Philippe Perchirin, traducteur et auteur d’essais philosophiques et politiques poursuit sa série d’articles consacrés à l’ère Macron et à ce qu’il nomme « La marche à l’abîme de la France ». Ces articles sont consacrés à la phase finale de la crise française, dont le quinquennat d’Emmanuel Macron est emblématique. 

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Une France traversant une triple crise existentielle, économique et sociale, politique et démocratique, civilisationnelle

  • La crise civilisationnelle repose sur le refus de poser la question migratoire en termes rationnels : économiques, sociaux, culturels et bien entendu civilisationnels pour la présenter criminellement comme une question idéologique et religieuse. Derrière cela se cache une vaste accumulation de confusions autours des notions d’État, de citoyenneté, de nation et de nationalisme, ainsi que le terrorisme d’idéologues malhonnêtes et criminels qu’il convient de démêler, de démasquer et de dénoncer – commençons par là

Nations et nationalismes : la grande confusion (impérialisme contre droit des peuples)

La Révolution Française est à l’origine de l’idéologie nationaliste comprise comme colonialisme (intérieur et extérieur), impérialisme, suprémacisme et in fine racisme mono-ethnique

Notre époque connait, et notamment en France, une forte tendance à la manipulation malsaine du sens des mots. Et généralement à l’inversion systématique du sens de ces derniers. Comme par exemple nation et nationalisme, ou bien encore identité et identitaire.

Le mot nation provient du mot latin natio, qui désigne un groupe humain dont les membres auraient une même origine de naissance, donc un ensemble de gens dont les lignées familiales sont réputées être convergentes dans le passé. Le sens du mot était donc à l’origine lié à une notion de famille élargie. Comme l’ancien mot de race (racine, lignée), qui avait aussi ce sens bien avant que des théories ne viennent au 19ème siècle s’en emparer pour en connoter le sens et compromettre l’usage. Le mot race était d’ailleurs traditionnellement utilisé pour dire tout simplement « lignée » (la « race des Capétiens »). Ou le mot grec ethnie, qui avait le même sens. Les termes de peuple, peuplade ou encore tribu sont assez équivalents. La constitution de l’Union Indienne désigne ainsi par le terme juridique de « Registered Tribes » les nations reconnues par l’État. L’Union Indienne, un État qui s’étend sur un sous-continent et rassemble des groupes humains pratiquant deux religions majeures (hindouisme et islam) une bonne dizaine de religions mineures subdivisées en centaines de sectes, deux grandes familles de langues subdivisées en dizaines de grandes langues et en centaines voire milliers de sous-langues, dialectes et parlers, distingue parfaitement la notion de nation (en l’occurrence « tribu ») et celle de citoyenneté – qui désigne un statut juridique et relève donc d’une toute autre catégorie.

Notons que comme il faut bel et bien, aux dernières nouvelles, in fine une femme et un homme pour faire un enfant et engendrer une descendance, il ne saurait bien entendu y avoir de lignées pures – ce ne serait en fait possible que dans une configuration de parthénogénèse. Ce sont donc les poids relatifs accordés aux héritages familiaux, notamment patrimoniaux et culturels (religion, langue, culture au sens large) – donc non-biologiques – qui ont toujours décidé des classifications familiales finales, et par conséquent ethniques. Toujours un peu artificielles, mais tout de même réelles dans leur effet. D’une manière générale, on doit considérer comme nation véritable (sans considération de l’existence ou non d’un contrat politique, d’une constitution au sein de ce groupe) tout groupe humain identifiable comme tel par des caractéristiques communes de langue, de religion et de pratiques culturelles, et dont on peut retracer l’histoire sur un temps long (un tel groupe possède donc une mémoire, une et des histoires, des mythes etc.).

Nation n’a donc jamais voulu dire État et le terme d’État-Nation est un terme hybride assez étrange, voire dans certains cas un oxymore.

