L’équipe d’E&R Bretagne recevra Lucien Cerise le dimanche 24 mars 2019 à Carhaix pour animer des « ateliers de communication stratégique et d’ingénierie sociale ».

Lucien Cerise est l’auteur d’un livre très remarqué  : « NEURO-PIRATES – RÉFLEXIONS SUR L’INGÉNIERIE SOCIALE » paru aux éditions Kontre Kulture (voir ici). Un ouvrage présenté ainsi :

La première question qui traverse ce recueil de textes est : « Comment pirater un cerveau ? » La seconde, essentielle, suit alors immédiatement : « Comment s’en protéger ? » Car le piratage des cerveaux par l’ingénierie sociale et d’autres procédés est déjà une réalité, et les cerveaux piratés sont les nôtres. Ce « neuro-piratage » peut consister à agir sur le hardware, c’est-à-dire sur le substrat biologique et génétique du cerveau, mais il peut également consister à agir sur le software, c’est-à-dire sur le code de communication que l’on apprend de la société. Ce code d’origine épigénétique – ce langage, ou logiciel – nous vient du bain socioculturel dans lequel nous sommes plongés depuis l’enfance, imprimant au cerveau son architecture neuronale. L’étude des groupes sociaux, de leur mode de construction, des liens qui les structurent, a permis à ceux qui veulent maîtriser les foules d’agir sur ses membres, de modifier leurs comportements, voire de les détruire en tant qu’individus et groupes, les uns dépendant des autres. Car l’individu déconnecté de tout groupe, de toute hiérarchie, de toute représentation, de tout « stéréotype », ne peut survivre qu’en développant des symptômes psychotiques. En attaquant les liens naturels, liens œdipiens de la différenciation masculin/féminin, mais aussi de la hiérarchie parents/enfants, en abolissant la notion de limites, dont le dépassement en psychologie s’appelle perversion, c’est toute la société qui est attaquée. Déstructurée, rendue malléable – on parle de société « liquide » –, elle sera alors le jouet d’une petite oligarchie qui n’aura plus rien à craindre des peuples dont elle s’est approprié les âmes.

Pour le reste, et avant sa formation (voir conditions pour s’inscrire et participer ci-dessous) nous avons interrogé Lucien Cerise, pour mieux comprendre cette guerre des cerveaux, du piratage, de la communication stratégique. Passionnant et instructif.

Breizh-info.com : Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Lucien Cerise : Je suis né en 1972 et j’ai vécu entre Paris et la Champagne. Au début des années 1990, quand j’étais étudiant en philosophie, mon maître à penser était Nietzsche, dont j’ai dévoré l’œuvre en entier. J’étais un vrai rat de bibliothèque et, par glissements successifs, j’ai découvert à cette époque une nébuleuse intellectuelle marquée par Heidegger, Evola, Guénon, la Nouvelle Droite et certains courants ésotériques. En 1995, j’ai tout arrêté car la question de trouver du travail s’est posée de manière insistante, et je me suis réorienté sur la communication et la linguistique. Au niveau politique, j’ai suivi avec intérêt l’émergence du mouvement altermondialiste et antipub à la fin des années 1990. Mon deuxième mentor fut Jean Baudrillard, le théoricien des « simulacres », qui réunit dans sa pensée le situationnisme, le structuralisme et la sémiotique, ce qui m’a amené sur le psychiatre et psychanalyste Jacques Lacan, puis ensuite seulement sur les sciences de la gestion, marketing, management, mémétique, ingénierie sociale, vers 2005. Jusque-là, pour gagner ma vie, j’étais en CDD à temps partiel.

J’occupais mon temps libre dans les milieux d’extrême-gauche et en poursuivant mes études, mais de manière un peu aléatoire. En 2006, je commence à travailler à temps plein et je m’encarte immédiatement dans un syndicat car cela s’est tout de suite mal passé. À la même époque, je décide de militer dans les mouvements anti-Union Européenne, souverainistes et nationalistes. En effet, je faisais partie des « nonistes » au moment du référendum sur le projet de traité européen, et j’ai peu apprécié sa trahison en 2007 avec le traité de Lisbonne. Je suis venu à la géopolitique en 2010-2011, à la faveur du « printemps arabe », cette série de révolutions colorées organisées par les ONG de George Soros et la CIA dans le monde arabe sur le modèle de ce qu’ils avaient déjà testé dans plusieurs pays de l’ancien bloc communiste, de l’ex-Yougoslavie à l’Ukraine, en passant par la Géorgie.

Breizh-info.com : « Atelier de communication stratégique et d’ingénierie sociale » : c’est le titre de la conférence que vous donnez prochainement à Carhaix. Que se cache-t-il derrière ces mots ?

Lucien Cerise : La communication stratégique, c’est la communication avec une idée derrière la tête. C’est-à-dire que vous sortez de la communication spontanée et gratuite avec autrui pour apprendre à communiquer avec un objectif calculé : celui de peser sur le comportement de votre interlocuteur, influencer son processus de prise de décision, voire en prendre carrément le contrôle, jusqu’à pouvoir le retourner complètement si besoin (faire du Spin, en anglais). À ce moment, on rejoint l’ingénierie sociale, dont j’ai formulé la définition suivante : l’ingénierie sociale est la transformation furtive des sujets sociaux, individus ou groupes.

