Nantes Métropole veut surveiller les opposants notoires sur le web

Johanna Rolland communique sur la vidéoprotection. Encore une façon de tuer le père ? Jean-Marc Ayrault avait toujours dit qu’il n’en voulait pas. Ce qui n’avait pas empêché l’installation des dizaines de caméras d’InfoCirculation™. Vous passez place du Cirque ? Rue de Strasbourg ? Pont de Pirmil ? Place de la Croix-Bonneau ? Souriez, vous êtes filmé !

« Les caméras seront uniquement positionnées sur l’espace public et non sur des bâtiments privés ou municipaux », assure-t-elle. Cet « uniquement » signifie-t-il qu’on va retirer, par exemple, la douzaine de caméras surveillant le Mémorial de l’abolition de l’esclavage ? Car oui, en principe hostile aux caméras, Jean-Marc Ayrault en a quand même truffé ce monument cher à son cœur. Ce qu’une signalétique trop modeste se garde de proclamer.

La vidéoprotection dont parle Johanna Rolland n’est donc pas une nouveauté. À ce stade, d’ailleurs, il s’agit uniquement d’une étude sur une possible évolution des équipements. Pourquoi en parler, alors ? Peut-être pour détourner l’attention d’une surveillance moins visible mais plus ambiguë, qui ne vise pas les délinquants mais les opposants.

Les bad buzzers identifiés

Nantes Métropole vient de publier un appel d’offres pompeusement intitulé « Marché d’accompagnement stratégique et opérationnel sur les contenus numériques (sites et réseaux sociaux) de la Ville de Nantes et de Nantes Métropole ». Nantes est déjà très présente sur le web, elle possède plusieurs sites, des applications, une page Facebook, etc. Mais il faut croire que Johanna Rolland juge insuffisant le travail de ses communicants : la consultation porte sur les « contenus » et non sur la technologie. Comme le précise le cahier des clauses techniques particulières, la ville veut « élaborer une stratégie de présence et d’influence sur les espaces numériques ».

Une stratégie d’influence ? En termes moins techno, cela s’appelle « propagande ». Et ce n’est pas tout. Parmi les missions du prestataire de Nantes Métropole figurent aussi les deux tâches suivantes :

  • « Alerting : remontée d’alerte en cas de bad buzz, de rumeurs ou de mentions négatives concernant Nantes sur les réseaux sociaux et les médias en ligne ».
  • « Identification d’influenceurs thématiques sur Twitter, Facebook, Instagram et Youtube ».

Ça ne vous rappelle rien ? Il y a dix ans de cela, Jean-Marc Ayrault avait entrepris un fichage des « opposants notoires »*. Il comptait pour cela sur les  militants socialistes. Faute de militants peut-être, Johanna Rolland, s’apprête à ficher ses opposants en ligne aux frais des contribuables. Le montant du marché pourrait s’élever jusqu’à 1.920.000 euros hors taxes.

Sven Jelure

Source : La méforme d’une ville

Photo : DR

* Note Breizh-info : L’expression « opposants notoires » renvoie aux préparatifs des élections municipales de 2008 à Nantes. En novembre 2007, Jean-Marc Ayrault avait adressé ses instructions pour la campagne électorale aux militants socialistes. Entre autres missions, ils devaient signaler « la présence de relais connus ou d’opposants notoires à la municipalité ». La démarche de fichage individuel était évidente. Rendue publique par un militant scandalisé, elle avait suscité à droite une dénonciation du « système Ayrault », avec des échos dans la presse nationale. Une plainte avait même été déposée auprès de la Commission nationale informatique et libertés (CNIL) par une conseillère municipale d’opposition, Annick du Roscoat.

La plainte avait été classée par la CNIL. Mais contrairement à ce que dirait Jean-Marc Ayrault plus tard, la CNIL n’avait pas « fait litière » de l’accusation : ainsi que l’a relaté Jean-Marie Biette dans L’Inconnu de Matignon (Archipel, 2012), elle avait seulement noté que de nouvelles instructions adressées aux militants leur avaient demandé de « détruire immédiatement tout questionnaire mentionnant l’identité de personnes physiques ». Ce qui revenait à reconnaître le fichage tout en y mettant fin.