Pouvoir d’achat, niveau du Smic, retraites…Comment sortir du bricolage politique et de l’impasse ? [L’Agora]

Commençons par le Smic. Le Smic n’est pas, n’a jamais été et ne sera jamais ce qu’il prétend être : une mesure légale empêchant de sous-payer les gens. Cela n’a strictement aucun sens, parce que qu’on le veuille ou non, le niveau des salaires résulte toujours de la valeur d’échange du travail et ne se décrète jamais. On notera ainsi que des spécialistes possédant un savoir-faire très pointu et recherché sont payés des fortunes, avec ou sans législation sur les salaires. Ceux dont le savoir-faire est peu ou pas qualifié sont faiblement payés. Parce qu’ils sont remplaçables et interchangeables contrairement aux autres. Tous ceux qui sont aujourd’hui payés au Smic le sont non pas à cause de la loi, mais tout simplement parce que cela correspond au prix de marché de leur travail. Si leur savoir-faire était plus pointu, ils seraient payés davantage que le Smic. Comme on peut le constater partout depuis toujours. Et ceux dont la qualification et le savoir-faire ne vallent pas le Smic alors ? Et bien ils sont aujourd’hui au chômage, car nul ne peut les employer à des tâches correspondantes à leur faible niveau de compétences (il y en a toujours), puisqu’il est illégal de les payer moins que le Smic. Les emplois correspondants sont donc purement et simplement supprimés. C’est la raison pour laquelle tant de petits boulots pourtant toujours utiles qui existaient hier ont aujourd’hui disparu.

Constatons donc la réalité économique incontournable :

1. Les salariés aujourd’hui payés au Smic continueraient à travailler, et à travailler au Smic si le Smic était supprimé, et leur salaire ne baisserait pas. Tout comme ceux qui sont payés 10 fois le Smic continueraient à être payés 10 fois le Smic. C’est un fait constatable partout depuis toujours.

2. On verrait en revanche un tas de gens très peu qualifiés, aujourd’hui au chômage ou assistés, travailler pour moins que le Smic.

Le Smic n’est donc pas et n’a jamais été une mesure légale empêchant de sous-payer les gens. Il est une mesure qui interdit tout simplement les emplois très peu qualifiés. Les conséquences ? Catastrophiques !

Les gens qui ne possèdent aucune qualification leur permettant de travailler au Smic sont donc

a) chômeurs, ce qui est une atteinte à la dignité humaine,
b) ramenés financièrement au RSA, soit plus ou moins 550 €, c’est-à-dire plus ou moins 1100 € de moins que le Smic actuel.

Notons donc que le Smic empêche des gens qui pourraient par exemple travailler pour 1000 €

– de gagner environ 450 € de plus que le RSA,
– tout en leur enlevant la dignité de travailleur pour les ramener au statut dégradant d’assisté.

Au-delà de cela, notons surtout que ceux qui sont chassés du monde du travail voient leur vie détruite, car nul ne fait carrière dans le RSA !

Alors que

  • quiconque travaille a un CV et peut donc accumuler de l’expérience, se qualifier sur le tas, et donc faire carrière à son rythme, fût-il très lent ;
  •  quiconque commence à travailler à l’âge de 20 ans à 1000 € évoluera largement jusqu’à l’âge de 65 – 70 ans (âges probables de la retraite à l’avenir) et gagnera nettement plus en fin de carrière ;
  • alors que ceux qui avaient le RSA à 20 ans l’auront encore à 65 ans s’ils ne meurent pas avant.

Rappelons, pour la petite histoire :

  • que l’idée de salaire minimal est apparue sous le régime de Vichy qui l’a imposée au cas par cas dans certaines régions et métiers (essentiellement l’agriculture),
  •  a été généralisée après la guerre par le CNR, mais à un faible niveau, et donc n’a eu que peu d’impact pendant les 30 Glorieuses dans un contexte de reconstruction.

