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Nantes : le diocèse vend la Maison du Peuple Chrétien

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Monument – esthétiquement un peu abrupt – il est vrai, des « églises polyvalentes », l’église Saint-Luc de Carcouët, inaugurée comme Maison du Peuple chrétien lors de sa construction en 1967, ne sera bientôt plus un lieu de culte.

La ville de Nantes va en effet l’acquérir 400.000 € pour y installer la bibliothèque municipale du quartier et d’autres activités communes, et ce dans le cadre de la reconstruction du cœur du quartier dévasté par les émeutes de juillet 2018.

Nantes compte trois de ces églises polyvalentes qui pouvaient se transformer en cinéma, salle polyvalente, ou lieu de culte d’autres religions – en réalité, elles ont assez rapidement été confinées à leur fonction cultuelle, sauf l’ancienne église, rasée depuis, de la Contrie, qui a pu servir de salle polyvalente, même si la première mosquée de Nantes a eu longtemps comme siège une salle séparée de l’église Saint-Michel de la Croix Bonneau (architecte G. Evano, 1966). Il y avait aussi Saint-Etienne de Bellevue, un peu perdue désormais dans un quartier dont le catholicisme n’est plus du tout la religion dominante.

Saint-Luc, alias Maison du Peuple (chrétien) lors de sa conception, construite par les architectes Pierre Pinsard et Hugo Vollmar en 1967, pouvait être divisée en salles distinctes par cinq cloisons mues électriquement – et qui descendaient dans un soubassement en béton brut qui a rapidement été condamné.

«  Avec les dimensions d’une église habituelle, on obtient ainsi le dimanche une église normale. En semaine, une chapelle de semaine autour du sanctuaire, une grande salle de conférences, deux salles de catéchisme », indiquait alors le Guide des églises nouvelles du frère Capellades, un ouvrage qui recensait dans toute la France les églises construites dans les années 1960 selon des plans et des formes issues du Concile Vatican II, voire d’autres inspirations – plusieurs églises ont ainsi des plans franchement triangulaires.

Le système des cloisons, ainsi que leur mouvement, a été conçu par Jean Prouvé en 1964 – un ensemble de croquis de sa main, du 22 juillet 1964, est toujours conservé au fonds Pinsard du centre d’archives d’architecture du XXe siècle à Paris. Cependant, au lieu de sa proposition de cloisons sandwich en aluminium et polystyrène, ce sont des cloisons en bois qui ont été réalisées, toujours par souci d’économie.

Ladite église, un rectangle sur une trame orthogonale de poteaux carrés, est constituée de trois travées de 6m50 en largeur et de cinq travées de 6m50 aussi en longueur, avec une travée de 4m90 à chaque extrémité. La structure est composée d’une charpente métallique classique, réalisée par les établissements Vallée à Nantes, la partie pleine des murs de clôture est composée de panneaux revêtus au dehors d’aluminium et au-dedans de sapin, les parties vitrées en verre armé, le toit en bac acier.

Chrétien entre parenthèses

Son appellation, avec le chrétien entre parenthèses, était une référence aux maisons du peuple socialistes du début du XXe siècle, écrit Pierre Lebrun, dans son livre Le temps des églises mobiles, l’architecture religieuse des Trente Glorieuses. Cette « référence était symptomatique de la volonté des responsables religieux de rompre avec la notion d’église consacrée au seul culte, et réservée à une fraction limitée et privilégiée de la population, pour lui substituer celle d’un édifice religieux d’un genre nouveau conçu comme un lieu multifonctionnel ouvert à l’ensemble des habitants, et ici aux habitants des logements sociaux de la ZUP environnante. La mise entre parenthèses de l’adjectif chrétien indiquait d’une manière très significative que les personnes pratiquantes ne constituaient qu’une partie de la population auxquelles l’édifice était destiné ».

Très avant-gardiste dans sa conception, l’église a été rapidement limitée, y compris par son prêtre et ses fidèles. Ainsi, « comme le précise Hugo Vollmar, la suggestion de concevoir des éléments du mobilier liturgique mobiles a très vite été abandonnée. En revanche, l’idée de réaliser un noyau fixe neutralisable, constitué de l’autel et des fonts baptismaux, s’est imposée. Dans la version finale ce noyau central constitue la chapelle de semaine. Grâce au système de cloisons mobiles le noyau central, sacré, fut isolé du reste de la salle qui put servir de salle de réunion […] le permis de construire de la maison du Peuple Chrétien fut accordé par André Morice le 23 juin 1965».