L’empire romain, modèle de l’État français, distinguait parfaitement nationalité et citoyenneté. Apulée, l’auteur de l’Âne d’Or, rappelait ainsi qu’il était de nation ou de race numide (kabyle) par son père et gétule (berbère) par sa mère. Sa langue maternelle était donc l’amazighe bien qu’il maîtrisât parfaitement le latin et le grec. Il était en revanche citoyen romain et jouissait donc des pleins droits politiques liés à ce statut, en outre ceux d’un patricien grand propriétaire terrien servant dans la cavalerie lourde romaine en tant que multimillionnaire appartenant aux centuries les plus élevées. Il n’a jamais été considéré comme ni prétendu être romain, latin ni italien au sens tribal du terme.

Jusqu’en 1790, la monarchie française, qui puisait sa légitimité dans la logique féodale, n’avait jamais eu le moindre problème à reconnaître l’existence de plusieurs nations sur le territoire de l’État royal. Les nations non françaises (de par leur histoire distincte, de la langue etc.), comme les Languedociens, les Alsaciens ou les Bretons étaient « réputées étrangères ». L’unité du royaume était en effet assurée par le lien féodal : les différentes composantes de l’État étaient liées au souverain, vicaire de Dieu sur la terre, par un serment de fidélité indéfectible prononcé devant Dieu et devant les hommes.

L’abolition de l’ordre féodal par la constitution de 1790, par ailleurs combinée à l’abolition des provinces (22 décembre 1789) remplacées par des subdivisions territoriales purement administratives, sans âme, sans histoire, sans logique ethnique, linguistique, culturelle ou économique (ces zones plus tard numérotées appelées « départements », janvier 1790) a donc brusquement privé l’État de toute colonne vertébrale, la France redevenant « un agrégat inconstitué de peuples désunis » (Mirabeau). Un agrégat inconstitué en bas, et en outre fusionné dans un grand tout en haut du fait du rejet du fédéralisme, les révolutionnaires ayant, comme on l’a déjà dit, préféré généraliser le régime de la France centralisée (le régime des pays d’élection) plutôt que celui de la France fédérale (le régime des pays d’état). La Révolution Française a été dès le départ, dès 1789, une révolution antilibérale (au sens politique, pas économique), antidémocratique et antihumaniste. Une révolution pré-totalitaire. Contrairement à ce qu’affirme François Furet, la Terreur de 1793 s’inscrit dans la droite logique de 1789/90. Et le césarisme napoléonien, qui fait la suture entre la monarchie de droit divin rêvée par Louis XIV et les totalitarismes du 20e siècle, en est l’aboutissement inévitable qui en révèle le vrai visage.

C’est dès lors qu’apparaissent plusieurs falsifications terminologiques pré-orwelliennes, par exemple

  • Fédération, par exemple dans la « Fête de la Fédération » du 14 juillet 1790, le mot étant pris au sens de « fusion » puisque la France a justement rejeté dès le départ le fédéralisme pour adopter le centralisme ; la Révolution Française a toujours été antidémocratique et antihumaniste, la république une forme de monarchie renouvelée, un totalitarisme primitif
  • Et le très fameux terme de Nation, notamment dans la formule « La Nation, la Loi, le Roi » ; le sens du mot est brusquement ici inversé puisque justement, la dictature appelée « république » (autre terme orwellien, dès 1792 !) ne reconnaît plus du tout, dès cette époque, l’existence en France de nations que la monarchie avait toujours reconnues, pour ne plus connaître que des « citoyens » – en fait des sujets et des esclaves d’un État théocratique qui portait en lui dès le départ le germe des États totalitaires du 20e siècle

C’est la Révolution Française qui forge le néologisme d’État-nation, un oxymore pour dire « État théocratique, colonialiste et suprémaciste » … et donc anti-nations puisque celles-ci sont niées, par ailleurs suprémaciste et raciste dès le départ puisqu’une seule nation est en fait tolérée (une langue, une culture etc.), les autres langues et cultures étant vouées à l’anéantissement par le biais de l’assimilation, qui est la destruction des autres. Le tout fondu dans un universalisme suprémaciste justifié par une obscène logorrhée mensongère pré-orwellienne (la culture française est universelle, toutes les autres sont particulières) qui légitime dès le départ colonialisme, impérialisme et racisme.

