Législatives : qui sont les candidats investis par le PS en Loire-Atlantique

03/01/2017 – 07H00 Nantes (Breizh-info.com) – Le PS a investi ses candidats aux législatives 2017, après que les militants se soient prononcés à leur sujet. Pas de coup d’État ni de frondeurs investis : le clan Ayrault tient fermement ses troupes… et toutes les riches prébendes du coin. Cependant, quelques têtes neuves apparaissent, tant dans des fiefs que dans des circonscriptions casse-pipe.

Nantes-Orvault : le PS s’efface

Dans la 1ère circonscription, le ralliement de François de Rugy au gouvernement – il a claqué la porte d’EELV pour présider Ecologistes !, un parti satellite du PS qui regroupe les écolos qui ont préféré des postes au gouvernement ou la conservation de leurs « droits acquis » grâce au PS dans les collectivités locales de gauche – lui profite. Le PS s’efface et lui laisse une voie royale. Dans la mesure où ce dernier est favorable à la réunification bretonne, il est assez probable que l’UDB – autre parti satellite du PS à (légère) coloration bretonne – ne présente pas de candidat contre lui, la seule candidature (un peu) de gauche qui pourra le perturber sur son positionnement centre-droit devrait émaner du mouvement d’Emmanuel Macron, En marche, qui s’est déjà structuré en Loire-Atlantique et entend présenter des candidats dans toutes les circonscriptions.

3e, 4e, 5e, 6e, 10e circonscriptions : ils rempilent

L’économiste Karine Daniel – qui est aussi enseignant-chercheur à l’Ecole supérieure d’agriculture d’Angers – et qui s’était fait élire en 2016 lors de la législative partielle au siège historique de Jean-Marc Ayrault, rempile dans la 3e circonscription. Jusque mai 2016 elle était adjointe au maire de Nantes chargée de l’enseignement supérieur, la recherche, l’Europe et les relations internationales, et élue du quartier Bellevue – Chantenay – Sainte-Anne depuis 2008, ainsi que vice-présidente de Nantes Métropole déléguée aux relations internationales, l’Europe, l’enseignement supérieur et la recherche. Née en 1974 à Nantes, elle est issue d’une famille d’agriculteurs de Guéméné-Penfao. Son suppléant est Jean-Michel Eon, adjoint aux finances à Couëron et fonctionnaire territorial au CREPS (centre de ressources, d’expertises et de performances sportives) des Pays de Loire.

Karine Daniel a été préférée par les militants à Yamna Chriraa, ‎chargée de mission au sein de la Direction générale au développement économique et attractivité internationale de Nantes Métropole et adjointe au maire de Saint-Herblain en charge de la citoyenneté. Militante communautaire, elle a lancé en 2010 le club Capacités pour mettre en réseau les entrepreneurs issus des cités. Elle a cosigné avec deux autres musulmans – dont l’imam de la grande mosquée de Bordeaux – une tribune pour condamner à la fois les attentats contre Charlie Hebdo et la « stigmatisation » des musulmans et de l’islam.

Dans la quatrième circonscription (Nantes-Rezé), Dominique Raimbourg rempile. Principal artisan – avec Jean-Marc Ayrault – d’une politique « d’intégration » des Roms à Nantes et Nantes-Métropole qui a provoqué leur arrivée massive dans le département, il n’en assume évidemment pas les conséquences, tant pour le contribuable que pour les habitants et les entreprises de Loire-Atlantique, notamment dans plusieurs communes de l’agglomération nantaises qui sont véritablement sinistrées. Sa suppléante est Myriam Bigeard, conseillère générale du canton Rezé-1 élue en 2015 et jusque là élue conseillère municipale (depuis 2001) puis adjointe (depuis 2008) à Bouguenais, où elle vit depuis 1997. Encartée au PS depuis 2001, elle est professeur d’économie sociale dans un lycée du Vignoble.

