Philippe Perchirin, traducteur et auteur d’essais philosophiques et politiques poursuit sa série d’articles consacrés à l’ère Macron et à ce qu’il nomme « La marche à l’abîme de la France ». Ces articles sont consacrés à la phase finale de la crise française, dont le quinquennat d’Emmanuel Macron est emblématique. 

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Une France traversant une triple crise existentielle, économique et sociale, politique et démocratique, civilisationnelle

Les 3 crises françaises, a) économique et sociale, b) politique et démocratique, c) civilisationnelle menacent désormais de faire disparaître un État français auquel les dirigeants refusent obstinément tout remède (suite)

  • La crise civilisationnelle repose sur le refus de poser la question migratoire en termes rationnels : économiques, sociaux, culturels et bien entendu civilisationnels pour la présenter criminellement comme une question idéologique et religieuse. Derrière cela se cache une vaste accumulation de confusions autours des notions d’État, de citoyenneté, de nation et de nationalisme, ainsi que le terrorisme d’idéologues malhonnêtes et criminels

Le « mondialisme » contre les nations : de quoi parle-t-on ? Point un : l’Union Européenne et le nouveau totalitarisme paneuropéen.

Le terme de « mondialisation » est l’une des grands mots-valises de l’époque. Il suscite des passions et des discours souvent confus, qui dénoncent souvent un ennemi insaisissable, inidentifiable. Certains phénomènes (comme l’internationalisation des grandes entreprises, la politique mondiale des États-Unis, l’action politique effective de tel ou tel homme d’influence), peuvent être réels mais ne constituent qu’une simultanéité, une coïncidence d’actes non coordonnés ayant un effet cumulatif. Il n’y a pas de complot, même si l’accusation de « complotisme » est elle aussi malhonnête, puisque son seul but est d’interdire tout débat sur des phénomènes réels. Beaucoup de parties se jouent sur les grands échiquiers du monde. Certaines convergentes, d’autres divergentes.

La « mondialisation » existait à l’époque de l’empire romain. Elle s’est accélérée à partir de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb (1492), la constitution de l’empire colonial espagnol (1519 – 1825), de l’empire colonial portugais (1500 – 1821), du premier empire colonial français (1534 – 1763), du second empire colonial français (1830 – 1962), de l’empire colonial anglais (1584 – 1960), de l’empire colonial hollandais etc. Il n’y a donc qu’accélération continue depuis toujours. En outre, l’évocation quotidienne de la « mondialisation » ressemble de plus en plus à une sorte d’invocation religieuse. Plus personne ne sait où se trouvent les problèmes concrets à combattre et donc les voies de solutionnement de ces problèmes.

Procédons donc par étapes.

Les deux guerres mondiales sont le choc des empires : empires centraux contre empires coloniaux, pas de la volonté de liberté des peuples (nationalisme des nationalités) ; le résultat de ces guerres est l’écroulement de TOUS les empires (centraux et coloniaux) et le triomphe tardif des petits peuples (européens entre 1945 et 1990, extra-européens colonisés entre 1947 et 1964) ; il n’y a pas de vainqueur européen, les États-Unis sont le seul vainqueur après l’écroulement de l’URSS dans les années 1990 ; l’Europe a depuis perdu toute sa puissance politique et militaire, partant son indépendance réelle en 1945

On ne cesse de dire, en invoquant les traumatismes bien réels de la première moitié du XXe siècle, du devoir de mémoire. Jamais pourtant mémoire n’aura été aussi manipulée que celle du XXe siècle, d’une part à travers la mise en avant outrancière de certains des ressorts de l’histoire, mais surtout par l’occultation outrancière d’autres ressorts essentiels de cette même histoire. Il y a deux lignes de fractures mondiales au début du XXe siècle : la fracture sociale (communisme contre capitalisme) et la fracture nationale (empires centraux contre empires coloniaux). Rien n’a changé, et nous arrivons au début du XXIe siècle à une situation reproduisant strictement la même structure, mais dans des termes radicalement renouvelés, par-dessus le marché illisibles du fait d’une mémoire totalement falsifiée des événements du XXe siècle. Il y a de nouveau deux lignes de fractures mondiales au début du XXIe siècle : la fracture nationale (nouveaux empires supranationaux – chez nous surtout l’UE et un peu l’ONU, mais aussi des choses comme le rêve salafiste – contre les peuples) et la fracture sociale mondiale (Sud contre Nord) – notamment portée par les idéologies néo-totalitaires criminelles que sont l’islamo-gauchisme et l’islamisme politique.