Le Smic a brusquement fait un bond en 1968, avec une très forte hausse à l’époque sous la pression des événements de mai. Les 30 Glorieuses prenaient simultanément fin avec la crise conjoncturelle de l’année 1969, aggravée en 1973 (crise du pétrole) et 1974-75 (crise des matières premières). Le chômage, qui était inexistant jusqu’en 1969, a immédiatement fait un bond en avant et n’a cessé de progresser depuis (il est très supérieur à son niveau officiel aujourd’hui du fait des incroyables maquillages appliqués à son décompte depuis 1968). Ce bond est en relation directe avec la forte augmentation du Smic. Chaque « indexation », « coup de pouce » etc. depuis cette époque relève le niveau de chômage… mais bien entendu aucun salaire ! On a donc parfaitement raison de parler de « machine à détruire des emplois ». Mais il ne suffit pas de « ne pas le relever » tout en le maintenant. C’est à nouveau cette absence totale d’intelligence de l’action politique qui caractérise un monde politique français d’incultes, d’analphabètes et d’illettrés en économie qui se fait sentir ici. Même indigence crasse à droite et à gauche, et criminelle à l’extrême-gauche.

Je serais partisan d’une vraie révolution qui consisterait à :

  • supprimer le Smic purement et simplement (je propose de toute façon de supprimer le code du travail pour remettre toutes les questions sociales – salaire minimum de branche compris – entre les mains des partenaires sociaux boostés par une réforme structurelle de ces derniers excluant l’État – cf. mon court manifeste « Introduire un véritable régime de démocratie en France : proposition de réformes concrètes indispensables ») – obtensible gratuitement à la demande ;
  • envisager, si on tient à faire quelque chose pour les tout petits revenus, d’introduire l’impôt négatif qui serait versé à quiconque touche moins qu’un revenu minimal légal ; cette mesure n’affecterait pas du tout les entreprises ; ce n’est en effet qu’une mesure fiscale ; en bref : on n’empêche aucune entreprise d’avoir des travailleurs non qualifiés (qui ne prennent le boulot de personne puisque leurs emplois n’existent pas actuellement) ; on n’empêche plus aucune personne sans qualification de travailler quand même ; on soulage en même temps le financement du système social en réduisant l’assistance et le chômage tout en cessant de porter atteinte à la dignité des gens et en leur permettant d’avoir un CV sans les balancer d’emblée dans les toilettes du RSA et ce pour la vie ;
  • prévoir des aides importantes pour aider tous ceux qui ne sont pas qualifiés à se qualifier tout au long de la vie en alternance avec le job qu’ils ont pu décrocher, afin d’être certain de les sortir à long terme de la trappe de la non-qualification (je propose de toute façon de supprimer l’Éducation Nationale et de la remplacer par le chèque éducation pour remettre tout le système de formation de base et continue – formation professionnelle comprise – entre les mains des acteurs de la société civile en excluant l’État – cf. à nouveau mon court manifeste « Introduire un véritable régime de démocratie en France : proposition de réformes concrètes indispensables »).

Évidemment, il faut faire tout cela en même temps pour que ça ait un sens. Pour mémoire, nous avons en France la gauche et la droite les plus connes du monde… Quant à la population elle a été lobotomisée par une propagande imbécile incessante de l’école et des médias qui a fait disparaître toute rationalité des têtes. Le pays en crève depuis toujours… Le Smic n’a rien de social : c’est en fait un des nombreux crimes imbéciles contre la population, né dans les esprits hagards d’idéologues analphabètes et illettrés, qui refusent de voir son échec partout et depuis toujours dans le monde… Je n’hésiterais absolument pas à qualifier le Smic de crime contre le peuple. C’est le Smic qui réduit les petits à l’esclavage et non son absence – d’où la « course au relèvement du Smic » – sans fin puisque chaque relèvement du Smic est annulé illico par l’inflation et l’augmentation du chômage. Il n’y a pas non plus de « relèvement global de l’échelle des salaires » : 50 ans d’échecs cuisants dans des centaines de pays le prouvent ! Le pays est arrivé au bout de son anéantissement par le triomphe, en France et dans tous les autres pays sans avenir, des idéologies marxistes mortifères (économique et culturelle, rebaptisée par des adeptes du langage orwellien de « libéralisme » – alors qu’elle en est l’antithèse).

Vous voulez que les salaires progressent ? Alors cessez de croire que vous allez le décréter : la mise en pratique de ces idées a détruit la vie de millions de gens dans le monde au cours des 100 dernières années. Il est temps d’arrêter ! Les clés d’une forte progression globale des salaires résident dans une multitude de leviers qui ne peuvent fonctionner que simultanément. Rien ne se décrète en effet en économie, car l’économie est un système écologique chaotique, avec des processus non-linéaires importants, une forte dépendance (grossièrement déformante dans ses conséquences) aux conditions initiales, des rétroactions imprévisibles inouïes, des « effets papillon »…

Ces clés sont donc :