Breizh-info.com : Qu’est-ce qui explique cette venue en Bretagne ?

Lucien Cerise : J’ai proposé mes services à Égalité et Réconciliation pour organiser des formations en communication stratégique et ingénierie sociale. L’objectif est de devenir de bons petits soldats de la guerre mémétique (Memetic Warfare), c’est-à-dire de bons prosélytes des idées. La mémétique est la théorie de la diffusion virale des idées, ou « mèmes » dans le jargon.

En s’appuyant sur cette doctrine et d’autres, il est possible d’améliorer notre capacité de transmission des idées pour faire soi-même de l’ingénierie sociale, c’est-à-dire transformer le paysage cognitif de notre entourage. Dans ces ateliers, je ne me contente pas de faire une conférence, j’ai inventé des exercices visant à travailler notamment sur le sens de la répartie et le pouvoir de conviction.

Breizh-info.com : Vous avez écrit sur le piratage de nos cerveaux. Quels sont, actuellement, les principaux vecteurs de piratages, et leurs conséquences ?

Lucien Cerise : Le piratage des cerveaux passe essentiellement par les médias du pouvoir, qui sont littéralement militarisés dans une perspective de guerre hybride contre le peuple et contre certains pays. Cependant, les réseaux sociaux ne sont pas épargnés non plus. L’ingénierie sociale dans sa phase d’hameçonnage, celle qui ressemble le plus au piratage informatique, repose sur deux principes : l’usurpation d’identité et l’abus de confiance. Un conseiller de Barack Obama, Cass Sunstein, avait écrit un article en 2006 dans lequel il recommandait la méthode de l’infiltration cognitive sur les forums de discussion pour mieux lutter contre les « théories du complot » diffusées sur internet. Aujourd’hui, il existe des entreprises de modération des forums, ce que certains appellent aussi des usines à trolls. La plus connue est Netino. Si Netino ne cache pas son existence et ses activités, en revanche vous ne savez pas que vous avez à faire à ses employés quand le fil de discussion auquel vous participez est modéré, c’est-à-dire modifié et objet d’une ingénierie stratégique, pour l’orienter artificiellement dans un sens où il n’irait pas spontanément.

Breizh-info.com : Comment se prémunir contre ces piratages intellectuels ?

Lucien Cerise : Il n’y a rien d’autre à faire que de s’informer sur les techniques de piratage intellectuel pour les repérer et les neutraliser en temps réel quand elles nous sont appliquées. C’est l’information qui permet de lutter contre la désinformation.

Breizh-info.com : Comment analysez-vous la crise qui traverse la France actuellement, avec les Gilets jaunes ?

Lucien Cerise : Les Gilets Jaunes sont une réaction saine contre plusieurs décennies de pathologies sociales commencées avec Mai 68. Les Gilets Jaunes, c’est l’anti-Mai 68, c’est la déconstruction du libéralisme libertaire et la quête de la décence commune, la Common Decency du vrai prolétariat (Orwell, Michéa). Ce n’est pas un mouvement d’étudiants écervelés de Nanterre qui manifestent parce qu’ils s’ennuient et veulent rentrer dans le dortoir des filles, non, c’est une révolte du petit peuple de la périphérie contre le capitalisme des gros centres, lequel méprise et humilie la périphérie et qui essaye en plus de fabriquer le consentement à cette humiliation en culpabilisant le Français moyen pour ce qu’il est.

Breizh-info.com : Et à l’international ?

Lucien Cerise : La guerre mondiale menée par les impérialistes occidentaux se poursuit. Le Venezuela est déstabilisé par une tentative de révolution colorée dirigée par les États-Unis. Israël a perdu sa guerre contre la Syrie mais refuse de l’admettre, raison pour laquelle cela dure encore. Et en Europe, nous sommes dans les préparatifs d’une opération Barbarossa II consistant à attaquer la Russie sur un front uni pays baltes/Pologne/Ukraine, ce que la géopolitique atlantiste appelle l’Intermarium, s’étendant entre la mer Noire et la Baltique. Selon certaines sources, l’OTAN se prépare effectivement à lancer une « guerre nucléaire limitée » contre la Russie.

Breizh-info.com : Travaillez-vous actuellement sur de nouveaux ouvrages ?

Lucien Cerise : Non, mais je travaille sur des articles, des conférences et des entretiens comme celui-ci, qui pourront ensuite être rassemblés dans un ouvrage. Par ailleurs, j’accumule des sources sur la question des stratagèmes en géopolitique – révolutions colorées, ingénierie sociale de masse, terrorisme d’État, etc. – essentiellement dans les pays de l’Est et au Proche-Orient.

Breizh-info.com : Comment peuvent faire ceux qui veulent venir vous voir à Carhaix ?

Lucien Cerise : Ils doivent s’inscrire avant le 24 mars à l’adresse internet suivante : [email protected]

Ils recevront ensuite le lieu et l’heure exact de l’atelier, dont le premier débutera à 10h30.

– Ouverture des portes à 10h30 ;
– Un atelier le matin et un l’après-midi ;
– Possibilité d’assister à l’un et/ou l’autre (merci de le préciser lors de l’inscription avec les noms et prénoms des participants) ;
– Participation aux frais : 5 € ou plus si vous souhaitez soutenir l’initiative ;
– Ouvrages Kontre Kulture, sandwiches et bar sur place.

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