Ces fractures sont portées par de nombreux acteurs, mais je vais porter ici mon analyse sur deux acteurs majeurs pour nous aux fins d’illustrer mon propos et de désigner des ennemis politiques concrets de la démocratie en dehors de tout « complotisme » : l’UE surtout et l’ONU plus tard.

Mais reprenons ma rectification de l’histoire du XXe siècle :

Le choc de 1914 n’est pas tout à fait, comme on le dit, celui « des démocraties contre les monarchies théocratiques ». Il est celui des empires centraux contre les empires coloniaux.

La seule autocratie pure et dure en 1914 est en fait l’empire russe. C’est d’ailleurs lui qui est le véritable déclencheur ultime des événements qui conduisent à la déflagration de l’été 1914. Et le premier perdant du désastre de 1917.

L’empire allemand est une monarchie constitutionnelle, certes imparfaite, mais sous certains aspects parfois plus démocratique que la France centralisée : elle connait le fédéralisme et même le confédéralisme d’un régime politique polymorphe très complexe. L’Alsace-Lorraine, ultime paradoxe, réussit en 1911 à arracher son autonomie en se voyant gratifier d’un gouvernement provincial et d’un parlement provincial en sortant du statut colonial de Reichsland qu’elle avait combattu pendant quarante ans. Une autonomie qu’elle perdra dès 1918 pour retourner au statut colonial que de tous les territoires français continuent à connaître jusqu’à aujourd’hui, la France fanatique n’ayant jamais réussi à sortir de ses scléroses indécrottables. Quelle tragique ironie ! C’est tout de même un triste destin bien paradoxal que celui des malheureux Alsaciens-Mosellans au XXe siècle !

L’empire austro-hongrois est un régime en partie comparable à ce qu’était la France avant 1790, avec des aménagements parlementaires. La tragédie du règne de François-Joseph (1848 – 1916) réside dans la personnalité de l’empereur – un homme du XVIIIe siècle perdu au début du XXe. Les causes de la mort de son empire sont réunies dès la première année de son règne, en 1848. Cette année est une année de double révolution, libérale (révolution viennoise) et nationale (soulèvement de la Lombardie-Vénétie, de la Hongrie et de la Bohême-Moravie). La révolution libérale et les soulèvements des peuples sont finalement écrasés après une guerre qui perdure jusqu’en 1849, et qui sera clôturée par les jolies marches de Franz von Suppe en attendant que la cour reprenne les valses de Strauss. La vieille Autriche est un bien joli pays, tout s’y termine en musique Oum Papa. Les libéraux avaient proposé au nouvel empereur, François-Joseph, une constitution fédérale et une monarchie constitutionnelle. C’était la solution, à laquelle sera malheureusement préférée une constitution centralisée (qui sera progressivement, mais imparfaitement, libéralisée par la suite). Jusqu’à sa mort, François-Joseph rejettera l’idée d’un empire constitué sous la forme d’une fédération de monarchies constitutionnelles. Le poétique système féodal coiffé par sa Majesté Impériale et Apostolique, par la Grâce de Dieu empereur d’Autriche, roi de Hongrie et de Bohême, de Dalmatie, de Croatie, de Slavonie, de Galicie,  grand prince de Transylvanie, margrave de Moravie, duc de Haute et de Basse Silésie etc., qui reconnaissait l’existence de toutes ces nations, permettait facilement une telle innovation ! Charles Ie (1916 – 1918) le fera, mais trop tard. Le compromis de 1867, établi au lendemain de la défaite de Sadowa alors que l’Autriche avait déjà dû se retirer d’Italie en 1859-1861, met en place le régime bancal de la double monarchie austro-hongroise, avec des peuples maîtres (les Autrichiens et les Hongrois) et des peuples sujets (les autres). Une telle inégalité de traitement, une telle iniquité ne pouvait que conduire à des tensions internes et au désastre. C’est la désastreuse politique des nationalités menée par l’empereur qui est la cause première des désastreux traités de Saint-Germain-en-Laye et de Trianon, qui démantèlent totalement l’empire. Sur le terrain, l’armée austro-hongroise était loin d’avoir été écrasée : elle avait victorieusement repoussé les Russes, victoire couronnée par le traité de Brest-Litovsk (3 mars 1918), et avait infligé aux Italiens le désastre de Caporetto (octobre-novembre 1917). Son implosion est avant tout intérieure. Qui sait si une fédération d’Europe Centrale aurait pu naître en 1918 si François-Joseph avait compris la force du fédéralisme ? Son empire baroque et chamarré, sorte d’État multiculturel catholique (donc pas multi-civilisationnel), mélangeant un sympathique germanisme méridional et un slavisme exubérant, cet empire dont l’intense vie culturelle a livré parmi les plus grands écrivains et les plus grands penseurs, les plus grands musiciens et les plus grands peintres de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, cet empire original qui a laissé derrière lui beaucoup de rêve et de nostalgie, aurait pu devenir un vrai modèle d’une Europe démocratique et fédérale réussie.

