Philippe Perchirin, traducteur et auteur d’essais philosophiques et politiques poursuit sa série d’articles consacrés à l’ère Macron et à ce qu’il nomme « La marche à l’abîme de la France ». Ces articles sont consacrés à la phase finale de la crise française, dont le quinquennat d’Emmanuel Macron est emblématique. Onzième article ayant pour sujet une France traversant une triple crise existentielle, économique et sociale, politique et démocratique, civilisationnelle

Une France traversant une triple crise existentielle, économique et sociale, politique et démocratique, civilisationnelle

Les 3 crises françaises, a) économique et sociale, b) politique et démocratique, c) civilisationnelle menacent désormais de faire disparaître un État français auquel les dirigeants refusent obstinément tout remède (suite)

  • La crise civilisationnelle repose sur le refus de poser la question migratoire en termes rationnels : économiques, sociaux, culturels et bien entendu civilisationnels pour la présenter criminellement comme une question idéologique et religieuse. Derrière cela se cache une vaste accumulation de confusions autours des notions d’État, de citoyenneté, de nation et de nationalisme, ainsi que le terrorisme d’idéologues malhonnêtes et criminels qu’il convient de démêler, de démasquer et de dénoncer

Devoir de mémoire, devoir de fausse mémoire : l’horreur du siècle dernier était bien entendu le communisme, celle de ce siècle les idéologies mortifères socialistes et postsocialistes de ses héritiers

On ne cesse de dire, en invoquant les traumatismes de la première moitié du XXe siècle, du devoir de mémoire. Jamais pourtant mémoire n’aura été aussi manipulée que celle du XXe siècle, d’une part à travers la mise en avant outrancière de certains des ressorts de l’histoire, mais surtout par l’occultation outrancière d’autres ressorts essentiels de cette même histoire.

Et notamment :

L’horreur ultime du XXe siècle n’a sûrement pas été le fascisme, et même pas en tout premier lieu le nazisme : c’est d’abord et avant tout le communisme qui l’a été ; le premier a été lourdement condamné … et le second absout de ses crimes, ce qui lui permet de devenir le pilier ultragauchiste de l’islamo-gauchisme, l’islamisme étant le pilier d’ultra-droite, l’alliance des deux démontrant l’imposture des uns et des autres ; cette manipulation favorise le triomphe du néo-totalitarisme au XXIe siècle

En dépit des conjurations « antifascistes », le fascisme n’a jamais été le totalitarisme premier au XXsiècle. C’est le communisme, dont le fascisme n’a jamais été que la Némésis dans une version mutante, qui a joué ce rôle. Le « fascisme » naît finalement avant l’apparition du terme dès la Guerre Civile russe de 1917 – 1921, qui voit se lever contre la dictature bolchevique des armées blanches qui comptent dans leurs rangs certes de purs monarchistes nostalgiques du tsarisme, mais aussi des monarchistes constitutionnels, des républicains libéraux et déjà des mutants souhaitant mâtiner un État nationaliste mâtiné d’institutions socialistes – avec le soutien notamment de mencheviks, d’anarchistes et . Des proto-fascistes donc.

Mais l’événement fondateur du fascisme est en fait la tentative de submersion de toute l’Europe de l’Ouest par l’armée rouge alliée aux socialistes révolutionnaires à l’ouest dès 1918, avec l’offensive soviétique sur la Pologne de février 1919 – mars 1921 et le soulèvement spartakiste en Allemagne (janvier 1919). L’Union soviétique a défendu dans un premier temps le droit des nationalités contre les prétentions impérialistes, y compris les prétentions panslaves de l’empire russe, pendant vodka-caviar du pangermanisme allemand. Pendant la Guerre Civile russe et l’époque du communisme de Guerre (1917 – 1923), l’Union Soviétique accepte l’indépendance de nombreux anciens territoires de l’empire des tsars. Au nom du droit des peuples et de l’anti-impérialisme. Dès le lendemain de la victoire bolchevique … l’armée rouge se précipite sur les territoires ayant proclamé leur indépendance comme la Finlande, les pays baltes, la Pologne, l’Ukraine, les républiques caucasiennes … au nom de la solidarité du prolétariat russe avec les prolétariats finnois, baltes, polonais, ukrainiens, caucasiens contre les bourgeoisies russe, finnoise, balte, polonaise, ukrainienne, caucasienne ! Une sinistre farce !

Mais notons le parallélisme avec la Révolution Française, qui lance les armées de la république à l’assaut de l’Europe en 1792 avec la même logorrhée orwellienne : ce qui différencie l’impérialisme, suprémacisme, colonialisme « universaliste » de l’impérialisme, suprémacisme, colonialisme « raciste », c’est juste le langage, juste le type de mensonges utilisés et rien d’autre.

