Fêlure n’est pas rupture, un livre de Denise Pop [interview]

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10/01/2017 – 07H45 Rennes (Breizh-info.com) – Docteur ès-lettres, Denise Pop fut enseignante et chercheur à l’école des hautes études en sciences sociales de Paris.

Tombée sous le charme de Quiberon, et son violon d’Ingres étant la peinture, elle expose désormais régulièrement d’étonnantes aquarelles de l’Île d’Hoëdic (Le port d’Argol), Belle-Île (L’aven ster-ouen), Quiberon (Menhirs de Manémeur),Ploumanach (« Le dragon »), des alignements de Kerbourgnec ou encore des plages de Saint-Guirec et Costaérès, etc.

Également auteur de plusieurs livres aux éditions Dualpha, dont  Fêlure n’est pas rupture qui vient tout juste de paraître en ce mois de janvier 2017.

Fabrice Dutilleul l’a interrogée.

Vous relatez, entre autres, dans ce nouveau livre des souvenirs de votre enfance passée, elle, à Armentières (Hauts-de-France) durant la IIe Guerre Mondiale ?

Denise Pop : Je suis loin d’avoir épuisé cette mine d’or que sont l’enfance et l’adolescence de tout être sensible. Plus j’écris sur mon passé, plus facilement resurgissent les souvenirs décapants, douloureux parfois, mais toujours révélateurs des tensions enfouies par un trop plein d’émotions enfantines.

La première partie baptisée « Une enfance gâtée » (à prendre à contre-sens) en est le témoignage. Écrite dans un style juvénile, imagé, fleuri, est le parti-pris que j’ai choisi pour adoucir la dureté de certains faits relatés.

Vos témoignages sur les histoires vécues par des proches parents ou par des amis de votre famille sortent du domaine de l’intime pour servir l’Histoire…

Denise Pop :  C’est le but souhaité. En décrivant chacune de ces histoires vraies avec beaucoup de sincérité et d’honnêteté, j’ai voulu rendre hommage à leurs « héros et héroïnes ». La force de l’écriture a le pouvoir de relativiser les chagrins du Passé et de magnifier le Présent. Le Temps a fait son œuvre dans ma vie comme sur tous les éléments qui m’entourent aujourd’hui.

Est-ce la raison du titre de la deuxième partie : « Une vieillesse rêvée » ?

Denise Pop : Oui, j’ose l’avouer. J’assume pleinement ma vie de Quiberonnaise, sous le choc et le charme d’un environnement minéral qui me conforte sur la pérennité de notre planète. Les rochers de la côte sauvage de cette superbe presqu’île m’offrent un lieu de travail, de contemplation et d’émerveillement perpétuel.

J’y peins mes aquarelles sur le vif et j’y écris toutes les réflexions que m’inspire mon présent, sans redouter l’avenir, puisqu’il me semble être déjà entrée dans l’éternité… Ce n’est qu’une vue de l’esprit !

C’est pourtant votre approche quotidienne des gens du terroir qui vous a donné l’envie d’écrire sur « le gigantisme » comme idéal esthétique des créateurs. Un vaste sujet, inépuisable !

Denise Pop : Oui et non. Certes, l’idée s’est concrétisée dans un autobus des lignes régulières des TIM (Transports Interurbains Morbihannais) en écoutant parler les usagers. Mais depuis longtemps ce thème me tourmentait.

Il ne me manquait que le fil conducteur qui relierait les moments intenses d’émotion ressentie au cours de mes pérégrinations, face aux géants de pierre créés par l’orgueil et l’esprit dominateur des humains. Dans une parfaite continuité, les Hommes de tous les temps et de toute culture ont fait et font preuve d’un courage et d’une audace remarquable pour laisser à la postérité des traces de leur passage sur terre.

Mon attirance pour le brut, le naturel, le solide, le durable date de ma plus tendre enfance, mais n’a cessé d’évoluer depuis. La Bretagne m’offre, en cadeau, ses trésors d’art brut : les mégalithes, dressés par les peuples sans écriture, mais pas sans croyances. Puis son intarissable miracle de la main au flambeau, celle de Sainte-Anne, qui apparut dans le pays alréen à Yvon Nicolazic dans le cours du XVIIe siècle, pour l’inciter à bâtir un sanctuaire digne de l’aïeule du Christ : la célèbre basilique de Saint-Anne d’Auray où, chaque année, le 26 juillet, un Grand Pardon réunit quelque 25 000 pèlerins.

Cette belle histoire de famille m’inspira le rapprochement avec la main au flambeau dressée dans le mémorial de la bataille de Stalingrad, à Volgograd en Russie, visité en 1974. Le chapitre traitant des « Femmes au flambeau » s’imposait alors pour la plus grande gloire de leurs artistes créateurs : Mère-Patrie portant haut le glaive, ou Liberté éclairant le Monde, lumière-phare éclairant le port de New-York, ces géantes de pierre continueront encore longtemps à nous fasciner.

Enfin, la « Vallée des Saints » que j’ai eu la joie de découvrir en juin 2016 est le projet fou, lancé en 2009 par des Bretons à l’âme bien trempée, de voir s’élever 1 000 statues géantes des saints protecteurs de la Bretagne, sur une colline des Côtes d’Armor, à Carnoët, durant tout notre siècle. Sous nos yeux écarquillés se dressent chaque année plus nombreux, les géants de granit, sculptés par des artistes contemporains, bien décidés à étonner le monde pendant des siècles et des siècles.

L’initiateur Philippe Abjean a dit, le 21 février 2009 à Landreverzec, dans le discours du lancement officiel de son projet : « Les gens ont besoin de projets ambitieux. Il faut être un peu mégalo. La démesure est typiquement bretonne. Le Breton n’est excellent que dans l’excès ». J’adhère totalement à cette vue de l’esprit, depuis que j’ai le bonheur de vivre en permanence dans cette chère Bretagne.

Denise Pop, Fêlure n’est pas rupture, Dualpha, collection « Vérités pour l’Histoire » dirigée par Philippe Randa, 246 pages, 25 euros, nombreuses illustrations dont une sélection de 23 aquarelles couleurs sur l’identité Bretagne.s

(Propos recueillis par Fabrice Dutilleul)

Crédit photo : DR
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