Gens du voyage : des marchés aux démarcheurs, que font-ils lorsqu’ils passent l’été sur la côte ?

11/07/2017 – 06H15 Saint-Nazaire (Breizh-info.com) – Officiellement, de nombreux gens du voyage affluent sur la côte dans le cadre de « missions évangéliques », ou pour retrouver leurs racines autour des traditions du groupe familial élargi et du nomadisme. Même quand ils s’installent (souvent) ailleurs que sur les terrains prévus, par exemple sur les terrains de foot, les réserves foncières communales etc. comme ce fut le cas récemment à Dinard, la Turballe, Piriac, Guérande, Melgven, Concarneau, Morlaix etc.

Souvent, les autorités tant locales que nationales s’avèrent débordées, de la préfecture à la mairie en passant par la gendarmerie, et refusent d’appliquer la loi. Il est plus simple de regarder ailleurs, ou de subir passivement. Mais certains d’entre eux ne font pas que passer l’été en famille ; ils mettent aussi du beurre dans les épinards, et là encore les pouvoirs publics, si prompts à pourchasser le moindre écart du paysan, de l’artisan ou du commerçant lambda par rapport au maquis de normes européennes et françaises, ferment encore une fois les yeux.

Les stands de matelas sur les marchés

Dans la plupart des marchés de la côte de Loire-Atlantique, les commerçants réguliers – qu’ils soient abonnés à l’année ou à la saison, ou attitrés, donc dispensés de venir sur tous les jours de marchés obligatoires – doivent être en place avant 7h30, voire 8 heures par endroits. Après, c’est le tour des passagers ou ambulants, ceux qui viennent d’ailleurs et tournent de marché en marché. L’été, au moment du tirage au sort des places et du placement, c’est toute une meute qui accompagne le ou les placiers, quelle que soit la ville. Là-dedans, il n’y a que très peu de producteurs – qui sont d’ailleurs souvent placés en premier, car ils ont besoin d’électricité voire d’eau.

L’essentiel de ces passagers estivaux est constitué de gens du voyage, qui résident dans des campements légaux ou non aux alentours – cette année, les aires légales sont à Trignac, comme chaque année, pour la CARENE (agglomération de Saint-Nazaire), et à Herbignac (Pré Grasseur) pour celle de La Baule – Guérande. L’assortiment classique : du textile ou des objets en « cuir » devant, des matelas debout derrière. Avec le non moins classique écriteau qui indique pêle-mêle une fabrication française, une remise à 50% et une livraison gratuite à domicile. Parfois, il y a des casseroles et autres fait-tout, « de marque professionnelle exceptionnellement remisée à 50% » et d’autres bancs de cet acabit.

Variante cette année : les spinners, ces toupies que les enfants tournent dans leurs mains. Encore que la mode est vite passée. Au plus fort, en mai, il pouvait y avoir jusqu’à trois bancs de spinners disséminés dans les grands marchés de la côte et à Nantes, avec des toupies vendues 10 euros l’une. Puis elles sont passées à cinq, actuellement c’est deux pour cinq euros. « On est allés chercher des palettes de spinners près de Paris, dans des centres d’achat de gros de came qui vient de Chine », nous explique un de ces vendeurs sur un marché nantais. « Ce n’est pas avec ça qu’on s’en sort, c’est bien quand on peut vendre un matelas derrière ». Il affirme les avoir acheté 2,50 € pièce, ce qui semble douteux – des spinners semblable au sien, on en trouve facilement pour un euro, voire moins, de la pièce, y compris sur des petits lots (moins de 100 pièces).

Ces stands de spinners ou de textile n’ont guère de succès. Notamment parce qu’ils sont pléthoriques. Une quinzaine parfois sur le même marché, à vendre la même camelote. « On ne peut rien faire », remarque un placier. « Tant qu’il y a de la place, et qu’ils sont corrects, on ne peut pas refuser. C’est le principe de la liberté de commerce ». Parmi ces bancs, l’un d’eux est pour la saison sur une aire officielle de la côte de la Loire-Atlantique nord. « Je fais tous les marchés, avant j’étais en Vendée, ça ne marchait pas fort non plus ». Tant ses matelas que ses objets en cuir ne trouvent pas preneur, mais du reste il ne se donne guère de peine – à chaque fois qu’un client semble s’y intéresser, il prend la poudre d’escampette. D’autres comme lui, sur ce marché, « coincent la bulle ». C’est à dire qu’ils ne vendent rien. Nada. Résultat zéro.