L’impérialisme, suprémacisme, colonialisme raciste du type pangermanisme ou panslavisme, ou colonialiste français en Afrique justifie son agression par sa supériorité raciale (en fait culturelle) ; l’impérialisme, suprémacisme, colonialisme universaliste justifie son agression … sa supériorité civilisationnelle (idéologie française) ou idéologique (lutte de classe ou lutte contre le « racisme » des peuples qui ne veulent pas être colonisés). Et le tour est joué ! En fait c’est bel et bien la même chose …

Le proto-fascisme apparaît avec les Corps Francs baltes et allemands dès 1919. C’est eux qui auraient d’ailleurs arboré les premières croix gammées. Les Corps Francs rejettent deux choses : l’instauration du communisme et la conquête bolchevique. Ils sont nationalistes parce qu’ils veulent préserver l’indépendance de leurs pays et refusent de devenir des républiques soviétiques. Ils ne rejettent pas nécessairement toute la politique économique socialiste, seulement la totale collectivisation. En fin de compte, le proto-fascisme est à peu près identique à la social-démocratie de Boukharine dans le cadre du « socialisme dans un seul pays ».

Sans la menace soviétique sur l’Europe, matérialisée politiquement par l’instauration du Kominterm après l’échec de l’assaut soviétique sur l’Europe de l’Ouest en 1919, il n’y aurait jamais eu de fascisme. On l’a oublié. Le « devoir de mémoire » du XXe siècle est hémiplégique, totalement faussé. La réécriture permanente de l’histoire, on s’en souvient, est au cœur des activités du Ministère de la Vérité du roman 1984. La France est aujourd’hui la quintessence d’une dictature orwellienne.

Le théoricien et praticien ultime du fascisme, qui revendique d’ailleurs l’invention du néologisme est enfin Benito Mussolini, ancien socialiste. On désigne par « fascisme » le régime que ce dictateur a progressivement installé en Italie dans le sillage des leggi fascistissime (lois fascistissimes) promulguées en 1925-1926. Et par extension, parfois de façon abusive ou en tout cas discutable, à tous les régimes plus ou moins comparables qui ont existé jusque dans les années 70 en Espagne, au Portugal et en Grèce, jusque dans les années 80 en Amérique du Sud, voire dans les pays arabes depuis les années 1970 jusqu’au pseudo « printemps arabe », et beaucoup de régimes africains postcoloniaux sans oublier des pays asiatiques tels que l’Indonésie de Suharto et d’autres. Le fascisme est une doctrine s’efforçant de faire la synthèse entre le nationalisme politique de l’État-nation (héritage de la Révolution Française) et le socialisme économique : déification d’un État autocratique et non-démocratique avec parti unique, interdiction de l’opposition politique, absence de pluralisme partisan et des médias, censure, polices et tribunaux politiques d’une part ; anticapitalisme et antilibéralisme de l’autre, contrôle de l’économie (prix, salaires, corporatisme patronal et syndical) et parfois autarcie, en dépit du maintien de la propriété privée (la différence la plus essentielle par rapport au communisme, qui explique pourquoi les régimes fascistes n’ont jamais détruit leurs économies, facilitant ainsi souvent un passage ultérieur à la démocratie plus en douceur que dans le cas de leurs doubles monstrueux communistes).

Le fascisme ne saurait être confondu avec le nazisme, qui en reprend certes en partie la politique économique – mais uniquement dans le but de mettre en place une économie de guerre, en maintenant le grand capitalisme privé seulement placé sous tutelle.

Le nazisme a en effet des ressorts très différents :

  • l’antisémitisme, largement dû aux obsessions personnelles d’Adolf Hitler – qui aboutit au désastre des camps, eux-mêmes repris des pratiques soviétiques
  • le racisme idéologique, issu de la pensée des Français Henri de Boulainvilliers (1658 – 1722) et Arthur de Gobineau (1816 – 1882) – nous y reviendrons
  • le jacobinisme français, tant du point de vue du suprémacisme recyclé dans le pangermanisme que de l’organisation de l’État (la suppression des régions et États fédérés et leur remplacement par des Gäue inspirés des départements, placés sous l’autorité de fonctionnaires imités des préfets, les Gauleiter)
  • le crapuleux Traité de Versailles, un traité de non-paix imposé par de criminels politiciens français qui, après ne pas avoir vraiment gagné la guerre (qui ne l’a été que grâce aux Américains) n’ont pas voulu gagner la paix

avec les catastrophiques résultats que l’on connait liés à la Seconde Guerre Mondiale, qui comme je l’ai déjà dit dans mon dixième article, est d’abord et avant tout la seconde mi-temps du match suicidaire inauguré par la Première Guerre Mondiale.