Et c’est à cause de cette hypothèse de démocratie fédérale que j’évoque le destin de l’Autriche-Hongrie. On pense à la France et à l’UE.

L’Union Européenne, contrairement à ce que tout le monde croit, est d’abord et avant toute chose une création technocratique de bureaucrates hostiles à toute démocratie, qui ont mis en place sous couvert d’une accumulation d’impostures un régime autoritaire et centralisé (et non « fédéral », justement !). Ces imbéciles mènent désormais une guerre à mort contre les droits de peuples qui étaient au départ convaincus, en 1945, des avantages procurés par une union. Et freinent désormais des quatre fers (un crétin comme Macron ne l’a pas compris, une politicienne allemande comme Annegret Kramp-Karrenbauer (CDU) bien davantage). Qui sont les avantages de toute fédération : conjuguer liberté et autonomie à puissance économique et politique/militaire sans sacrifier l’un à l’autre. L’Union européenne sacrifie pourtant désormais, de par le fanatisme des ronds-de-cuir qui y ont confisqué le pouvoir, liberté et autonomie à une puissance économique supposée – sans pour autant apporter la puissance politique et militaire perdue en 1945 ! Un désastre ! Je ne puis ici que dire : souvenez-vous du destin de l’Autriche-Hongrie, un empire prometteur au destin gâché par son empereur et roi !

L’Union Européenne, fruit des délires totalitaires de bureaucrates autoritaires, a radicalement banni toute idée de démocratie par la mise en place d’institutions de carnaval : la Commission Européenne est nommée et non élue, et donc l’exécutif européen n’a aucune légitimité démocratique. Le parlement européen est certes lui élu. Mais son pouvoir est une farce démocratique ! La Commission non élue n’est pas responsable devant lui et ne peut donc être renversée par lui. Il n’y a aucune séparation horizontale des pouvoirs ! C’est donc la Commission nommée et non élue (!!!) qui est aujourd’hui la vraie source de 80 % du droit en Europe après avoir dépouillé les parlements nationaux élus de 80 % de leurs prérogatives.

Notons que la Commission Européenne tire sa légitimité de sa nomination … par les exécutifs démocratiquement élus des États membres. Mais c’est là justement qu’est le hic : les exécutifs de tous les pays – élus pour mener dans chacun de leurs pays des politiques différentes en fonction d’aspirations différentes de leurs peuples – nomment ensemble, par copinage, tractations et marchandages politiques opaques, une commission non élue par les peuples aux décisions prises loin du regard des peuples selon des logiques autres que celles pour lesquels les différents gouvernements nationaux ont été élus, décisions auxquelles lesdits gouvernements nationaux se soumettent ensuite en disant à leurs peuples respectifs : nous ne pouvons pas appliquer le programme sur lequel nous avons été élus, parce que « la commission en a décidé autrement » ! Leur créature leur en fait a échappé, à la manière de celle du Dr. Frankenstein ou du Golem de Rabbi Loew.

Michel Onfray, qui ne sait pas ce que le mot « libéralisme » veut dire, parle de « dictature libérale ». Un animal chimérique résultant du croisement d’un poisson avec un éléphant sans doute. Le libéralisme économique (et seulement économique) voulu par la commission parce que d’autres gouvernements étrangers sont nettement plus libéraux que la France (ça n’est pas difficile) n’a fait en France qu’accentuer le régime de NEP et de capitalisme de connivence (voir mes articles précédents) sans y installer le moindre libéralisme véritable.

On parle beaucoup de « mondialisation libérale ». C’est un oxymore basé sur le fait que les libéraux – les vrais – ont toujours favorisé le libre-échange. Mais attention, ce n’est pas le libre-échange qui est ici en cause, même si je crois qu’il ne faut pas que ce dernier devienne à son tour une religion et qu’il est important que les traités soient équilibrés. Le coup d’État mondialiste est d’abord et avant tout politique et résulte des délires impérialistes de bureaucrates assoiffés de pouvoir et ennemis jurés de la démocratie ! Ce n’est donc en rien une « mondialisation libérale » !

