Toujours à galerne le soleil se couche. Philippe Perchirin présente son nouvel ouvrage au coeur des guerres de religion

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Toujours à galerne le soleil se couche. Tel est le titre du nouveau livre de Philippe Perchirin, ouvrage romanesque au coeur des guerres de religion.

Paris, puis Bretagne de fin 1588 à 1598. 8ème et dernière Guerre de Religion. Trois jeunes gens (deux garçons et une fille), logés au Collège de Léon, font leurs études au Collège de Boncourt. Pour apprendre le français et faire leurs humanités. Un des jeunes hommes est un sieur (un noble sans fief car cadet – en Bretagne, les fiefs sont indivisibles et réservés aux seuls aînés) ; c’est un fervent catholique qui embrassera bientôt la cause de la sécession bretonne voulue par le duc de Mercœur. Le second est le fils d’un marchand de crées de Morlaix, dont la mère est Cornouaillaise de Grande-Bretagne, de confession presbytérienne (protestante non anglicane). Son père et lui-même sont donc soupçonnés de sympathie huguenote. La jeune fille est une véritable pennhêrez (dame détentrice d’un fief), issue d’une noble lignée dont l’origine mystérieuse se perd dans la nuit des temps.

Suite à l’assassinat du Duc de Guise à Blois en décembre 1588, la 8ème et dernière Guerre de Religion éclate. Nos héros, fuyant la dictature dure alors instaurée à Paris par la Ligue et les fanatiques « Docteurs Noirs de la Sorbonne » pour la Bretagne, vont se trouver embarqués dans cette guerre, la seconde guerre de religion ayant eu lieu dans cette province, guerre de religion et de vision du monde, guerre politique et sociale, guerre civile, guerre nationale et internationale avec les interventions de l’Espagne et de l’Angleterre. Guerre de guérilla enfin marquée par des atrocités sans nom.

Nos héros vont se retrouver pris dans cette tempête. Amour, destin, tragédie, mort.

À commander de préférence en librairie, ou bien à la rigueur en ligne chez Fnac, Cultura, Decitre etc…

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Pour discuter du livre, nous avons interviewé Philippe Perchirin

Breizh Info : Philippe Perchirin, vous venez de publier « Toujours à galerne le soleil se couche ». C’est votre premier roman ?

Philippe Perchirin : C’est mon premier roman, mais pas mon premier écrit d’importance. J’ai écrit plusieurs textes, mais surtout publié à compte d’auteur l’essai philosophique fondateur pour moi qui porte maintenant le titre « Aux sources spirituelles de l’Occident » en 2011 – un ouvrage monumental et fondamental qui n’existe plus que dans une version de livre d’art très imposante, mais sera réédité en broché. Et qui comptera un jour beaucoup plus qu’on ne le croit. Je travaille aussi à un bref essai politique percutant, décalé et disruptif, ainsi qu’à un autre roman.

Breizh Info : Quelle ambition nourrissiez-vous avec cette nouvelle œuvre ?

Philippe Perchirin : Je voulais surtout écrire un roman alléchant par son sujet et son écriture, et d’une longueur assez concise pour pouvoir intéresser le plus grand nombre. Mais toujours profond par son propos sous-jacent.

Breizh Info : Pouvez-rapidement en décrire l’intrigue ?

Philippe Perchirin : C’est tout d’abord un roman historique, un roman d’aventure, et accessoirement un roman d’amour – et d’ailleurs sur l’amour. Il décrit le parcours tragique de trois jeunes gens originaires de Basse-Bretagne qui, au début de l’histoire, font leurs études à Paris. En l’occurrence deux jumeaux d’ascendance noble mais sans fief (qui sont en fait ensemble une sorte de Janus), un jeune homme roturier (lui aussi accompagné d’un double, qui est son cousin) qui est issu d’une famille de riches marchands morlaisiens et d’une jeune fille de très ancienne noblesse (elle aussi accompagnée d’un double, qui est sa sœur de lait). Des protagonistes que tout oppose par leurs appartenances d’ordre et de classe et leurs convictions politiques et religieuses. Le récit commence à la fin de l’année 1588 à Paris, à la veille de l’assassinat à Blois du duc de Guise. Donc à la veille de la phase dure de la 8ème et dernière guerre de religion (qui a en fait commencé à la promulgation de l’édit de Nemours, le 7 juillet 1585). Comme Paris, alors tenue par l’oppressante dictature du conseil des Seize, va bientôt être assiégée, nos héros décident de rentrer chez eux, dans une Bretagne elle-même bientôt en proie à la sécession et à la guerre civile. L’histoire suit alors les destins, tragiques ou salvateurs, de nos héros jusqu’à l’issue finale et à la fin de la guerre.

