De l’heure du crime aux grandes affaires criminelles pour les nuls, entretien avec Jacques Pradel [Interview]

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17/12/2016 – 09H00 Paris (Breizh-info.com) – Nous avons évoqué la sortie du livre de Jacques Pradel intitulé « les grandes affaires criminelles pour les nuls » (éditions First). A la suite de la chronique, nous avons contacté celui, qui est par ailleurs l’animateur d’une des émissions les plus écoutées de France à la radio, « l’heure du crime », chaque jour sur RTL.

Rencontre avec un animateur hors pair, auteur d’un livre passionnant sur l’histoire du crime.

Breizh-info.com :  Votre livre a beau être « pour les nuls », il semblerait qu’il vous ait demandé un travail considérable, notamment en matière de recherche, d’archive, de retranscription ?

Jacques Pradel : Heureusement que je n’ai pas réfléchi trop longtemps avant de me lancer dans cette aventure ! On ne peut pas écrire une histoire exhaustive du crime, de l’Antiquité à nos jours. Il fallait donc d’abord faire des choix, forcément subjectifs. Je me suis attaché à raconter des histoires pour lesquelles j’avais un éclairage personnel à proposer, ou, pour le moins, le désir de revisiter le dossier afin d’opérer un décryptage original.

Deux exemples, parmi beaucoup d’autres : le procès de Jésus, qui m’a conduit à reconstituer les circonstances géopolitiques de l’époque, un territoire soumis à une occupation étrangère, la menace des Romains de détruire le Temple de Jérusalem en cas de troubles sociaux, la multiplicité des secte juives se disputant le pouvoir religieux, et l’arrivée d’un « trouble-fête », Jésus, qui, en chassant les marchands du Temple, remet en cause le statut des grands prêtres pharisiens.

Il devient aussitôt l’homme à abattre. Pour se débarrasser de lui, on lui intente un procès truqué, en dépit de toutes les règles en vigueur à l’époque !

Plus près de nous, au XXème siècle, le pacte diabolique qui lie Michel Fourniret et sa femme, Monique Olivier, pour le meilleur et surtout pour le pire ! Sans la présence de Monique Olivier, Michel Fourniret serait-il devenu le tueur en série que l’on connaît ? Je pose la question !

Breizh-info.com :  Comment avez vous sélectionné, méthodiquement, les grandes affaires sur l’ensemble de l’histoire de l’humanité. Les choix ont du être cornéliens non ?

Jacques Pradel : Finalement avec cette grille de départ, les histoires se sont imposées d’elles-même. C’est à la fin de l’écriture que j’ai éprouvé un certain vertige en constatant la variété infinie des scénarios criminels depuis la nuit des temps jusqu’à aujourd’hui.

Breizh-info.com :  Vous nous apprenez par exemple, qu’au Kenya, un homme souhaite réouvrir le procès de Jésus devant le tribunal de la Haye. Extraordinaire non ?

Jacques Pradel : J’ai découvert l’existence de cet avocat Kénian tout à fait par hasard, au cours de mes recherches. J’ai vérifié. L’histoire est authentique. Je ne pouvais pas ignorer cette démarche qui démontre que si le procès de Jésus est certainement un des plus courts de l’Histoire (moins de 24h !), l’instruction n’est toujours pas terminée, 2000 ans plus tard !

Breizh-info.com :   Stéphane Bourgoin nous expliquait récemment que finalement, la fin du XXème siècle était beaucoup moins riche en affaires criminelles que d’autres périodes de l’histoire. Les progrès techniques mettent-ils à mal les intentions des tueurs en série et autres criminels ?

Jacques Pradel : La police scientifique complique sérieusement les projets des criminels endurcis, c’est vrai. Mais on est encore loin du scénario de « Minority Report », où l’on arrête le criminel avant même qu’il soit passé à l’acte. Le crime a malheureusement encore de beaux jours devant lui !