« C’est normal », commente un producteur qui fait les marchés de la côte depuis des années, « les gens ont bien repéré ces bancs, ils les fuient ». Réponse des intéressés  : « oui, on ne fait rien. Mais l’État n’est pas censé savoir qu’on ne fait rien et qu’on se débrouille autrement ».

Oreillers, couteaux et autres services à prix cassé

Parmi ces débrouilles, il y a le classique démarchage. Rien que de très autorisé. Dans des camionnettes blanches – ou d’autres véhicules, parfois de bonne cylindrée – des gens du voyage sillonnent chaque été l’arrière-pays, à 40-50 kilomètres de la côte, le long des grands axes locaux (RD3, RD16, RD100, RD164, RN171, RD773, RN165…).

« Ils sont venus au restaurant juste avant le service du midi», relate un restaurateur implanté à plus de 40 kilomètres de la côte. « Ils avaient des couteaux, un beau lot, comme de juste ils ont montré la pub’ où c’était vendu plus de 138 euros, là c’était 20 euros, cadeau. On les connaît ces cadeaux. Tombés du camion, au mieux, on ne veut pas de ça ». La même équipe a été vue tenter de vendre des casseroles à induction quelques jours auparavant. « Ils avaient proposé, si on en prenait beaucoup, de venir nous-mêmes les récupérer près de Saint-Nazaire, comme quoi ils étaient basés en ce moment à Trignac »… où se trouve justement une aire de grand passage des gens du voyage.

Sur la même commune, un ancien s’est fait proposer des oreillers. Il n’est pas dupe « c’est curieux, il reste toujours deux oreillers, et c’est toujours à prix cassé. Je l’ai congédié ». Un agriculteur d’une commune voisine s’est fait proposer un « générateur, le gars disait qu’il repartait à l’étranger, il avait un accent qui me semblait un peu forcé, je l’ai expédié rapidement, j’avais la traite à faire ».

Parfois le démarcheur n’attend pas que le client le paie, et se sert lui-même, ou tente de le faire. Des cas nous ont été signalés sur Pontchâteau, Redon, Montoir-de-Bretagne, Donges, Savenay, Saint-Brévin-les-Pins. D’autres se montrent menaçants si leur client involontaire refuse de les payer. Plusieurs fermes du centre de la Loire-Atlantique ont remarqué de leur côté des allées et venues suspectes aux heures de la traite, quelques jours après les visites de ces démarcheurs intempestifs.

Louis Moulin

Crédit photos : Breizh-info.com
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  • Pschitt

    Intéressant reportage, qui éclaire des choses qu’on a tous vues sans établir de rapprochements. Le « business model » des gens du voyage mériterait d’être davantage étudié. Clairement, l’existence des commerçants ambulants est pénible : levers aux aurores, horaires prolongés pour des revenus aléatoires et sans doute très modestes. La délinquance, alors ? Sûrement pas pour tous. Entre les deux, on imagine qu’il existe une zone grise, celle du partage et de la solidarité dans le groupe. Si un individu poursuivi par les gendarmes réussit à rejoindre un camp, il est protégé par la communauté. On peut imaginer qu’il saura lui témoigner sa reconnaissance.
    Evidemment, ce comportement collectif a un revers : si les gens du voyage agissent « comme un seul homme », il est assez normal qu’on les considère comme tels. Un pour tous, tous pour un ? Oui, mais si un pourri… Tant qu’ils s’attacheront à protéger leurs délinquants, ils souffriront collectivement d’une mauvaise réputation. Or s’ils y renonçaient, ils disparaîtraient en tant que communauté. Pas facile, le choix entre identité et respectabilité…

  • Stoll

    Discours raciste et sans fondement mais les histoires un peu piquante sur les gens du voyage plais toujours au lecteur bravo pour votre objectivité