Breizh Info : On suit donc le parcours de ces héros à travers un pays en guerre, une atroce guerre civile qui a vidé la Bretagne d’un tiers de ses habitants à l’époque – et qui est un peu tombée dans l’oubli aujourd’hui. Le « propos sous-jacent » que vous évoquiez est donc le thème de la guerre civile en soi ?

Philippe Perchirin : Absolument ! Mais, disons-le tout de suite, pas seulement…

Breizh Info : Pouvez-vous développer ?

Philippe Perchirin : La guerre civile est certes un sujet majeur, qui est abordé sous ses aspects multiples et complexes de guerre d’ordres, de guerre de classes, d’opposition entre villes et campagnes, entre empires « mondialisés » (Espagne et Église), États impériaux « nationaux » en gestation (France, Angleterre…), États « ethniques » à dimension humaine (Bretagne, Provinces-Unies, Suisse…) et pouvoirs provinciaux et locaux proches ou lointains (Républiques de Saint-Malo et de Morlaix, fief de Kerouac’h…). Ces points sont abordés sans simplismes ineptes… La guerre « civile » y est ainsi bien présentée pour ce qu’elle est toujours : un empilement complexe de conflits de toutes natures, du niveau local au niveau mondial à la manière des poupées russes…

Au-delà de cet aspect, c’est un roman historique et civilisationnel, un roman de guerre entre religions, idéologies et visions du monde, et un roman métaphysique.

Breizh Info : L’histoire de la Bretagne et de sa civilisation sont un sujet important à vos yeux…

Philippe Perchirin : Oui. Je me suis étendu sur la cuisine réellement consommée à l’époque, en rappelant par exemple que le blé noir, qui vient tout juste d’apparaître, est encore très peu consommé ; que le cidre, certes connu depuis le XIIIème siècle, est très loin d’occuper la place qui est celle du vin blanc et vert alors produit sur toute la côte méridionale de la province ; que la morue n’a pas encore remplacé le merlu. Des aspects souvent traités de façon anachronique. Je rappelle aussi l’extraordinaire richesse de la Bretagne d’alors, dont le PIB correspond alors à 35 % de celui du royaume, de l’importance de son industrie textile, qui présente tous les aspects du précapitalisme avec son « home system » ; de l’importance de son commerce maritime international des produits céréaliers, de la pêche et du vin. De la substitution partielle des monnaies bretonnes et françaises par les monnaies espagnoles, dont il nous est resté pendant longtemps le terme de « real » pour désigner la pièce de 5 francs. Le roman cite amplement, en en mettant en valeur des points éminents, l’histoire singulière de la Bretagne (et notamment la question des droits à la couronne ducale de Bretagne), sa constitution politique propre (états et parlement, généraux de paroisse), des aspects très particuliers de la coutume de Bretagne (primogéniture stricte, régime matrimonial de séparation et non de communauté des biens, régimes de tutelle et de curatelle…), son système judiciaire, son gouvernement militaire… faisant bien ressortir en filigrane la catastrophe apocalyptique qu’ont eu sur nous la monarchie absolue de droit divin, puis de la contre-révolution Française et le césarisme qui en est issu à tous points de vue : désastre économique, désastre politique et désastre identitaire, notamment au plan linguistique…

Et il ne s’agit pas essentiellement ici de « nationalisme breton », mais d’un vice originel fondamental qui concerne toutes les Gaules et les anciennes colonies : partout où l’État français a passé, ici et ailleurs, liberté, prospérité et identité ont trépassé…

Roman civilisationnel, ce roman rappelle par ailleurs que la Bretagne n’est pas seulement une région, mais la butte témoin d’une civilisation. Non pas d’une civilisation étrangère, mais paradoxalement d’une civilisation sous-jacente à celle de toutes les Gaules, ce territoire occupé depuis 2000 ans par un État d’origine romaine. Un État qui lui a toujours été étranger.

