Philippe Perchirin, traducteur et auteur d’essais philosophiques et politiques poursuit sa série d’articles consacrés à l’ère Macron et à ce qu’il nomme « La marche à l’abîme de la France ». Ces articles sont consacrés à la phase finale de la crise française, dont le quinquennat d’Emmanuel Macron est emblématique. 

Retrouvez les quatre premiers articles ici et ici et ici et ici et encore ici

Une France traversant une triple crise existentielle, économique et sociale, politique et démocratique, civilisationnelle

  • Les 3 crises françaises, a) économique et sociale, b) politique et démocratique, c) civilisationnelle menacent désormais de faire disparaître un État français auquel les dirigeants refusent tout remède (suite)
  • La crise politique et démocratique peut également être résumée en deux termes : déficit abyssal de démocratie et illégitimité persistante de tous les gouvernements de la Ve République depuis 50 ans

Instaurer une vraie démocratie libérale en France : des propositions concrètes

Je soumettrai ici, à titre d’exemple, une liste de réformes politiques radicales que je juge nécessaires pour sauver la France en y installant une vraie démocratie :

1. Fusion des départements et des régions transformées en États fédérés, suppression des préfets (régions / États fédérés autonomes, forte simplification administrative et économies consécutives) – les régions / États fédérés devant bien entendu être redessinées en respectant les frontières historiques, culturellement et économiquement logiques

2. Réduction du nombre de communes de 36.000 à 8.000 (communes autonomes, forte simplification administrative avec économies consécutives)

3. Retrait total de l’État de la totalité des organismes de Sécurité Sociale et mutualisation de ces derniers avec ouverture à la concurrence (forte diminution des charges sociales par élimination des gestionnaires prédateurs de ces organismes) ; la solidité de ces derniers peut être assurée par une mutuelle faîtière de contre-assurance des mêmes organismes, elle-même couverte par une garantie (sans flux de fonds) de l’État ;

4. Suppression de l’Education Nationale remplacée par un chèque éducation (diminution du budget de l’EN par deux, j’estime que le chèque éducation coûtera la moitié de l’EN pour un système éducatif deux fois plus performant), la politique de l’éducation étant entière confiée aux régions / États fédérés (plus aucune compétence de l’État fédéral en la matière) ;

Je crois même que rien que cela suffirait pour diminuer les dépenses de l’État d’1/3 et donc pour rééquilibrer le budget,

ce qui permettrait de faire dans la foulée la grande réforme fiscale, c’est-à-dire :

– suppression des 350 impôts existants dont l’ISF, l’IFI, la CFE et l’IS pour ne garder que :

a) l’IR fusionné avec la CSG (Flat Tax, ramenée à 15%)

b) la TVA (pour moi, on peut même aller jusqu’à 25%, taux unique aussi)

c) les taxes sur l’essence, l’alcool et la drogue (le commerce de drogue devant être entièrement libéralisé et traité comme celui de l’alcool et du tabac ; outre l’éradication de la criminalité, la taxe indirecte sur les drogues est susceptible de représenter une manne fiscale importante pouvant même permettre de moduler dans des proportions raisonnables celles imposées sur les carburants et le tabac).

Aucun impôt ne doit frapper les entreprises en tant que telles. Les dividendes distribués sont imposables au titre du revenu de leurs bénéficiaires, idem pour les salaires.

Il faut ensuite instaurer un système négocié de péréquation des impôts entre les différents niveaux de collectivités (communes, régions / États fédérés et fédération) et faire de nombreuses réformes démocratiques et de débureaucratisation (réduire le code pénal et le code du travail de 80% en attendant le remplacement complet de ce dernier par un système conventionnel etc. etc. avec forte subrogation des compétences en la matière vers les régions / États fédérés). Le RIC local, régional et fédéral est une bonne idée pour compléter (et non remplacer !) la démocratie représentative (toutes les élections à la proportionnelle avec prime au gagnant, à voir), la question des quorums de signature pour les RIC locaux, régionaux et fédéraux étant le point délicat essentiel à déterminer (ni trop, ni trop peu).

6. Abolition du statut de fonctionnaire (remplacé par un statut contractuel), au minimum pour tout ce qui n’est pas régalien (armée, police)

7. Suppression totale de toutes les subventions aux entreprises et aux associations, aux médias, interdiction de ces dernières à l’État, interdiction à l’État de créer des associations selon la loi de 1901 sous quelque forme que ce soit

8. Inscription dans la constitution de l’interdiction de financement des dépenses de fonctionnement par la dette. Le budget doit nécessairement être équilibré (valable pour les communes, les régions / États fédérés et la fédération). L’endettement ne peut être autorisé que pour des dépenses d’investissement (valable pour les communes, les régions / États fédérés et la fédération) et jamais de fonctionnement

9. Suppression du Ministère de la Culture, élection séparée du Garde des Sceaux et des ministres provinciaux de la justice (contrôle démocratique de la justice, ces élus ont autorité pour mettre en examen tous juges soupçonné de violation de la loi devant des cours spéciales constituées de façon rigoureuse), des présidents des cours des comptes fédérale et régionales (autonomes et ayant capacité d’ester en justice, séparation totale des pouvoirs) – élections multiples à la suisse / américaine (p. ex. Californie), redéfinition de la composition du Conseil Constitutionnel de façon à exclure les phénomènes de copinage et de consanguinité actuels
Il y aurait des dizaines de points de détail à rajouter, par exemple le fait qu’aucune assemblée législative (valable pour les communes, les régions / États fédérés et la fédération) ne puisse être considérée comme apte à délibérer et donc à voter des dispositions quelconques si elle n’a pas atteint le quorum (50% des élus doivent être présents). Ça calmera la folie législatrice et les lois de dingues votées par une poignée de députés épuisés … Chaque région (État fédéré) et chaque commune autonome (respectant les réalités historiques, identitaires, économiques, ressenties par les populations) doit définir sa propre constitution.

– Les députés à la chambre basse fédérale (pouvoir législatif fédéral) peuvent être ramenés à 300 élus, ça suffit

– Le Sénat doit être supprimé (les collectivités locales et territoriales deviennent autonomes pour les domaines de compétence qui leur sont attribués) et remplacé par une assemblée des représentants des régions / États fédérés. 2 députés par région élus au suffrage indirect devraient suffire, et donc cette assemblée pourra être limitée à 50 élus max. (au lieu de 500 je crois actuellement !)

– Il va sans dire que le CES et les comités Théodule doivent tous être supprimés !

Macron est un énarque, étroit et borné, sans vision et sans imagination. Il n’a aucune volonté de faire des vraies réformes, donc des réformes radicales. Ce qu’il appelle réforme sont de simples ajustements à système égal. Ceci ne changera rien à la crise française. Macron n’est pas « l’homme providentiel » qui va sauver la France : il en est le fossoyeur, le dernier président de la Ve République. Il n’est pas Henri IV, mais Henri III ; pas Bonaparte, mais les directeurs corrompus du Directoire ; pas De Gaulle, mais Pétain.

En revanche, le sauveur n’est hélas toujours pas en vue non plus…

Philippe Perchirin

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