– la réindustrialisation et une croissance vigoureuse, notamment des TPE-PME-PMI – les moyens : la suppression de toute imposition des entreprises (IS, CFE et autres) afin de permettre à ces dernières d’investir en capacité, en productivité et en savoir-faire (brevets), une forte baisse des charges (en supprimant les cotisations patronales pour les remplacer par une « dotation pour charges sociales » versée aux salariés afin que ceux-ci s’assurent auprès de mutuelles et d’assurances privées sécurisées par un système de contre-assurances garanti in fine par l’État et une déréglementation massive) ; ces mesures favorisent une forte demande sur le marché de l’emploi avec pression à la hausse sur les salaires

– une refonte radicale du système éducatif, qui passe par la suppression de l’Éducation Nationale et son remplacement par le chèque-éducation ; cette mesure permet de remettre la diffusion des savoir-faire et des compétences et les questions de formation et de formation continue entre les mains d’une infinité d’acteurs issus de la société civile et des milieux économiques avec réduction de la tyrannie des idéologues fous dans le cadre d’un système compétitif émulant ; ces mesures permettent d’adapter une offre très souple et très réactive aux demandes de qualifications des entreprises évoluant sans cesse sur le marché des emplois qualifiés et donc bien payés.

Et que fait-on au lieu de cela, quelles sont les réponses ineptes proposées aux problèmes les plus visibles de l’époque ?

– Problèmes d’insécurité ? Réponse : il faut considérablement augmenter les moyens de la police et de la justice, les prisons etc. Objection : l’État est en faillite alors que le niveau excessif des prélèvements obligatoires broie l’économie et les gens…

– Problèmes de remboursement des dépenses de santé, pénurie de médecins spécialistes et en milieu rural, de lits dans les hôpitaux ? Réponse : il faut considérablement augmenter les moyens hospitaliers, les remboursements de la sécurité sociale et le nombre de médecins etc. Objection : la Sécurité Sociale d’État est en faillite alors que le niveau excessif des prélèvements obligatoires broie l’économie et les gens…

– Problèmes de niveau des salaires, de fins de mois et de pouvoir d’achat ? Réponse : il faut considérablement augmenter le Smic et d’une manière générale les salaires moyens etc. Objection : les entreprises hors capitalisme de connivence sont broyées par le niveau excessif des prélèvements obligatoires et un système de formation en faillite, d’où des TPE-PME-PMI en berne, une fuite des entrepreneurs à l’étranger avec à la clé une baisse continue des revenus de l’État et des systèmes sociaux qui entraîne la faillite de ces derniers… une spirale sans fin…

Y’a qu’à, ’faut qu’on, y’aurait qu’à, ’faudrait qu’on… Je l’ai déjà dit : rien ne se décrète en économie, car l’économie est un système écologique chaotique, avec des processus non-linéaires importants, une forte dépendance (grossièrement déformante dans ses conséquences) aux conditions initiales, des rétroactions imprévisibles inouïes, des « effets papillon » etc. etc.). Pour l’instant, nous marchons à la mort.

Alors certes, le coût des immigrations depuis des pays qui crèvent eux aussi des idéologies totalitaires mortifères qui y règnent (absence de démocratie, jacobinisme, étatisme, nationalisme impérial, marxisme, islamisme – sans exhaustivité) pèse sur la faillite de l’État et des systèmes sociaux, outre l’immense crise civilisationnelle et culturelle qui en résulte – je suis complètement d’accord sur ce point… Mais si nous en restons en l’occurrence aux seuls aspects économiques en laissant un moment de côté la question de l’immense crise civilisationnelle et culturelle (qui reste impérativement à résoudre), les réformes à accomplir pour sauver le pays concernent de bien plus vastes domaines. L’abandon des idéologies théocratiques, jacobines, antidémocratiques, étatistes et antilibérales est urgent. L’adoption de vraies institutions démocratiques avec démocratie sociale (libérale), du fédéralisme, du minarchisme et du véritable libéralisme (le libertarisme) est une condition préalable à la survie même de l’État français.

Sinon, il mourra et disparaîtra inévitablement comme l’a fait l’empire romain en son temps dans un contexte global comparable. Il sera remplacé comme jadis par de nouvelles entités. Mais après un cortège infini de malheurs infinis… Il faut donc préparer dès maintenant les entités appelées à succéder à l’État français.

Philippe Perchirin, traducteur et auteur d’essais philosophiques et politiques

Précision : les points de vue exposés n’engagent que l’auteur de ce texte et nullement notre rédaction. Média alternatif, Breizh-info.com est avant tout attaché à la liberté d’expression. Ce qui implique tout naturellement que des opinions diverses, voire opposées, puissent y trouver leur place.