Breizh Info : Vous parliez aussi d’un roman de guerre de religions et d’idéologies…

Philippe Perchirin : J’ai tenu à aborder sans caricature les oppositions de visions du monde, religieuses et idéologiques qui constituent la principale facette apparente d’une guerre de religion. Sans parti pris borné. L’état d’esprit fondamental du roman est : il pourrait en aller ainsi ou en aller autrement ; mais qui le sait, qui peut prétendre connaître la vérité ? Je fustige essentiellement le fanatisme de ceux qui prétendent connaître la vérité, qui prétendent que « Dieu leur a parlé » – tous les « prophètes » anciens et modernes. Et tout un chacun comprendra que ceci s’étend à toutes les idéologies, tous les « ismes ». Le roman prône le pragmatisme, le doute, le questionnement, la prudence, la tolérance et la modération. Et surtout la démocratie et la liberté, valeur suprême tellement battue en brèche par les idéologues de nos jours… et de tous temps…

Breizh Info : Comment avez-vous construit votre roman ?

Philippe Perchirin : J’ai bâti un plan « en abîme ». Le récit commence par une description du chaos initial (inspirée du Dialogue entre Arthur et Gwenc’hlan ainsi que de la légende irlandaise), l’intrigue « en abîme » étant introduite par le sermon halluciné du prédicateur Christophe Aubry, qui ramène les événements de l’époque aux grands malheurs du peuple juif dans la Bible – suggérant discrètement au lecteur de faire de même pour son époque… l’évolution des héros suivant dès lors le cours normal d’un cycle implacable d’origine cosmique : vers l’Ouest (« à galerne »), vers le soleil couchant, vers le destin et vers la mort…

Breizh Info : Avez-vous pris des modèles ?

Philippe Perchirin : J’ai été inspiré par les débats religieux de l’époque, mais aussi par les mythologies galloise et irlandaise ainsi que par les textes anciens et les contes bretons. Et les croyances antiques, européennes et même hindoues.

