que deux bâtiments qui ont été construits. Mais au moins leurs surfaces ont été commercialisées.

Breizh Info : les opposants mettent en avant le risque que l’usine Airbus à Nantes ferme, si l’aéroport est transféré. Surtout que Philippe Grosvalet, président PS du conseil général de Loire-Atlantique, a lâché le morceau en avouant que la superficie de l’actuel aéroport sera urbanisée. La pérennité d’Airbus est en péril, non ?

François de la Tullaye : Airbus peut très bien se passer de l’aéroport, il a d’ailleurs suspendu les mouvements de ses Belugas vers le site de Nantes et ravitaille son usine par des barges. Puis si les Belugas reviendront [Airbus va construire une version encore plus grosse, le Beluga XL, qui sera partiellement assemblée en Bretagne, chez Stelia à Saint-Nazaire, NDLR], cela ne représentera que 4 mouvements par semaine, rien à voir avec les 923 mouvements par semaine en moyenne d’avions au-dessus de Nantes.

Breizh Info : N’empêche qu’il leur faudra quand même une piste. S’il y a des immeubles à la place, ça volera moins bien. D’ailleurs, des pilotes sont opposés au transfert de l’aéroport ; ils avancent notamment des arguments techniques tels que l’absence de dangerosité de l’actuel aéroport, qui relèverait selon le pilote Thierry Masson, d’une « agitation médiatique », fustigent des prévisions de trafic irréalistes, indiquent la possibilité d’améliorations de la capacité d’accueil à moindre coût.

François de la Tullaye : Nous aussi on a des pilotes au sein des Ailes pour l’Ouest. Ceux qui sont opposés au transfert, ce ne sont que 2 ou 3 personnes ; la plupart des pilotes sont ennuyés par le transfert car ils sont installés à 5 minutes de l’actuel aéroport. Et puis avec leurs gros salaires, il ne faut pas non plus qu’on pleure sur leur sort.

Breizh Info : les événements autour de Notre-Dame des Landes mettent en exergue l’extraordinaire perte d’influence de l’Etat. Sa parole ne compte plus. A votre avis, pourquoi ?

François de la Tullaye : L’Etat n’est pas respecté, c’est un fait. Mais c’est aussi parce que l’Etat n’est plus respectable.

Breizh Info : Pourquoi ?

François de la Tullaye : notre gouvernement est représentatif de ce qu’est devenue la politique. Ce ne sont pas des gouvernants. Ce sont des gens qui sont peut-être de bonne foi, mais qui roulent pour leur gueule. Et on en a à tous les niveaux de responsabilité. Indépendamment de toutes tendances politiques. Et le début du merdier date d’avant.

Breizh Info : de l’époque de Sarkozy ?

François de la Tullaye : Sous Chirac. C’était un crétin congénital qui ne réglait aucun problème. Ensuite il y a eu Sarkozy, un arriviste fini qui a réussi à couillonner tout le monde. Et maintenant on a Hollande, qui est arrivé par défaut, puisque DSK a sauté à cause de ses démêlés judiciaires à New York. J’en ai marre du politiquement correct. Ne pas dire les choses conduit à ce que la France arrive à une situation de blocage total, dont la question de Notre-Dame des Landes n’est qu’un des aspects.

Breizh Info : pourquoi êtes vous si engagé pour le projet aéroportuaire de Notre-Dame des Landes ?

François de la Tullaye : je suis extrêmement intéressé pour défendre une cause qui selon moi est civique. Quand on a réactivé l’ACIPRAN en 2013, en lui donnant un nouveau nom [les Ailes pour l’Ouest, NDLR], la raison, c’est que dans les médias, on n’entendait plus que les opposants. Je suis revenu pour ça. J’ai toujours légaliste. J’ai toujours voté. Sauf une fois, où Elisabeth Hubert s’était présentée pour la droite à Nantes [en 1995 La droite locale lui ayant abondamment savonné la planche, elle se serait rattrapée en 2002 selon Harousseau, qui a perdu aussi, NDLR]

Breizh Info : le gouvernement Ayrault s’est beaucoup impliqué pour le projet d’aéroport, c’est notamment à l’époque où l’ancien maire de Nantes était premier ministre qu’il y a eu une grande et très coûteuse opération policière pour virer les opposants de la ZAD. Opération [César] qui s’est terminée sur un échec total d’ailleurs, puisque non seulement que les opposants sont toujours là, mais il y a beaucoup plus d’habitants sur la ZAD qu’avant. Que pensez-vous de l’action de ce gouvernement ?

François de la Tullaye : Les deux ans où il était premier-ministre, c’était une véritable catastrophe. Le pire, c’était peut-être cette majorité de bric et de broc, avec des dossiers stratégiques dévolus aux écolos. Ainsi du logement, géré par cette connasse de Duflot, je souligne le mot connasse, qui a complètement détruit le secteur. Le plus désastreux peut-être, c’est l’extraordinaire isolement de Hollande, contraint de rappeler Ayrault pour lui confier le ministère des Affaires Etrangères.

Breizh Info : mais il a plutôt un bon bilan à Nantes ?

François de la Tullaye : il n’a rien relancé du tout à Nantes. En 1990, Nantes était la 7e ville de France, elle l’est toujours en 2015. Elle a évolué comme les autres grandes villes, Lille, Bordeaux etc., nous ne sommes pas sortis du peloton, c’est tout. Voilà tout le bilan d’Ayrault à Nantes.

