Michel Déon, admirateur indéfectible de Maurras

01/01/2017 – 13h00 Paris (Breizh-Info.com) – Michel Déon est décédé à l’âge de 97 ans à Galway, en Irlande. Cet anarchiste de droite, monarchiste et réactionnaire était un des grands écrivains de la seconde moitié du XXe siècle.

Michel Déon, une histoire personnelle liée à l’Action française

C’est sur les îles que Michel Déon se sentait bien. En Grèce notamment. Il faut dire qu’il partageait un amour pour l’antiquité avec l’un de ses maîtres, Charles Maurras.

En effet, Michel Déon a été proche de Charles Maurras et a participé à la rédaction du journal d’Action française. « Rédiger des articles de presse, à L’Action française mais aussi dans d’autres journaux étudiants, était un bonheur fou. Je portais un grand intérêt à l’actualité et cela me permettait de rencontrer beaucoup de monde » déclarait-il à l’occasion d’un entretien pour la revue Philitt en septembre dernier. « Il m’a inspiré pour toujours un grand respect, du commencement à la fin. J’ai admiré en lui le polémiste, l’helléniste… et j’ai eu beaucoup de moments merveilleux avec lui. Il a pu commettre des erreurs, comme son antisémitisme, qui m’agaçait » poursuivait-il dans cet entretien.

Un attachement jamais renié

Michel Déon n’a jamais renié ce respect pour le maître. En 2012, l’Action française organisait un colloque pour les 60 ans de la mort de Maurras. Michel Déon avait envoyé à l’organisation politique un message introductif émouvant sur l’homme qu’il avait côtoyé.
Le voici reproduit, avec l’aimable autorisation de l’Action française.

« Chers amis,

En recevant la liste des interventions prévues pour « Maurras soixante ans après » il m’a semblé que les principaux thèmes seront éclairés par plus doctes que moi et que, s’il reste quelque chose à dire, c’est peut-être sur l’Homme – Maurras que j’ai approché à une cruciale époque de son existence où tout ce qu’il avait bâti durant sa vaillante jeunesse et sa maturité risquait de s’effondrer. En politique il y a ceux qui assument au péril de leurs vies et ceux qui prennent la fuite. En 1940 Maurras misa sur une politique à grands risques qu’il soutint jusqu’à la dernière heure.

A Lyon où on m’avait démobilisé en 1942, j’ai vu un Maurras se battre sur tous les terrains même les plus dangereux, pour sauver ce qui pouvait encore l’être dans des temps confus. Pied à pied, il a défendu un gouvernement dont il était loin de toujours partager les sentiments politiques, mais il n’en était pas d’autre pour lui si enraciné dans cette terre de France qu’il aimait au-dessus de tout. Nous savons ce que, des années après, le slogan de l’Action Française pouvait présenter d’ambiguïté : « La France, la France seule », mais c’était la mise en garde contre les concessions et les perches tendues par l’ennemi installé au cœur même du pays vaincu.
Ces deux années passées près de Maurras je les considère encore, soixante-dix ans après, comme les plus riches et les plus passionnantes de ma vie. J’étais là, comme dans une citadelle dont la garnison ne se rendrait jamais et notre commandant en chef, avant de tirer le canon sur les hérétiques, arrêtait un instant la bataille pour se rire des mauvais poètes ou se griser de Racine et réciter un poème qu’il venait de composer.

Dans les derniers mois, après les virgulages des dépêches du matin à la rédaction du journal, je suis souvent allé chercher moi même son article rue Franklin dans un modeste logis horriblement meublé mais où une gouvernante montrait assez d’autorité pour veiller un peu sur lui. Elle tirait les rideaux de sa chambre pour y laisser entrer le jour et s’en allait discrètement, me laissant seul avec lui qui avait, selon son habitude, travaillé jusqu’aux premières lueurs de l’aube. Dormant au fond d’une alcôve, il fallait habituer mes yeux pour découvrir, dans le fouillis des couvertures et de l’édredon, son mince visage triangulaire si beau dans sa jeunesse et maintenant creusé par l’âge, les veilles et les brûlants soucis de la vie. Il dormait sur le dos en paix sans un tressaillement, les mains à plat sur le drap, la chemise de nuit au veston rouge boutonné sur son cou impérieux.

Il m’est arrivé de rester ainsi un moment sans oser le réveiller quand l’actualité ne pressait pas. Son éditorial était prêt sur la table devant la fenêtre, un vingtaine de pages, vraiment difficiles à lire, arrachées à un cahier d’écolier parcouru d’une écriture quasi illisible. Au bout d’un moment je touchais sa main et il se réveillait d’un coup comme ces dormeurs sans rêves qui retournent à la réalité. Nous parlions de grands tout(s) et de petits rien, il jetait un coup d’œil sur l’édition du matin, corrigeait un article pour l’édition de l’après-midi. Je me demandais quelles forces transcendantes habitaient cet homme, en apparence grêle – je dis, « en apparence » puisqu’il s’est battu je ne sais combien de fois en duel, en passant sans une faiblesse les jours les plus sombres de sa vie et renaissant de cendres comme le Phénix.

A l’Académie, ne participant pas aux débats intérieurs et au travail du dictionnaire, il a peu marqué. Son successeur fut le Duc de Lévis-Mirepoix qui a écrit sur la vie singulière et en somme assez tragique de Charles Maurras ces lignes que je veux citer : « Il connut sans fléchir les pires vicissitudes et la plus cruelle de toutes. Un nom vient naturellement à mes lèvres. Il eut à subir comme Socrate la colère de la cité.
Sans sortir, messieurs, de la sérénité qui s’impose en ce lieu sans se mêler aux luttes intestines au-devant lesquelles il s’est lui-même toujours jeté, on ne pourrait loyalement évoquer la mémoire de cet homme sans apercevoir au-dessus de tous ces tumultes son brûlant civisme, son indéfectible amour de la patrie. »

Michel Déon, de l’Académie française

Photo : DR
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  • François Cravic

    Les idées de Michel Déon ne se résument pas à la période où il vécut proche de Charles Maurras et de l’Action française. En faire un réactionnaire est une erreur, anarchiste de droite est sans doute le qualificatif qui lui va le mieux . C’est un homme qui pouvait admirer un écrivain d’extrême gauche : « au delà des idéologies, une grande fraternité reste possible », tout en collaborant à « Défense de l’Occident » la revue de maurice Bardèche qui n’avait rien de monarchiste ou à « la Parisienne  » de Jacques Laurent. « J’aime l’ordre et la révolution, la guerre et la paix, le sexe et la pudeur » déclarait-il en 197O ajoutant que son héros de roman préféré était Bardamu de Louis Ferdinand Céline. En 1999 Déon préfaçait une biographie du sulfureux dessinateur Jean Boullet, alors réac ou bigot, non pas du tout, un peu esthète, un peu ricaneur, un peu dilettante surement !

  • Arnold Schwarzenegore

    Ne jamais lire un livre écrit par quelqu’un qui s’apelle Maurras, Moreau, Morillon etc… simple question d’hygiène.