J’y ai multiplié les visages du féminin sacré (Dôn, christianisée en Sainte-Anne) autour du personnage central d’Anne Le Galloudec, sublime femme souveraine (galloudek veut dire « puissant » en breton), dame de Kerouac’h (clin d’œil à Jack Kerouac, Kerwrac’h voulant dire « cité des femmes » en breton) et des multiples visages du principe féminin sacré et divin, cœur le plus ancien de la civilisation celtique et bretonne, issu de la civilisation des Tuatha Dé Danann (les peuples mégalithiques « adorateurs de la Déesse Dana »), la civilisation de Tristan et Yseult… Le féminin sacré a de multiples visages : la nourrice allaitante (Matrona), la guerrière à cheval (Epona et Rigantona, la Grande Reine), les eaux primordiales génitrices et fatales (placenta divin de la déesse de la mer Morgana). Le principe féminin sacré et divin qui donne la vie et la mort (la Neman irlandaise, comparable à la Hella germanique devenue « hell » dans les pays germaniques et qui porte le même nom que la Kali hindoue), par le regard « qui tue en noyant, en sauvant ou en anéantissant ». Le cœur du féminin sacré est inviolable, le château de Kerouac’h est protégé par une double porte impénétrable grâce aux soins de Tristan, qui joue ici vis-à-vis d’une femme qu’il adore mais ne peut toucher, le rôle de Ganesha vis-à-vis de Parvati la parthénogénitrice : la double porte est l’hymen sacré du féminin sacré, impénétrable et inviolable. Le château de Kerouac’h et la forêt de Koat-ar-Gaoter (« la forêt du chaudron ») sont protégés par des charmes magiques. Le terme de Gwrac’h veut dire en breton « la très vieille », la « sorcière »… la déesse mère. Et les rituels magiques accomplis autour de ce fief ultime, refuge de l’âme du peuple, sont réputés « antiquissimes »… Anne Le Galloudec est une mère vierge, protectrice et nourricière pour son peuple et « ses filles », qui ne sont pas issues de son ventre. La lignée des dames de Kerouac’h apparaît comme complexe : chaque dame est issue du viol d’un « double » par un monstre, et a un père spirituel. L’un et l’autre sont rituellement sacrifiés après l’accouplement corporel ou spirituel, il n’y a pas de place pour les hommes dans la cité des femmes. Hors le caveau seigneurial ou la fosse commune. La lignée divine des dames de Kerouac’h est cosmique, et le château de Kerouac’h, qui est la partie émergée d’un empilement de fortifications construites successivement depuis la nuit des temps, est en réalité l’image terrestre du château de la Déesse mère, la Cour de Dôn, qui se trouve dans le cosmos. Tout comme les villages et le fief de Kerouac’h sont en réalité l’image terrestre de la Cité d’Arianrod – le double de Dôn, tout comme Jeanne Le Minor est celui d’Anne Le Galloudec. Qui se trouve également dans le cosmos. Le féminin sacré est pour finir âme, mémoire et résilience (le château de Kerouac’h est peuplé de fantômes qui viennent hanter les rêves des vivants). Et chaudron de l’inspiration (awen) et des rêves… dont notre monde n’est peut-être que le fruit, l’image, l’illusion, le fantôme… Le château de Kerouac’h et la forêt de Koat-ar-Gaoter sont enfin un monde qui se situe entre celui-ci et l’au-delà. En-dehors du temps et de l’espace, et donc de dimension indéfinie ou infinie.

La période de chaos de l’éternel cycle cosmique se termine enfin par un affrontement entre forces de l’ordre et forces du chaos – menées par le serpent à sept têtes des contes bretons. Il s’agit en l’occurrence d’un affrontement local (sauveur), qui n’est cependant que le point local d’un affrontement cosmique qui embrase toutes les strates de la réalité. Dans le roman, le royaume de France, l’Europe et le monde. Sans résultat idéal, hors un nouvel équilibre (appréciable) des infinies contradictions du monde, qui s’en trouve régénéré. Cet affrontement est enfin une partie d’échecs cosmique. Le jeu d’un Dieu qui se moque de nous, ou n’est qu’un enfant qui s’amuse…

Grand cinéphile, j’ai par ailleurs été influencé par le cinéma de Fellini (notamment son Casanova, lui aussi voué aux multiples visages du féminin sacré qui se joue d’un vieux beau en fin de course), de Kurosawa (Ran, le film du chaos et de la bataille finale) avec même le clin d’œil d’une citation… en gallo de Blade Runner, de Ridley Scott…

Breizh Info : Blade Runner ?

Philippe Perchirin : Je sais, c’était hors sujet. Et je ne vous dévoilerai pas de quelle phrase il s’agit !

Ça pourra faire l’objet d’un quizz (rire)…

Breizh Info : Vous parliez pour finir « d’innovations stylistiques »…

Philippe Perchirin : Sur la forme, j’ai cherché à adopter une écriture expérimentale audacieuse en m’efforçant de créer un style unique et inconfondable. Adepte de Claude Duneton (« Parler croquant »), j’ai recouru à une langue à la fois châtiée (abusant du passé simple et du plus-que-parfait, ce qui ne pose aucun problème pour un lusophone comme moi) et poétique, mêlant volontiers des mots provenant des dialectes occidentaux de la langue d’oïl – gallo, normand, mainiot, angevin et poitevin –, sans hésiter à citer des expressions bretonnes idiomatiques (traduites dans le texte ou en pied de page). Je développerai ce style à l’avenir.

Breizh Info : J’imagine que votre propos ultime est d’inviter à méditer sur les affres du temps…

Philippe Perchirin : Vous l’avez dit…

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