Breizh Info : la France est effectivement dans une situation de blocage, voire de déclin, et beaucoup de gens avancent des raisons qui seraient à la racine du « mal français ». Des raisons qui seraient essentiellement identitaires – la montée de l’immigration par exemple, des communautarismes – ou économiques. L’effondrement de l’industrie, les charges qui pèsent sur les entrepreneurs, le trop-plein d’impôts. Qu’est-ce qui serait la racine du « mal français » pour vous ?

François de la Tullaye : le problème n’est pas économique mais idéologique. La France est victime de sclérose à tous les étages. Les structures sont sclérosantes, et les gens ne veulent pas passer par-dessus des institutions sclérosantes qui les bloquent. Les régions par exemple.

Breizh Info : c’est à dire ?

François de la Tullaye : le découpage régional et départemental est tout à fait obsolète. La réforme des régions n’a fait que renforcer cette obsolescence, au lieu d’y remédier. Par exemple Nantes est bretonne de tous temps, et a beaucoup de liens économiques avec le reste de la Bretagne. Nantes devrait être en Bretagne, c’est une évidence. Mais pas pour nos institutions et nos gouvernants.

Propos recueillis par Louis-Benoît Greffe

Crédit photo : wikimiedia commons (cc)
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  • MLB

    Concernant les exploitations agricoles du site du futur aéroport de NDDL, ce monsieur a raison : les terre ont été préemptées la plupart depuis plus 40 ans. Elles ont été concédées avec des baux non agricoles à des gens qui savaient ce qu’ils faisaient : ils connaissaient le statut de ces terres, et ils les louaient pour emmieller le monde le moment venu. Ce sont des militants politiques, une arrière garde vaguement anarchiste, vaguement marxiste. La collectivité a loué ces terres pour que l’entretien soit assuré. Au vu du déroulé des opérations, on se demande si ronces et chardons n’auraient pas été préférables. Cet épisode tendrait à prouver que quoi qu’on fasse, les terres en déshérence se couvrent de vermine. Réflexion valable pour l’ensemble de l’Europe.

    • moreau

      Vous devez être très malheureux pour dire des choses comme ça. De grâce, préservez votre cerveau de la déshérence, quelques pensées positives pourraient y germer.

      • MLB

        vous avez raison : je suis malheureux de voir ce que devient mon pays.

  • Pschitt

    Manifester, ça n’est pas dans les manières d’agir des partisans de l’aéroport ? Ce monsieur adopte l’attitude du renard qui trouve que les raisins sont trop verts ! Les partisans de l’aéroport ont fait leur grande manifestation en novembre 2014 à Nantes, avec le soutien du Medef et de la CGPME. Les entreprises du BTP y ont envoyé leurs salariés et leur matériel. Bilan : 1.000 personnes selon la police, 3.000 selon les organisateurs. M. de La Tuyllaye raconte n’importe quoi — et en cela il est assez représentatif des partisans du projet de nouvel aéroport.

  • kervarker

    Nantes en Bretagne !…

  • Grrrrrrrr

    Nous sommes prêts à recevoir des leçons de ce personnage, mais sa société immobilière ASTROLAB-Immobilier.fr ne serait elle pas en redressement judiciaire depuis le 22 juillet 2015 après 3 années d’exercices pour impayés (source verif.com) ?. Réservez vous vos leçons de politique, de stratégie et d’économie svp…

  • Grrrrrrrr

    Ah oui, j’allais oublier :
    Article 29 (loi du 29 juillet 1881)
    Modifié par Ordonnance du 6 mai 1944 – art. 4
    Toute allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération de la personne ou du corps auquel le fait est imputé est une diffamation. La publication directe ou par voie de reproduction de cette allégation ou de cette imputation est punissable, même si elle est faite sous forme dubitative ou si elle vise une personne ou un corps non expressément nommés, mais dont l’identification est rendue possible par les termes des discours, cris, menaces, écrits ou imprimés, placards ou affiches incriminés.

    Toute expression outrageante, termes de mépris ou invective qui ne renferme l’imputation d’aucun fait est une injure.

  • Grrrrrrrr

    Concernant les branquignoles…

    Article 29 (loi du 29 juillet 1881)

    Modifié par Ordonnance du 6 mai 1944 – art. 4

    Toute allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération de la personne ou du corps auquel le fait est imputé est une diffamation. La publication directe ou par voie de reproduction de cette allégation ou de cette imputation est punissable, même si elle est faite sous forme dubitative ou si elle vise une personne ou un corps non expressément nommés, mais dont l’identification est rendue possible par les termes des discours, cris, menaces, écrits ou imprimés, placards ou affiches incriminés.

    Toute expression outrageante, termes de mépris ou invective qui ne renferme l’imputation d’aucun fait est une injure.

  • Florent Gravouil

    Oh là là le niveau psychologique et humain de ce monsieur est consternant. Je comprends mieux l’opposition populaire au projet d’aéroport, et de fait, vu l’arrogance, la vulgarité et les possibles conflits d’intérêts de ce Monsieur, je m’associe à cette opposition contre un projet qui semble plus crapuleux que honnête. Préservons cette campagne face à de tels individus décadents.