Conflit d’intérêts pour Jean Blaise, régisseur de la culture à Nantes

Le Voyage à Nantes a son siège dans une ancienne biscuiterie

10/01/2017 ‑ 07H00 Nantes (Breizh-info.com) ‑ Depuis bientôt vingt-huit ans, Jean Blaise tire les ficelles de la culture et du tourisme à Nantes. Proche de Jean-Marc Ayrault, maire de la ville entre 1989 et 2012, il est directeur général de Le Voyage à Nantes, qui gère l’office de tourisme, le château des ducs de Bretagne, les Machines de l’île, le Lieu Unique, etc. Financé essentiellement par les collectivités locales qui lui versent plus de 10 millions d’euros de subventions par an, Le Voyage à Nantes est cependant une société publique locale (SPL). Ce statut lui permet d’échapper à beaucoup de contraintes du droit administratif.

Charmeur et tchatcheur, Jean Blaise est un homme de communication. Chaque fois qu’il organise une manifestation, il veille à diffuser des communiqués de victoire à la presse locale, régionale et nationale. Et cela que les manifestations soient réussies (Les Allumées, dans les années 1990), ratées (Trafics, Fin de siècle, Estuaire) ou ambiguës (Le Voyage à Nantes, dont les résultats officiels 2013, 2015 et 2016 ont été vivement contestés). Ces proclamations unilatérales ont fini par faire boule de neige : si elle s’est progressivement détériorée dans les milieux culturels nantais, la réputation de Jean Blaise brille au firmament de l’establishment culturel national.

Cela lui a valu une mission d’étude officielle sur l’art dans l’espace public, confiée par Aurélie Filipetti, compagne d’Arnaud Montebourg, du temps où elle était ministre de la Culture. Une mission qui a débouché voici quelques mois sur un rapport aussitôt rangé sur une étagère poussiéreuse. Jean Blaise ne dédaigne pas non plus les commandes privées. À côté de son poste salarié au Voyage à Nantes, il exerce à domicile une activité indépendante de « création artistique relevant des arts plastiques ». Il a ainsi été chargé du commissariat d’une exposition lors de la création du Mucem de Marseille ou de l’animation d’un congrès des Relais & Châteaux (hôtellerie de luxe) à Paris en 2014.

Asile culturel chinois ?

Mais sa dernière mission extérieure passe plus difficilement : il est chargé d’organiser les fêtes du 500e anniversaire de la ville du Havre en tant que directeur artistique. Avec un budget de 20 millions d’euros, cette manifestation s’étalera sur quatre mois ; son coup d’envoi sera donné le 27 mai. Elle vise à faire du Havre « la star de l’année 2017 », dit Jean Blaise. Ce qui a valu à ce dernier un « carton rouge » du quotidien nantais Presse Océan. Car avec le Voyage à Nantes, Jean Blaise est déjà chargé de faire de Nantes la star de tous les étés…

Le conflit entre l’intérêt privé de Jean Blaise au Havre et son rôle public à Nantes est d’autant plus criant que Nantes rouvrira le 23 juin son musée d’arts (nouvelle appellation du musée des beaux-arts). En quatre ans et demi de travaux, la ville a investi un budget pharaonique, près de 90 millions d’euros, dans sa rénovation et son agrandissement. Ce sera, tout le monde en convient, l’événement culturel majeur de l’année 2017 pour la cité des ducs.

Ce grand écart ne semble pas troubler Jean Blaise : il vient d’annoncer à France Bleu Loire Océan son intention de se rendre prochainement en Chine pour démarcher les professionnels du tourisme. Est-il possible de tout mener de front efficacement ? Le doute s’insinue à Nantes. « En pleine période de préparation à la fois d’Un été au Havre 2017 et du Voyage à Nantes 2017, même pour un surhomme comme Jean Blaise, cette escapade en Chine est de trop », ironise un communicant nantais. « À moins qu’il ne compte demander là-bas l’asile culturel pour cause d’échec de l’une ou l’autre de ces manifestations. Ou des deux… »

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    Tant qu’on lui donne du fric pourquoi se générait-il ? Peut être que la Cour des comptes pourrait tirer la sonnette d’alarme comme elle vient de le faire pour la Commune limitrophe d’Orvault ? Orvault dont la partie de la Taxe Foncière au titre de l’Intercommunalité a augmenté de +875 % (je dis bien 875) en 2016 ! Merci Johanna Rolland, et Vive la Sociale !