Tous les constituants du colonialisme et de l’impérialisme du 19e siècle, ainsi que ceux des totalitarismes du 20e siècle (communismes, fascismes et nazisme), puisent leurs racines dans la Révolution Française et ses mensongères idéologies nauséabondes.

La prétention « universalité » de la fausse Révolution Française alliée au nationalisme et au chauvinisme des révolutionnaires, se lance dès 1792 dans la guerre révolutionnaire. Elle aboutit à l’empire aux cent départements de 1811 en attendant l’écroulement de 1812 – 1814 & 1815.

Le nationalisme allemand naît en réaction à l’impérialisme français : d’abord ethnique, ce nationalisme spécifique ne deviendra impérialiste que dans un second temps, en réaction aux impérialismes français et surtout anglais

La légende veut que Johann Gottlieb Fichte ait conçu le contenu de son Discours à la Nation allemande (Rede an die deutsche Nation) en voyant les troupes françaises défiler sous ses fenêtres à Iéna, le lendemain de la victoire du même nom (14 juin 1806) qui consacrait l’écroulement de la Prusse. Jamais la notion de « nation allemande » n’avait eu cours jusque-là. Le nationalisme allemand naît donc de la réaction aux invasions françaises de 1796 – 1811.

Notons que l’Allemagne, pour n’avoir jamais constitué une unité politique, avait toujours réellement présenté une assez grande homogénéité culturelle et linguistique … qui faisait justement défaut à la France !

Ces éminentes caractéristiques, inverses de celles de la France, seront particulièrement reprises par les penseurs allemands pour leur définition du concept de nation opposée à celle des idéologues français, et la notion de Culture (Kultur) comprise comme l’ensemble des constituants de l’identité d’un peuple (langue, mythes, religion, traditions notamment populaires) sera notamment mise en avant contre la notion élitiste de classe française par des penseurs tels qu’Herder avant d’être popularisée par des écrivains tels que les frères Grimm par exemple.

Le nationalisme allemand mélange malheureusement dès le départ la revendication imprescriptible de l’identité allemande contestant donc le grotesque universalisme français et le militarisme impérialiste prussien (qui revendique des territoires polonais).

Le nationalisme anti-ethnique colonialiste, impérialiste, suprémaciste et raciste sous couvert d’universalisme correspond depuis toujours à la prétention des empires à soumettre les peuples voisins à l’esclavage voire à les éradiquer. Au nom de leur supériorité culturelle (l’universalisme français) ou ethnique (la supposée supériorité raciale allemande).

Mais soyons clair : le nationalisme des nationalités, la revendication des peuples à leur droit imprescriptible à l’existence, à l’identité, à la liberté et à l’indépendance est le strict inverse du nationalisme anti-ethnique français, colonialiste, impérialiste, suprémaciste et raciste sous couvert d’un universalisme grotesque et mensonger ou de l’impérialisme raciste allemand (en fait au départ prussien, l’Autriche-Hongrie ayant conservée jusqu’en 1918 la logique féodale de la légitimité de l’État qui était celle de la France avant 1790).

Quand Macron parle du « nationalisme », compris comme la revendication légitime du droit inaliénable des peuples à la démocratie, à la liberté, au droit à l’existence et à l’identité comme étant à l’origine des guerres mondiales, il tient un discours crapuleux, odieux et mensonger en inversant systématiquement le sens des mots et les faits historiques : c’est bien au contraire ce que lui-même revendique une fois de plus au nom des mensonges éhontés d’une Union Européenne née d’un rêve impérial de bureaucrates et de technocrates, antidémocratique, antilibéral au sens politique du terme, antihumaniste et foncièrement anti-ethnique, colonialiste, impérialiste, suprémaciste et raciste sous couvert d’universalisme (idéologie française) qui avait déjà été à l’origine des désastres du siècle dernier…

Macro n’est pas « l’homme providentiel » qui va sauver la France : il en est le fossoyeur, le dernier président de la Ve République. Il n’est pas Henri IV, mais Henri III ; pas Bonaparte, mais les directeurs corrompus du Directoire ; pas De Gaulle, mais Pétain.

En revanche, le sauveur n’est hélas toujours pas en vue non plus …

Philippe Perchirin

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