Breizh-info.com :   Vous évoquez le cas de Gilles de Rais, personnage important de l’histoire de la Bretagne. En quoi ce cas vous a t-il intéréssé spécifiquement ?

Jacques Pradel : Ce qui est passionnant dans l’histoire de Gilles de Rais, c’est la chute vertigineuse dans le crime, d’un soldat d’exception, ami de Jeanne d’Arc et du Roi de France, victime de sa folie des grandeurs. Il tente de retrouver sa fortune perdue en pratiquant l’alchimie et la magie noire. Mais tout se termine dans le sang et le déshonneur, avec un bilan criminel hors norme et des centaines de victimes !

Breizh-info.com :   quid de l’affaire Seznec ? Rejoignez vous plutôt le point de vue de Denis Langlois ou bien celui de Denis Seznec ?

Jacques Pradel : Je suis comme tout le monde, j’ai longtemps considéré cette affaire comme l’une des pires erreurs judiciaires du XXème siècle. Et j’admire encore aujourd’hui l’énergie dépensée par Denis Seznec, persuadé que son grand-père était innocent.

Mais le livre de Denis Langlois, « Pour en finir avec l’affaire Seznec », contient peut-être la clé de toute l’affaire : Un Seznec, condamné à tort pour un crime qu’il n’avait pas commis, mais protégeant jusqu’au bout son épouse, qui aurait tué Quéméneur pour échapper à une agression sexuelle ! Seznec n’a vraisemblablement pas tué.

Mais il a peut-être fait disparaître le cadavre et les preuves du crime, par amour pour son épouse !

Breizh-info.com :  Pourquoi les crimes contemporains semblent ils plus fasciner le grand public que ceux qui remontent plusieurs siècles en arrière ?

Jacques Pradel :  Peut-être parce qu’ils sont plus proches de notre vie quotidienne et que l’on peut plus facilement s’identifier aux victimes ou aux circonstances des crimes… Mais on parle encore de Gilles de Rai aujourd’hui !

Breizh-info.com :  Quels sont les personnages qui, dans votre livre, vous ont le plus, non pas fasciné, mais marqué ? 

Jacques Pradel : La liste est longue, très longue ! Disons que Elisabeth Bathory, la « comtesse rouge » est certainement la tueuse la plus prolifique de 16ème siècle et que son histoire fait encore frissonner quand on l’imagine, prenant des bains de sang dans le secret de ses chateaux des Carpathes, parce qu’elle pensait avoir trouvé l’élixir de l’éternelle jeunesse !

Il y a aussi le pauvre docteur Guillotin, qui n’a jamais assisté à une exécution, qui est mort dans son lit, et dont l’invention aurait du faire de lui un bienfaiteur de l’Humanité, puisqu’il croyait avec son procédé avoir inventé une « machine à tuer » qui, par sa rapidité, limiterait les souffrances des condamnés…

Breizh-info.com :   Avec la banalisation du sang, de la violence (notamment au travers des films, de l’Internet où tout est accessible, des jeux vidéos ultra violents), n’y a t-il pas un risque selon vous, de voir émerger une génération (on le voit déjà avec les soldats de l’Etat islamique) d’assassins particulièrement sanguinaires et sans aucune conscience ?

Jacques Pradel :  Je pense que l’histoire regorge de crimes horribles commis à une époque où le cinéma, la télévision et l’internet n’étaient même pas concevables. Il faut se garder de casser les thermomètres sous prétexte que la température qu’ils indiquent nous paraît excessive !

Breizh-info.com :   Comment réussissez vous à vous renouveler et à continuer à fidéliser de plus en plus d’auditeurs, lors de votre émission quotidienne sur RTL ?

Jacques Pradel : Comme l’ont répondu Landru ou Petiot aux curieux de la dernière heure, «  c’est mon petit secret »… le mien, au moins, ne fait de mal à personne !!

Propos recueillis par Yann Vallerie

Crédit photo : DR
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