Dans la cinquième circonscription (Nantes-Erdre, Carquefou, Nort, Ligné, la Chapelle-sur-Erdre), Michel Ménard, député depuis 2007, rempile. Il est aussi depuis 2015 conseiller général du canton de Nantes-7, après avoir été de 2001 à 2015 celui de l’ancien canton de Nantes-8, supprimé depuis. Il est président depuis 2011 de l’office public HLM de Loire-Atlantique (Habitat 44)  et vice-président de la commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale. Il fait également partie de la mission d’information sur la gouvernance et le financement des structures associatives et participe aux travaux de plusieurs groupes d’études, notamment sur les thématiques de l’éducation, de la vie associative, de l’économie sociale et solidaire (ESS), du sport et du logement. Il préside aussi le groupe d’amitié France-Tunisie de l’Assemblée. Sa suppléante est, comme en 2012, Elsa Pennuen. Arrivée en 2003 à Nantes, elle y a fait des études de droit, puis a travaillé cinq ans comme juriste au syndicat UNSA. Ensuite, d’après ses mots, « militante socialiste, j’ai ensuite été engagée par Jacques Auxiette, président de la région des Pays de la Loire au sein de son cabinet comme conseillère technique sur les sujets sociaux (emploi, relations sociales et formation professionnelle) et sociétaux (égalité hommes/femmes, handicap, santé…) ». Elle quitte le conseil régional en 2010 pour créer une entreprise de conseil en RSE, Agiress.  Elle se présente en 2014 avec Gilles Cavé dans la liste de gauche pour Carquefou, est battue et élue comme conseillère municipale d’opposition ; elle quitte le conseil municipal en septembre 2015 car, selon Gilles Cavé, ses « activités professionnelles ne sont plus compatibles avec l’activité municipale ».

Dans la sixième circonscription (Ancenis, Châteaubriant, Blain, Saint-Nicolas de Redon) Yves Daniel repart à l’assaut. Cet agriculteur de Mouais, vice-président du conseil général de Loire-Atlantique de 2004 à 2012, a été élu il y a cinq ans à la faveur de la vague rose, et d’une certaine lassitude, autour de Châteaubriant, suscitée par Michel Hunault. Cependant, sa circonscription penche à droite et risque de basculer à nouveau. Fragilité supplémentaire : il ne s’est jamais prononcé contre l’aéroport de Notre-Dame des Landes – au contraire, il l’a défendu en 2012 et ses vœux à Mouais ont été perturbés par les opposants en 2013. Tout cela lui complique la tâche dans le pays de Blain, bien moins à droite comme l’ont montré les élections cantonales 2015 où la gauche a sauvé son siège, mais où nombre d’électeurs et militants de gauche sont opposés au projet. Cependant un boulevard ne s’ouvre pas devant la droite : le FN cartonne dans le nord-est du département, notamment autour de Châteaubriant où aux régionales 2015 il a dépassé les 24.5% dans 29 communes et les 30% dans cinq communes.

Dans la dixième circonscription (Vignoble), Sophie Errante, qui a elle aussi conquis la circonscription il y a cinq ans avec la vague rose, repart au combat. Fille d’un professeur de français et d’une sage-femme, elle effectue des études de commerce international et vit à la Chapelle-Heulin depuis 1998 ; elle y a fondé une entreprise d’équipements médicaux avec son mari, Partenaire hospitalier international. Elle était maire de la Chapelle-Heulin de 2008 à 2014, avant de passer le relais, la municipalité étant toujours de gauche. Elle est aussi membre des Chevaliers Bretvins en tant que Dame de la Duchesse Anne, des Gastronomes de la Mer en tant qu’Ecuyère et du Musée du Vignoble de Nantes. Sa circonscription étant elle aussi sociologiquement de droite, elle devrait logiquement y revenir, à moins d’une triangulaire avec le FN au second tour.

9e circonscription : elle ne sait pas

Dans la 9e circonscription (Pays de Retz), Monique Rabin ne sait pas si elle va rempiler. Son hésitation est logique. Elue en 2012 sur fond de vague rose, et de réelle polémique puisque le sortant Philippe Boënnec, en difficulté, avait demandé et obtenu l’appui du FN, elle risque de voir sa tâche nettement compliquée. Non seulement parce que le Pays de Retz penche plutôt à droite – surtout sur la côte, mais que le FN s’y implante efficacement et y fait des scores de plus en plus importants. Aux régionales 2015 il a dépassé la barre des 24.5% dans six communes (La Plaine, Arthon, Fresnay, La Marne, Saint-Lumine de Coutais, Vue), de 28% dans deux communes (28,69% à Saint-Etienne de Mer-Morte, 29,58% à Chauvé) et les 30% à Bourgneuf-en-Retz.

Trois candidats (pas si) nouveaux dans les 2e, 7e et 8e circonscriptions

Dans la 2e circonscription (Nantes-centre), après 20 ans, Marie-Françoise Clergeau passe la main. Le petit nouveau s’appelle Alain Robert. Il n’est d’ailleurs pas si nouveau, car il est conseiller général du canton Nantes-3 (centre-ville et Ile Sainte-Anne) depuis trois mandats. Il est aussi adjoint au maire de Nantes. Sa suppléante est Delphine Rabu. Professeur de lettres modernes au collège René-Guy-Cadou de Montoir-de-Bretagne, encartée au PS depuis 2009, elle a fait partie du comité de soutien de Johanna Rolland à la mairie de Nantes en 2014.