Lors de sa conception, l’abbé Michel Brion imposa à l’architecte Pierre Pinsard « l’abandon de tout signe distinctif extérieur (pas de croix), les confessionnaux réalisés sur la base d’un mobilier mobile et repliable le long du mur, l’aménagement de deux salles de catéchisme transformables de quarante places chacune ». Le manque de budget fit adopter des sièges industriels en plastique disponibles dans le commerce plutôt qu’un mobilier conçu ad hoc.

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Néanmoins le tabernacle, crucifix, ciboire, chandeliers, service pour la messe fut conçu par l’architecte Vollmar et réalisé par les ateliers Chéret à Paris en 1967 pour cette église. Même s’il a partiellement été modifié par la suite – le crucifix notamment, il serait intéressant de savoir s’il sera conservé sur place après la désacralisation de l’église pour laquelle il a été conçu. De même le noyau sacré composé de l’autel et des fonts, conçu pour cette église, et seul élément inamovible et non modulaire dans un édifice où tout pouvait bouger.

Un édifice incompris et en « échec » à peine 30 ans après sa construction

Il n’y eut pas de croix sur l’édifice jusqu’en 1976, pas de saint patron jusqu’à la fin des années 1970, et l’usage de la nef comme salle polyvalente a été abandonné dans les années 1980. En revanche, la mairie n’a jamais donné suite à la volonté du diocèse de céder l’espace restant autour de l’église pour en faire un jardin public, ni de transformer le sous-sol – hors les espaces qui devaient recevoir les cloisons – en locaux commerciaux, garderie ou espace communautaire.

Le concept de l’édifice a mal vieilli, et surtout la sociologie du quartier, comme du diocèse, ont beaucoup changé. Ainsi, suite à une étude en 1999-2000 sur la restructuration du Breil-Malville, le diocèse a signifié à la ville de Nantes, alors, sa volonté de se dessaisir d’un édifice « d’un entretien coûteux et inadapté aux besoins de la paroisse ». Il avait alors été protégé par la DRAC au titre du patrimoine du XXe siècle.

Deux ans auparavant, le curé écrivait sans détour : « les chrétiens qui utilisent Saint-Luc sont plus qu’insatisfaits, et depuis des années c’est une structure qui ne remplit plus aucun rôle […] Saint-Luc est une église de quartier populaire, mais les chrétiens de ce quartier populaire ont aussi un attrait pour le beau. Et là, il y a échec de cette architecture. Ainsi, quand les gens veulent faire un baptême ou se marier, ils ne veulent surtout pas que ça soit ici ».

Nantes a échappé à l’église de route, porte de Sautron

Pierre Lebrun, dans son livre, mentionne le rôle clé de l’abbé Michel Brion dans l’élaboration de nouvelles formes d’église. Secrétaire de l’évêché de Nantes depuis 1951, celui qui faisait l’éloge des « maisons d’église » anonymes, avec une salle pour le culte et des logements pour le prêtre, caressait aussi le rêve d’une « église de route, à la sortie de Nantes sur la route de la côte, pour accueillir les chrétiens d’observance traditionnelle gagnés à la civilisation du bitume ». Autrement dit là où se trouve désormais le McDO ouvert H24, ou la concession Europcar.

Cependant, « malgré l’acquisition d’un terrain de grande taille pour un prix très avantageux », le projet de l’abbé Brion n’a pas abouti : « l’idée de concevoir une église de route a suscité une opposition radicale. La majorité des prêtres concernés estimaient qu’il fallait se soucier prioritairement des chrétiens militants de l’Action catholique et qu’il n’était pas nécessaire d’investir envers un public de semblables pratiquants ». L’abbé Brion, jamais à court d’idées, avait aussi envisagé une église tente à la Baule, projet qui n’a pas eu plus de succès parmi ses confrères !

Aujourd’hui, il ne reste presque plus rien de l’Action catholique, qu’elle soit ouvrière ou paysanne, et les églises modernes issues du Concile sont le plus souvent délaissées et vides, quand elles ne sont pas fermées la plupart du temps pour éviter le vandalisme. Seules les églises anciennes des cœurs de villes, et le latin attirent encore les fidèles, au grand dam des dignitaires de l’Eglise qui étaient jeunes au moment du Concile, et qui souhaitent faire la guerre aux derniers fidèles, pour les forcer au Concile… ou à disparaître. Sic transit gloria mundi…

Louis-Benoît Greffe

Illustrations : DR
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