L’amalgame est systématiquement fait entre les régimes fascistes en général et le nazisme en particulier, notamment à cause de la tragique mutation du fascisme italien voulue en 1935 par un Mussolini devenu complètement mégalomane et ayant perdu tout contact avec la réalité – contrairement aux membres du Grand Conseil Fasciste qui avaient parfaitement compris que le régime était dès lors en plein suicide. Il s’agit là d’une totale falsification de l’histoire, une fausse mémoire qui sert à occulter le rôle du communisme génocidaire comme véritable moteur fondamental de l’horrifique histoire du XXe siècle.

La réalité est que :

  • les régimes fascistes (Italie avant 1935, Espagne franquiste, Portugal salazariste, dictatures militaires sud-américaines, Grèce des Colonels…), n’ont jamais dans l’ensemble été racistes ni antisémites – seulement nationalistes au sens de la préservation de l’indépendance de leur pays vis-à-vis de l’empire soviétique suprémaciste ; les pays ibériques se sont bien gardés de s’impliquer dans la Seconde Guerre Mondiale
  • les régimes fascistes n’ont pas jamais mis en place de camps de la mort, contrairement au nazisme et à l’Union Soviétique
  • les camps de prisonniers fascistes hors Allemagne n’ont existé que dans le cadre de guerres civiles, comme la Guerre Civile Espagnole (1936 – 1939) qui opposait les nationalistes espagnols aux anarcho-communistes espagnols qui souhaitaient transformer l’Espagne en une république soviétique – en quelque sorte une histoire de Charybde contre Scylla (histoire là aussi falsifiée), les exactions commises dans le cadre de cette guerre ayant été le fait des deux camps, et plus caractéristiques de ce qui se passe dans toute guerre civile que la conséquence d’une pratique idéologique

Les régimes fascistes, on l’a dit, n’ont eu au départ aucun autre objectif que celui d’empêcher leurs pays de devenir communistes et de tomber sous la férule de l’Union Soviétique. C’est la raison pour laquelle leurs citoyens ont pu, en temps de paix, vivre la vie à peu près normale que l’on peut vivre sous un régime autoritaire. Les économies fascistes ont su préserver l’économie privée, ce qui explique le soutien dont elles ont pu bénéficier de la part de la bourgeoisie possédante et des entrepreneurs à titre de pis-aller. Un soutien utilisé par les totalitaires pour justifier un amalgame crapuleux à nouveau falsificateur de l’histoire entre fascisme et libéralisme – et qui permet de démonétiser toute idée de retour à la démocratie. Le maintien d’une économie privée est par ailleurs la cause de l’évitement, en régime fasciste (comme en régime de NEP), de l’anéantissement économique communiste. Les régimes fascistes ont même à l’occasion connu une vraie croissance après l’abandon de la politique d’autarcie, croissance qui a permis in fine une sortie en douceur vers la démocratie à terme, une fois la menace collectiviste disparue. Je l’ai déjà dit : la politique économique fasciste est foncièrement identique à la politique de NEP social-démocrate version Boukharine ou version française actuelle. La France antilibérale actuelle pourrait à la fois être considérée comme post-social-démocrate version Boukharine ou comme postfasciste, d’autant que le régime français est fortement autoritaire.

Le fascisme a existé parce que le communisme existait. Il en était la Némésis. On n’a jamais vécu normalement dans un régime communiste, tous les régimes communistes (Union Soviétique, Pologne, Tchéquie, Hongrie, Bulgarie, Roumanie, Chine, Vietnam, Cambodge, Cuba…) ont été sans exception des régimes d’horreur où la vie quotidienne était un enfer. On vivait normalement en Espagne dans les années 1960 et dans le Portugal des années 1930-1950.

Alors certes, rien ne vaut la démocratie minarchiste, vraiment libérale et fédéraliste que je prône. Mais présenter le fascisme comme l’horreur du XXe en occultant le fait que c’est bien le communisme qui a été l’abomination absolue du XXe ne s’inscrit pas du tout dans un prétendu « devoir de mémoire ». Ce scandaleux mensonge n’est qu’une monstrueuse falsification de l’histoire n’ayant qu’un seul but : préparer l’avènement des néo-totalitarismes et des horreurs à venir pour le XXIe siècle.

Philippe Perchirin

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