Législatives en Loire-Atlantique : foire d’empoigne entre PCF et La France Insoumise sur la première circonscription

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17/05/2017 –07H45 Nantes (Breizh-info.com) –  François de Rugy, ex-écolo-centriste élu avec les voix socialistes avant de rallier Macron, peut se frotter les mains. Il n’aura guère de concurrence sur sa gauche, où les événements sont en train de tourner à la farce. Contre toute logique en effet, communistes et mélenchonistes se présentent en ordre dispersé. Cerise sur le gâteau : ces derniers ont changé de candidat à la dernière minute, désavouant brutalement celui qui avait été investi.

Ce dimanche 14 mai, alors que les cornemuses de la Tablée bretonne réveillent le cœur du centre-ville, encore un peu endormi, des militants du PCF, avec Aymeric Seassau, tractent en haut du marché de Talensac. L’ambiance est plus que morose, nous rapporte un témoin. Un électeur passe : « je mettrai deux bulletins dans l’enveloppe, le vôtre et celui de la France insoumise, pour vous apprendre à vous entendre ! ». Un jeune homme déplore la foire totale sur les circonscriptions, avec une multiplicité des candidatures à gauche : « vous allez faire 3%, la France insoumise 8 ou 10, c’est une circonscription très bobo la première, résultat personne ne passera ».

Aymeric Séassau explique qu’il cherche des alliances au PS – en fait la tendance de Benoît Hamon, qui a appelé au rassemblement avec le PCF et les Verts – et les Verts, et ce jusqu’à la date limite du dépôt des candidatures le 19 mai. « Nous ferons bien 3% mais ce n’est pas de notre faute. Nous n’avons cessé d’appeler au rassemblement, mais la France insoumise a interdit à ses fédérations départementales de discuter localement avec nous, tout doit passer par Paris pour y être approuvé ». Quand la vieille tradition du centralisme démocratique se retourne contre les communistes qui l’ont inventée…

Effectivement, à part quelques circonscription (Marseille, Bagneux), communistes et mélenchonistes partent en ordre dispersé. Ce que les communistes regrettent car ils risquent de perdre leurs circonscriptions. Le secrétaire national Pierre Laurent a réagi dans un communiqué : « Je regrette très profondément que les décisions prises par la France insoumise aient ignoré nos appels au rassemblement, à l’exception de quelques unités. Cette décision est totalement contradictoire avec l’objectif affiché d’élire une nouvelle majorité capable de refuser les injonctions d’alignement du nouveau président Emmanuel Macron ».

Plus bas sur le marché, une jeune militante mélenchoniste à Nantes, Léa, répond aux lamentations communistes : « nous, c’est 7 millions d’électeurs. Eux ? Quelques circonscriptions de ci, de là, encore 600 mairies dans des terroirs rouges où ils n’ont cessé de décliner, et 4-5% des voix en moyenne. Ils se sont laissés siphonner par le PS, ils n’existent plus. Il est temps de faire du passé table rase ». Jérémy, militant communiste réplique « Mélenchon n’est pas propriétaire de ses millions de voix. La gauche est forte de ses diversités, et ne le sera pas plus parce que tout le monde se regroupera derrière un chef ». Il avoue cependant que « Gremetz nous avait bien prévenus : Mélenchon s’est servi du PCF comme d’un marchepied pour ses ambitions et maintenant qu’il n’en a plus besoin il veut le démolir ».

Du côté de la France insoumise, l’ambiance n’est pas non plus au beau fixe. La commission nationale d’investiture a brutalement débarqué le candidat investi pour la première circonscription, Christophe le Tallec, un fonctionnaire au CHU de Nantes âgé de 48 ans. Il a été remplacé par une enseignante, Sylvie Clabecq – au passage, une belle vue en coupe de la sociologie du mouvement de la France insoumise.

Christophe le Tallec a claqué la porte du mouvement et a affirmé sur son blog avoir été « victime d’une cabale politique à l’intérieur du mouvement pour lequel je m’étais engagé. Véritable procès à charge de la part de groupes d’appui JLM2017 de cette circonscription et à l’initiative de l’un des responsables de ces groupes ». Restons dans les traditions – ce procès de Moscou, qui a donné lieu à une purge politique était lié à « des articles antérieurs » du blog que tient l’ex-candidat et ses « engagements passés ».

Le Tallec dénonce aussi la fermeture d’esprit et le centralisme qui règnent dans le mouvement : « La commission nationale a modifié les candidatures la semaine dernière, sans aucun échange préalable. Je n’ai d’ailleurs reçu aucune information officielle de la part de la direction nationale alertée d’une manœuvre locale en cours. Ce mode de fonctionnement et le manque de considération de l’équipe nationale ne sont pas à la hauteur des valeurs d’humanité de la gauche. Si la France Insoumise se positionne seulement dans le champ de la politique idéologique, ce n’est pas de ce fait un mouvement d’ouverture et de réflexions contrairement à ce que l’on veut nous faire croire ».

La nouvelle candidate, Sylvie Clabecq – qui a enseigné à l’IUFM et fait partie des conseillers pédagogiques de la direction des services départementaux de l’Éducation nationale – confirme que les prises de position de Le Tallec sur son blog ont mis le feu aux poudres, mais clame que son investiture avait été imposée par Paris, en une candidature « opportuniste » contre l’avis des militants locaux, qui ont fini par voter et avoir gain de cause.

Les deux versions ne sont guère favorables à la France insoumise et brouillent la communication médiatique d’un mouvement qui s’affirme ouvert, ancré dans les territoires, respectueux de la diversité de gauche, et décentralisé. « C’est comme chez les Verts et au PCF », affirme Joël, un simple Insoumis qui lui aussi a claqué la porte du mouvement : « Paris commande pour toutes les décisions importantes, et localement il y a des petits ayatollahs qui verrouillent toute remise en cause et toute discussion. Eux, il n’y a qu’une chose qui les intéresse, c’est le pouvoir et le contrôle des électeurs. C’est en train de devenir une secte ».

Louis Moulin

Crédit photo : DR
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  • Jean Pierre Fromonteil

    Les communistes ont été je crois relativement dignes: parfois un peu trop rassembleurs à la limite du naïf comme le redoutait Gremetz, mais le film présidentiel n’était pas écrit à l’époque… le PCF est resté rassembleur, digne face aux risques divers,… mais sans se soumettre et devenir la branche soumise de la France Insoumise…et pas au nom d’ intérêts apparatchiks mais bien plutôt sur des options « intérêt général » avec lesquelles d’ailleurs on est ou pas d’accord.Dans tous les cas l’attitude PCF,(encore mon choix) ne me semble pas indigne, bien au contraire.