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7 réponses

  1. BOF….les Français veulent des vacances, des RTT. Avant seul le travail donnait à manger et la SECU. Maintenant que l’état garantit cela sans travail, voire même aux étrangers nouvellement arrivés, les Français s’adaptent. Les traffics, le travail au noir, les doubles déclarations, les faux papiers à la SECU, l’informatique permet tout et la justice ne sanctionne rien. Pourquoi travailler? Autour de moi, les jeunes couples bricolent à la maison et au jardin, élèvent leurs enfants. Chomeurs, vaguement en autoentreprise, ils travaillent au noir de temps en temps. Ils retournent en entreprise juste assez pour retrouver leurs droits au chomage..et c’est reparti! Ils ont bateau, maison, voitures.. Mon garagiste cherche un successeur. Personne ne veut mettre les mains dans les moteurs! Quant aux jeunes diplômés, ils ont vite compris qu’ils étaient la vache à lait du système..et ne travaillent plus que deux à quatre jours par semaine; ou vont travailler ailleurs. Travailler pour soi est la seule recette gagnante.

  2. Un chômeur sans qualification est un chômeur qui n’a pas l’intention de bosser, car des formations qualifiantes il y en a à la pelle, du niveau 1 au niveau 6 tout autant, que des métiers de toutes sortes qui recrutent au moins au SMIC et qui leur tendent les bras. Pour avoir travaillé auprès des bénéficiaires du RSA, je peux témoigner que plus de la moitié se trouvaient toujours des excuses pour refuser des parcours menant à l’emploi. La réalité, c’est que la différence entre un SMIC et l’ensemble des aides que l’on peut tirer de l’assistance lorsqu’on ne travaille pas est tellement mince que certains préféreront toujours de vivre de l’assistanat et « bricoler » à côté. Certains m’ont avoué travailler au noir.

    1. nous avons quotidiennement un appel téléphonique pour nous proposer un stage de formation ( à 75 et 66 ans !!!)

  3. Je suis en train de lire La fabrique du crétin de Brighelli: il n’y a pas de dysfonctionnement au sein de l’EN, c’est tout simplement voulu par les 10% d’élites pensantes pour que les 90% restant de la population travaillent à des tâches sans sens au… SMIC! C’est une volonté voulue consciente dictée par Bruxelles et des États membres: c’est le traité de Lisbonne: c’est clairement dit dans ce traité…

  4. Article un peu naïf. Le mécanisme qu’il décrit existe bien, cependant, il fait fi de l’immigration. L’immigration permet de faire pression à la baisse sur les petits salaires, jusqu’au retour du servage. Quant aux personnes qualifiées, elles sont largement interchangeables. Il n’y a qu’à songer au niveau de nos politiques par exemple. Seulement ici, point d’immigration organisée, comme c’est bizarre…..

    Non, les riches et les travailleurs pauvres se rassurent avec le smic. Et ils subventionnant les autres, car les travailleurs pauvres ont peur de leur concurrence, surtout s’ils sont moins compétents que la moyenne, ils veulent garder leur travail. Car ce que ne souligne pas cet article, c’est toutes les barrières à l’entrée et à la sortie dans un emploi. Les personnes employées ne sont pas forcément les plus rentables. Comme les personnes les plus rentables ne sont pas forcément payées au prix auquel elles devraient l’être. Le rapport de force politique est partout, la croyance, la jalousie aussi, et l’économie à peu à voir avec cela. Ou plutôt, l’économie en découle.

  5. Bravo, que du bon sens de A à Z.
    Malheureusement, plus le temps passe, plus nos dirigeants sont médiocres et incultes car les candidats nous sont imposés par un système de quelques ultra-milliardaires (Davos, etc.) qui tirent les ficelles de ces marionnettes (et de toute l’information, de tous les rouages économiques, etc.).

  6. Je pense que le fait de se faire payer ses RTT augmentera le pouvoir d’achat des Français! Martine Aubry a détruit l’économie française avec l’instauration des 35 heures!.. elle a fait voter cette loi pour faire plaisir aux fainéants et pour être réélue…Toutes les  »aides » votées par  »la gauche » ont augmenté les impôts des  »Français moyens » mais Mitterrand l’a fait afin d’être réélu…tant pis pour le porte-monnaie des Français imposables!..

Les commentaires sont fermés.

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