Film. Les anonymes : un pienghjite micca . Plongée dans l’enquête sur l’assassinat du Préfet Erignac

les_anonymes

Actuellement, Canal+ diffuse le téléfilm « Les anonymes : un pienghjite micca » , sorti en 2012 et qui est une plongée dans l’enquête sur l’assassinat du Préfet Erignac, en 1998, à Ajaccio. Réalisé par Pierre Schoeller, il s’agit d’un film passionnant de 2h, dans lequel l’auteur a cherché à reconstituer , entre fiction et images d’archives, ce qui a amené des nationalistes Corses à vouloir abattre un symbole de l’Etat français, ainsi que la traque, et l’enquête qui a suivi cet assassinat.

Il s’agit en quelque sorte d’un travail de journaliste adapté au cinéma, avec « malheureusement » un Mathieu Almaric particulièrement nul (et à l’accent improbable) dans le rôle de Roger Marion, mais avec pour le coup le reste des acteurs, moins connus,  qui se distinguent.

Le film, d’une durée de deux heures – a le mérite de ne pas juger mais d’être filmé à la manière d’un reportage, d’une reconstitution. On y découvre les longues heures de garde à vue, d’interrogatoires de ces hommes et des ces femmes qui se sont lancés dans la spirale de la lutte armée contre ce qu’ils estimaient être un symbole de l’Etat.

On y découvre les interrogatoires d’Alain Ferrandi, chef du commando aujourd’hui condamné à la réclusion criminelle à perpétuité qui assume l’intégralité de ses actes, mais aussi de Pierre Alessandri, lui aussi condamné à la même peine, ou de leurs femmes, ou encore d’Yvan Colonna, qui clame son innocence encore aujourd’hui.

A noter qu’en 2016, après avoir purgé plus de la moitié de leur peine, les militants nationalistes corses se voient toujours refuser par la justice d’être regroupés en Corse au plus près de leurs familles – tout comme ils n’ont pas le statut de prisonnier politique, qui n’existe pas en France, ce qui rend leurs conditions de détention parfois très compliquées.

Ce film, dur, haletant, montre les forces, les faiblesses, parfois les contradictions de chacun de ces hommes, qui expliquent tous – pour ceux qui ont reconnu leur participation au commando – avoir agi pour réveiller les nationalistes Corses empêtrés dans des guerres de clan et parfois compromis voir manipulés par l’administration française.

Faiblesses – comme l’aurait sans doute tout homme sain d’esprit – durant ces longs interrogatoires, épuisants (les gardes à vue pour terrorisme pouvaient à l’époque durer jusque 96h, soit 4 journées contre 144 maximum aujourd’hui) plein de tensions que le réalisateur arrive parfaitement à faire ressentir.

Et petit à petit, chaque militant va faiblir, affecté par le redoutable travail de sape entrepris par les enquêtes de la police, et notamment par les chantages répétés concernant l’incarcération pour complicité des femmes des prévenus, et de facto, le placement des enfants…pour de longues années.

Ce qui fera d’ailleurs dire à Alain Ferrandi, l’une des phrases sans doute majeure de ces interrogatoires – outre l’enquête en elle même  : « La moralité de tout ça, c’est que lorsque l’on est un soldat, on reste seul dans la vie et célibataire. »

Les anonymes : un pienghjite micca est un film qui aurait largement mérité d’être porté sur grand écran.  Diffusé pour la première fois en 2013 sur Canal +, nous étions nombreux – pourtant d’habitude assez au fait de ce type de cinéma – à ne jamais avoir entendu parler de ce film. Il est à voir pour tous ceux qui veulent découvrir ne serait-ce qu’une petite partie (certaines zones d’ombre n’ont, par définition, pas été abordées et Yvan Colonna clame encore aujourd’hui son innocence) de cette affaire, qui avait marqué la fin du 20ème siècle en France.

A découvrir sur Canal + Replay ou à commander en DVD.

Crédit photo :  DR
[cc] Breizh-info.com, 2016 Dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine