Racisme, antiracisme : la montée en puissance d’un nazisme inversé ?

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Philippe Perchirin poursuit son analyse de notre société contemporaine intitulée « Le temps Macron et la marche à l’abîme de la France » dont voici la 8ème partie ci-dessous :

Racisme, antiracisme : la montée en puissance d’un nazisme inversé ?

Les mots de « racisme » et d’« antiracisme » sont d’autres grands mots-valises de l’époque. De grossières manipulations sémantiques caractéristiques des dictatures totalitaires comme l’avait fort bien vu Orwell. Comme pour le terme de « mondialisation libérale » (pour désigner les néo-impérialismes politiques, voir mes articles 9 & 10), ou la France « libérale & libertaire » (pour désigner la politique socialiste étatiste « progressiste » mais autoritaire et antidémocratique, le capitalisme de connivence et le régime économique de NEP avancé), ils s’inscrivent au cœur de la logorrhée totalitaire des néo-impérialismes de notre époque, ceux dont la politique vise à renouer, en bien pire, avec les horreurs du siècle dernier en affirmant le contraire.

Races et racisme : les changements de sens apportés par Boulainvilliers et Gobineau

Comme je l’ai dit (mon 7e article), le terme de « race » n’a jamais voulu dire autre chose que peuple, ethnie, tribu, nation, donc un concept de famille élargie avant le milieu du XIXe siècle. C’est-à-dire un groupe humain identifiable comme tel par des caractéristiques communes de langue, de religion et de pratiques culturelles, et dont on peut retracer l’histoire sur un temps long (mémoire, histoire, mythes etc.).

Le sens du mot a été totalement changé et progressivement falsifié, d’abord par Boulainvilliers puis surtout par Gobineau au plan conceptuel, avant d’être repris par des idéologues politiques impérialistes.

Boulainvilliers (1658-1722) doit certes être abordé avec nuances. Il représente en réalité la réaction nobiliaire contre l’asservissement de la noblesse d’épée voulu par l’absolutisme royal de Louis XIV, cette préquelle au sinistre bonapartisme proto-totalitaire. Boulainvilliers prône une sorte de république aristocratique et fédérale. En ce sens, il est tout à fait respectable et ne saurait être condamné trop hâtivement sans nuances. Mais il est par ailleurs l’auteur d’une thèse qui a occulté le reste de sa pensée, thèse en vertu de laquelle la noblesse d’épée aurait été descendante de la « race franque » alors que le tiers état aurait été composé des descendants de la « race gauloise » – la décadence française découlant de la déchéance historique de la noblesse germanique.

Il y avait, il y a et il y a toujours eu plusieurs ethnies, peuples, nations sur le territoire de l’État français : Alsaciens, Franco-Provençaux, Occitans, Catalans, Basques, Bretons et Flamands cohabitent depuis toujours avec les Français à proprement parler – c’est-à-dire les peuples de langue d’oïl. Mais il n’y a jamais eu de « race » gauloise, puisque la Gaule était historiquement peuplée de plusieurs nations aujourd’hui disparues, pouvant être classifiées grosso modo en Ligures, Vascons, Gaulois, Armoricains et Belges. Quant aux Francs, ils se sont vite fondus en tant que nation au départ distincte dans la masse des autochtones, comme les Vikings en Normandie ou les Maures dans l’Estérel. En attribuant des origines ethniques aux ordres de l’Ancien Régime, Boulainvilliers falsifie le terme ancien de « race » pour l’appliquer à une toute autre catégorie de fracture de toute société (voir mon 5e article sur la question démocratique) : la fracture entre les castes. C’est comme si on disait qu’il y a aujourd’hui une « race » des fonctionnaires et une « race » des acteurs du privé. Il n’y avait pas de nation aristocratique ni de nation roturière dans la France du début du XVIIIe siècle ! Il y a, chez Boulainvilliers, confusion entre la notion de nation et celle de caste.

Mais ce premier glissement du sens du mot sera encore aggravé avec la publication, en 1853, de l’Essai sur l’inégalité des races humaines du comte Arthur de Gobineau (1816-1882).

Ce livre pose trois problèmes majeurs :

  • Il crée le concept de race blanche, de race noire et de race jaune. On rappelle qu’avant 1850, le terme de « race » est en fait synonyme de peuple, tribu, ethnie, nation – de groupes humains identifiables avant tout par leur langue, leur religion, leur culture, leur histoire et leur mémoire. Il n’y a jamais eu de nation blanche, noire ou jaune. Ce niveau de classification des groupes humains est bien trop large pour avoir une réalité culturelle tangible, il faudrait trouver un autre mot. Il y a des centaines de peuples différents en Europe, en Afrique et en Asie. Et si tous ces peuples, qui ont tous le droit à l’existence en vertu des droits humains les plus fondamentaux, ont toujours échangé entre eux, si des parentés, des solidarités, des alliances et des oppositions ont pu exister entre eux, ces dernières n’ont jamais fait d’eux des peuples uniques.

La notion de « race » selon Gobineau se trompe donc de niveau de perception des réalités humaines.

  • Gobineau postule en outre une inégalité entre les races ainsi définies en se fondant sur les inégalités de leurs degrés respectifs d’avancement civilisationnel et notamment technique et technologique existant entre elles à son époque.

Postuler une relation de cause à effet entre le patrimoine génétique moyen supposé de races définies comme des groupes humains aussi larges que les définit Gobineau avec le degré d’avancement de leur civilisation, notamment technique, est pour le moins hasardeux. Le degré d’avancement des civilisations est le résultat de nombreux facteurs, notamment culturels et historiques. Citons l’inventivité, consubstantielle au droit d’innover et d’échanger des idées et des découvertes.

Notons que l’Asie a pu souffrir d’une certaine sclérose à ce niveau avant l’offensive coloniale européenne. Elle se rattrape bien aujourd’hui, surtout depuis qu’elle a abandonné le mortifère et criminel communisme, ce qui démontre que les civilisations peuvent repartir de l’avant une fois que certains blocages ont sauté.

L’Europe a pu franchir des étapes décisives quand elle s’est affranchie de la tutelle de l’Église à la fin du Moyen Âge. Notons que désormais dans toute l’Europe, et notamment un pays aussi figé, tétanisé et sclérosé que la France, la lutte à mort contre tout droit de penser, de créer, d’inventer, de s’exprimer et d’échanger des idées (interdiction de tous les débats à tous les niveaux, politique mais aussi culturel et désormais technique et scientifique) en dehors des dogmes figés et imbéciles d’une bien-pensance ou d’un politiquement correct qui n’est qu’une criminelle religion terroriste totalitaire, antidémocratique, antilibérale et antihumaniste radicalement arriérée, nous fait retourner aux ténèbres du Moyen Âge le plus ancien et représente une menace majeure pour l’avenir de la civilisation dans cette partie du monde. Le QI s’écroule d’ailleurs partout en Europe, et pas seulement à cause de l’immigration ou de « perturbations endocriniennes » fantasmées. L’inouïe montée en puissance de la terreur intellectuelle du politiquement correct réduit de façon exponentielle le champ civilisationnel.

  • Enfin l’inégalité prônée a finalement surtout été instrumentalisée politiquement pour servir de justification idéologique aux impérialismes, suprémacismes, colonialismes et esclavagismes comme on l’a déjà vu (mes articles 7 & 8)  – qui sont bien entendu des idéologies antinationales, comme l’a parfaitement vu et défendu Hannah Arendt.

C’est du fait de cette évolution que nous avons aujourd’hui une compréhension du mot « race » qui est issue d’une part du gobinisme au plan idéologique, et par ailleurs de l’histoire des puissances impérialistes du siècle dernier.

Le racisme n’a jamais été une « attitude » de la population, mais une idéologie suprémaciste de l’État impérialiste : racisme « universaliste » de l’État français, racisme « aryen » nazi

Revenons là aussi aux fondamentaux : le « racisme » n’a jamais été et n’est pas une « attitude » de la population ! Comme il existe une multitude de peuples, ces derniers sont en effet inévitablement en conflit les uns avec les autres pour le contrôle de territoires et de ressources, ou l’organisation politique de la société. Cette situation est inévitable et apporte avec elle son lot de détestations, de haines et de guerres. Les préjugés et les clichés des uns et des autres sont le lot de TOUS les êtres humains et sont donc sans pertinence – sauf à condamner l’humanité toute entière. Ceci n’a donc strictement rien avoir avec le « racisme » proprement dit qui, je le répète, est une idéologie politique. J’y reviendrai ultérieurement à propos de l’exemple de la colonisation de l’Amérique du Nord. C’est la raison pour laquelle la présentation ad nauseam du « racisme » comme d’un problème psychologique et moral (incompréhension, intolérance, ignorance, inacceptation de l’autre, etc.) n’est qu’une grotesque et imbécile imposture visant à masquer et à occulter la nature profonde du racisme : celle d’une idéologie de domination de l’État et de ceux qui contrôlent ce dernier (en France : la haute fonction publique). Pas un crime de la population – cette présentation est imaginaire, et est en fait construite sur le modèle de l’ancien antisémitisme.

Le racisme est en réalité une idéologie d’État spécifique qui s’est développée entre 1850 et 1945 environ afin de servir de justification idéologique aux prétentions impérialistes de cette période.

C’est le cas de l’impérialisme nazi, qui justifie l’expansion allemande à l’Est au nom de la supériorité raciale aryenne. Notons le caractère complètement incohérent de cette idéologie raciale : ainsi aucun des dirigeants nazis ne répondait physiquement aux critères raciaux du Reich, mais tous furent déclarés aryens ; les Croates catholiques furent réputés Aryens tout comme les Bosniaques musulmans, parce qu’ils étaient des alliés. Les Serbes, les Polonais et les Russes furent en revanche réputés sous-hommes alors qu’ils répondent souvent aux critères physiques nordiques censés être « aryens ». C’était des ennemis à soumettre. La même chose valait d’ailleurs des Kabyles, que les Allemands espéraient soulever contre la France : ils furent déclarés « Aryens ». On parle d’ailleurs souvent des mauvais traitements qu’auraient subis les soldats noirs prisonniers de la part des Nazis. Mais en oubliant que les services secrets du Reich se sont efforcés de soutenir tous les mouvements anticolonialistes africains contre les puissances coloniales française et anglaise. Le Japon, qui souhaitait créer son propre empire colonial dans le Pacifique, fera d’ailleurs de même contre les Français en Indochine et les Anglais en Birmanie et en Inde. Au total, l’essentiel de la haine « raciale » nazie s’exerçait à l’égard des « sous-hommes » russes, pourtant souvent grands, blonds et aux yeux bleus – et non contre les Noirs d’Afrique ou les Asiatiques qui étaient des alliés politiques. Les puissances de l’axe ont préparé avec succès la décolonisation ! L’idéologie raciale du Reich millénaire n’était qu’une construction aberrante visant uniquement à justifier l’expansion à l’Est. De ce point de vue, le racisme nazi doit d’ailleurs être strictement distingué de l’antisémitisme nazi, qui est lui vraiment un autre délire profondément lié à la personnalité d’Hitler et notamment à l’expérience austro-hongroise de ce dernier, et dont la justification ne peut être considérée comme rationnelle. Je reviendrai à l’occasion encore une fois sur la spécificité culturelle austro-hongroise, dont les caractéristiques intéressent l’avenir de notre siècle.

Strictement la même chose vaut pour le racisme idéologique des États coloniaux que sont la France et l’Angleterre. La colonisation intérieure française, qui vise à l’asservissement des Alsaciens-Mosellans, Occitans, Catalans, Basques, Bretons et Flamands, est justifiée par un discours nihiliste et infériorisant : ces peuples n’existent pas, n’ont pas de cultures, leurs langues sont de pauvres jargons sans qualités, ils sont réactionnaires et arriérés. Discours raciste intérieur. Pour ce qui est de l’Afrique, c’est bien l’homme de gauche Jules Ferry qui a prononcé ces mots à l’Assemblée : « Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. »

Rappelons que le racisme nazi peut être qualifié « de droite », parce qu’il vise la soumission des Slaves, mais que le racisme français a toujours été « de gauche », parce que c’est la gauche française qui a voulu l’empire colonial africain après 1870. C’est aussi la gauche française qui a détruit les structures ethniques de l’Algérie après 1871 en cherchant à détruire l’identité des différents groupes indigènes d’Afrique du Nord. Le racisme idéologique français anti-africain vient surtout de la gauche. C’était le cas hier, c’est le cas aujourd’hui.

Notons que le racisme idéologique n’a aucune cause psychologique, morale, etc. comme le bavent à longueur de journées les faux antiracistes qui sont les vrais racistes : il représente seulement une logorrhée servant aux impérialistes, colonialistes, suprémacistes et racistes de justification de leurs prétentions de domination, de soumission et de réduction à l’esclavage des peuples. Il est un discours de pouvoir et de soumission et rien d’autre. La question n’a jamais été « morale » !

Le faux antiracisme est bien entendu le néo-racisme d’État de notre époque, une logorrhée combinant l’ancienne idéologie raciste nazie et l’ancienne logorrhée orwellienne soviétique pour créer un monstre nouveau portant l’appellation obscène d’antiracisme (dont il est justement l’antithèse la plus absolue) ; le faux « antiracisme » EST le vrai racisme du XXIe siècle, c’est-à-dire le racisme anti-Blanc, mais accessoirement aussi le racisme anti-Asiatique et le nouvel antisémitisme, dont le discours absurde est par ailleurs entièrement reconstruit sur le modèle de l’ancien antisémitisme mort en 1945.

J’approfondirai cette question la prochaine fois.

Philippe Perchirin

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