Les militants ont préféré ce duo soutenu par le clan Ayrault à deux autres candidatures internes. La première était celle d’Eric Thouzeau, ancien cheminot encarté à la CFDT de 1975 à 2003, puis à la CGT, et militant de 1973 à 1994 à la LCR, puis depuis au PS. Il y devient secrétaire aux entreprises (1997-2003) au sein de la fédération de Loire-Atlantique puis trésorier de la fédé. Détaché à plein temps pour activité syndicale de 1997 à 2009, il est l’animateur de la gauche du PS dans son département, il est conseiller régional des Pays de Loire depuis 2010 et président d’Air Pays de Loire depuis juillet 2014. Il se dit ouvertement « frondeur » de gauche et est réputé proche de Montebourg. Les militants ont aussi repoussé la candidature de Ladislau Costa, plombier à Nantes, plutôt opposé à Valls à en croire son compte Twitter et proche localement de Jocelyn Bureau et de Yamna Chriraa.

Dans la 7e circonscription (Guérande-Pontchâteau-St Gildas des Bois) le PS a investi Anne Boyé. Celle-ci habite La Baule depuis 1972 et est professeur de mathématiques en retraite ; titulaire de l’agrégation de mathématiques, elle a enseigné au lycée Grand Air et est aussi chercheur associé en histoire des mathématiques au Centre François Viète de l’Université de Nantes. Elle a dirigé la partie consacrée aux mathématiques du dictionnaire universel des créatrices, ouvrage écrit, dans une perspective militante, pour « proposer des modèles féminins ». Elle est conseillère municipale de gauche à La Baule. Son suppléant, Nicolas Brault-Halgand, est animateur socio culturel à Saint-Nazaire, et adjoint au maire de La Chapelle des Marais, en charge de la vie associative, du sport et de l’événementiel. Issu du moule moderniste de l’action catholique des enfants (1978-1986) et de la jeunesse ouvrière chrétienne (1986-1995), il prend sa carte au PS en 1991 et est d’abord à la section de Saint-Nazaire, puis après 2010, à celle de la Chapelle des Marais. Il est aussi militant CFDT depuis 1994, et a diverses activités associatives à Saint-Nazaire. Tous deux vont au casse-pipe : la 7e circonscription devrait, compte tenu de sa population et des tendances électorales, rester à droite.   « La candidature PS sera par ailleurs torpillée par le mouvement En marche de Macron, qui aurait réussi à recruter Hélène Challier », croit savoir un observateur averti de la politique guérandaise. Celle-ci a quitté très récemment le PS et est très connue dans la Presqu’île, contrairement à Anne Boyé.

Enfin dans la 8e circonscription, Laurianne Deniaud, première adjointe au maire de Saint-Nazaire et élue à la CARENE, a été investie. « Il existe à Saint-Nazaire un système Samzun comme il y a un système Ayrault à Nantes », remarque un Nazairien encarté au PS : « l’important, c’est que rien ne dépasse ». Cette apparatchik PS, née à Saint-Nazaire en 1982, a successivement été présidente du Mouvement des jeunes socialistes de novembre 2009 à novembre 2011 puis secrétaire nationale du PS à la vie associative, conseillère de François Hollande pendant l’élection présidentielle et chef de cabinet de François Lamy (ministre délégué à la Ville) jusqu’en novembre 2013. Auparavant elle était animatrice fédérale du MJS 44 en 2002-2004, et impliquée au sein de la fédération nationale Léo Lagrange, dont elle était vice-présidente de 2008 à 2012, spécialisée sur les questions de jeunesse. Cette féministe engagée a aussi organisé, avant la présidentielle 2007, les Assises de la jeunesse qui ont impliqué dans des débats des milliers de jeunes français. Elle est en couple avec un autre apparatchik socialiste, Valério Motta, responsable des activités web du PS puis conseiller technique à la communication au cabinet de Jacques Auxiette au conseil régional Pays de Loire, puis conseiller communication et presse de la  secrétaire d’État chargée des Droits des femmes, Pascale Boistard depuis octobre 2014. Le suppléant de Karine Daniel est Frédéric Pilorge, ingénieur chez GE Renewable Energy, et responsable depuis 2014 de la section PS Loire et Sillon ; il habite à Savenay. Bien que la 8e circonscription penche très nettement à gauche, s’y faire élire risque de ne pas d’être une promenade de santé, dans la mesure où le FN s’y est très bien implanté – notamment à Saint-Nazaire et dans les anciens fiefs communistes briérons.

Louis Moulin

Photo :DR
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