Ce que nous avons en Europe, depuis Maastricht, c’est un coup d’État totalitaire qui a aboli discrètement sans le dire toutes les démocraties à l’ouest en conservant simultanément une gouvernance de despotisme éclairé permettant de sauvegarder plusieurs libertés. Pour la forme, pour la façade, l’apparence des choses, pour maintenir un certain calme dans une population toujours passive –en France et ailleurs. En signant les traités européens de 1993 – 2009, les chefs de gouvernement européens ont commis un coup d’État en outrepassant tous leurs droits constitutionnels. Ces traités sont non seulement illégitimes, mais de surcroit illégaux. Les résultats du référendum de 2005 prouvent que les peuples, largement acquis à l’idée européenne comme Pax Europae jusque-là ont parfaitement compris l’imposture supranationale (et non « fédérale ») alors. Le non-respect des résultats de ce référendum marque le début d’une guerre civile larvée des peuples européens épris de liberté contre l’État européen autoritaire suprémaciste, colonialiste et impérialiste voulu par les théocrates et bureaucrates putschistes ennemis de la liberté des peuples et de la démocratie.

Ceux-ci ne cessent d’inverser les rôles en recourant à l’accusation orwellienne de « populisme », « nationalisme » etc. envers tous ceux qui protestent contre la confiscation de leurs droits. C’est le contraire qui est vrai ! C’est la volonté expansionniste des empires centraux et coloniaux (car les empires coloniaux de 1914 n’étaient des démocraties que dans leurs métropoles respectives, pas dans leurs colonies, je reviendrai plus tard sur ce point crucial) qui a généré le choc des empires à l’origine de la Première Guerre Mondiale. Jamais le désir de liberté des peuples assujettis et colonisés, jamais le nationalisme des nationalités !

C’est l’Union Européenne, dans son rejet fanatique du fédéralisme et de la démocratie qui est l’héritière aujourd’hui des empires d’hier, et pas l’inverse ! C’est l’Union Européenne, héritière moderne des empires d’hier, qui est LE facteur de guerre en Europe au début du XXIe siècle ! PAS les « populismes » : la liberté des peuples est un droit inaliénable de ces derniers, sa confiscation un crime sous-jacent à crime contre l’humanité !

Pour changer la donne, il faudrait au moins :

  • adopter une constitution européenne démocratique à l’américaine avec élection démocratique et séparation des pouvoirs fédéraux (exécutif, législatif, judiciaire – à élire !)
  • pouvoirs fédéraux limités à la seule politique extérieure et à l’armée (restauration prioritaire de la puissance militaire par la création d’une armée fédérale, condition sine qua non à la restauration de l’indépendance de l’Europe perdue en 1945) et sans aucune autorité sur les États fédérés dans les autres domaines économiques, sociaux, culturels etc. (l’idéal étant une Europe des régions)
  • avec totale autonomie des régions démocratiquement constituées à la base à leur gré.

On en est loin.

En France, nous cumulons désormais le double échafaudage d’une dictature française qui n’est plus qu’un système oppressif dont la seule fin est de nourrir les vampires et les parasites qui tiennent entre leurs mains poisseuses l’État sans aucune légitimité démocratique, et la couche dictatoriale européenne. Aucun peuple n’a jamais été réduit à un tel esclavage ! Le despotisme éclairé n’a jamais été la démocratie ! Nous évitons seulement la tyrannie pure et dure … mais elle peut vite arriver, elle n’a plus aucun obstacle devant elle …

Macron, ce menteur compulsif doublé d’un psychopathe dangereux, rêve par ailleurs d’une Europe façonnée à la manière d’une théocratie à la française. Un monde d’horreur. Son ahurissant appel aux Européens lors des dernières élections propose de renforcer la centralisation économique, sociale et fiscale, de mettre en place une police politique européenne, d’interdire tout pluralisme politique au nom de la défense de la « démocratie » (= du parti unique de fait !), la mutualisation des dettes permettant à la France de poursuivre la fuite en avant de la gestion de son budget chroniquement déficitaire et de son économie de NEP en faillite en faisant financer les privilèges et le clientélisme des parasites qui se sont emparé de l’État céans par les contribuables allemands. Un fou criminel, auquel Annegret Kramp-Karrenbauer (CDU) a donné une réponse bien appuyée. Il ne passera pas.

Macro n’est pas « l’homme providentiel » qui va sauver la France : il en est le fossoyeur, le dernier président de la Ve République. Il n’est pas Henri IV, mais Henri III ; pas Bonaparte, mais les directeurs corrompus du Directoire ; pas De Gaulle, mais Pétain.

En revanche, le sauveur n’est hélas toujours pas en vue non plus …

Philippe Perchirin

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