Pendant des décennies, la Bretagne a vécu presque en marge du chaos hexagonal. Une terre de sociabilité paisible, de vrai « vivre ensemble » par homogénéité populaire, de sécurité relative, d’équilibres ruraux solides et d’une population qui, malgré les désaccords, partageait encore un socle commun. Cette image d’Épinal a volé en éclats en l’espace de dix à quinze ans.
Car la Bretagne vit aujourd’hui, en accéléré, ce que d’autres régions subissent depuis un demi-siècle :
– une explosion de la délinquance dans les agglomérations,
– une pression migratoire sans précédent,
– un déracinement démographique rapide,
– une crise sociale qui s’étend au littoral comme à l’intérieur,
– et l’effondrement des repères politiques traditionnels.
Résultat : le vote Rassemblement national, hier marginal, s’installe progressivement dans les urnes bretonnes depuis 15 ans, conséquence aussi (mais pas que) de l’absence total du mouvement breton sur ces questions qui préoccupent pourtant les habitants de Bretagne un peu plus que la réunification.
Le phénomène n’est plus localisé ni conjoncturel. Il est structurel. Le déplacement quasi historique de Marine Le Pen à Guerlesquin naguère, ou la foule réunie pour Jordan Bardella à Saint-Malo récemment, ne sont pas des accidents. Ils donnent la température d’un territoire qui bascule doucement, mais sûrement.
Les élites bretonnes ont ouvert la voie au déclassement
Il serait trop simple d’invoquer uniquement la colère nationale. Ce qui secoue la Bretagne est d’abord le résultat d’un choix politique assumé par ses propres élus.
Pendant quinze ans, vingt ans, trente ans, qu’ont-ils fait ? Ils ont accompagné, parfois encouragé, une hausse massive de l’immigration. Ils ont transformé des villes moyennes en laboratoires de mixité subie. Ils ont ouvert les vannes du logement côtier à une arrivée continue de nouvelles populations, aisées ou retraitées mais non bretonnes, déconnectant toujours plus la Bretagne de ses habitants historiques. Ils ont répliqué dans les métropoles les mêmes recettes que Paris, Lyon ou Marseille… en pensant naïvement que le résultat serait différent ici.
Aujourd’hui, Rennes et Nantes ressemblent à n’importe quelle métropole française : tensions, violences, bandes, quartiers sous pression. Brest connaît une insécurité que nul n’aurait imaginée il y a vingt ans. Vannes, Lorient et Saint-Brieuc voient arriver des problématiques nouvelles importées d’ailleurs. Même les petites communes de Haute-Bretagne comme de Basse Bretagne constatent une transformation sociale et culturelle accélérée et une hausse de la délinquance, des cambriolages, couplée avec une baisse du niveau de vie, et de la qualité de vie.
La Bretagne est rattrapée. Et ses habitants votent en conséquence.
Pourquoi le RN progresse davantage en Haute-Bretagne ?
Peut être d’abord parce que la Haute-Bretagne… est de moins en moins bretonne.
Mouvements résidentiels, achats massifs de biens côtiers, migrations intérieures : l’identité y est moins enracinée, donc moins réfractaire à un vote perçu comme « national ». Là où l’imaginaire breton reste fort, le réflexe jacobin du RN continue de heurter. Le même phénomène explique pourquoi la Basse-Bretagne, longtemps bastion de sociabilité bretonne et de vote modéré, résiste encore davantage, bien que le Centre-Bretagne rural, et encore en partie bretonnant, cède petit à petit.
Ce n’est pas le programme social du RN qui pose problème aux Bretons de Basse Bretagne : c’est sans doute sa conception de la France, trop centralisatrice, trop peu attentive aux peuples historiques de l’Hexagone. Si la Corse est devenue une terre fertile pour le Rassemblement national, c’est parce que le parti a compris (enfin) qu’on ne gouverne pas un peuple en niant son existence.
Lorsque Nicolas Battini, leader identitaire corse, raconte sa discussion avec Jordan Bardella, il livre une phrase qui résonne pour tout Breton enraciné : « Le danger, ce n’est pas les Corses qui veulent parler corse. »
Et c’est exactement là que se trouve la clé du problème breton.
Le RN a su, en Corse :
– assouplir son jacobinisme,
– reconnaître une identité,
– dialoguer avec un mouvement autonomiste,
– et envisager un statut particulier pour la langue et la culture.
Il a compris que pour exister dans un territoire, il faut d’abord reconnaître ce territoire. Alors pourquoi pas ici ? Pourquoi pas en Bretagne, nation historique, peuple millénaire, langue en danger, culture vivante… et aujourd’hui en première ligne du choc migratoire ? Pourquoi ce que le RN accepte pour les Corses serait-il impossible pour les Bretons ?
Vers une stratégie bretonne : reconnaître le peuple breton
Si le RN veut s’implanter durablement en Bretagne, la voie est limpide : reconnaître officiellement l’existence du peuple breton, non comme une menace, mais comme une composante naturelle de l’hexagone. C’est ce que la majorité des Bretons enracinés pensent déjà : on peut vouloir une Bretagne bretonne, et une France française, sans contradiction aucune, mais d’égal à égal.
Comme le disait l’ami de Battini en Corse : « Je vote en Corse pour que la Corse reste corse, et en France pour que la France reste française. » Il n’y a là rien d’extrémiste. Simplement du bon sens.
Car la Bretagne n’est pas encore perdue. Mais elle peut basculer très vite.
Le jour où les trafiquants poseront leurs valises à Quimper, à Vitré ou à Paimpol, il sera trop tard pour s’indigner. Les signaux faibles sont déjà visibles. Les tensions aussi. Le marché immobilier et les dynamiques démographiques achèvent ce que les politiques ont commencé. Le RN a sans doute une carte historique à jouer ici — à condition d’accepter que la Bretagne n’est pas une région de plus, mais un peuple avec une mémoire, des langues, une histoire, une dignité, une identité propre et des revendications bien spécifiques à respecter et à prendre en compte.
Tant que cette spécificité bretonne ne sera pas prise en compte, le RN se heurtera en Bretagne à un plafond de verre, bien que le succès et l’engouement iront, et c’est logique (une logique que ne comprend pas un mouvement breton totalement autiste) crescendo ces prochaines années du fait de l’effondrement sociétal notamment.
Il est temps pour le RN d’admettre et d’accepter que les Bretons ne sont pas « des Français comme les autres »
YV
Crédit photo : Facebook Jordan Bardella
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5 réponses à “Succès de Jordan Bardella à Saint-Malo, montée de ses idées en Bretagne : pourquoi le RN progresse… et ce qui l’empêche encore de triompher”
Lorsque je retourne dans mes terres à St Malo, je ne reconnais plus ma ville. IMMIGRATION galopante, Macron mais pas que ; hôtels, restaurants etc.
Réveille toi BZH !
Malheureusement, si jamais le RN arrive au pouvoir, il n’appliquera pas le dixième du programme qu’il présente, on le voit déjà à l’Assemblée et à l’Europe, beaucoup de mots et peu de faits. Il est devenu un parti comme les autres, avec tous les arrangements et volte-face qu’usent les politiques actuels.
Que le R.N. fasse son trou en Bretagne est également révélateur de la perte d’influence de Ouest-Torche. Quand le « grand quotidien régional » a opté pour la gauche vers 1978, il a entraîné la Bretagne et assuré l’élection de Mitterrand en 1981. Aujourd’hui, quand l’ancien « grand quotidien régional » reste ancré dans l’altermondialisme, la diversité, et tutti quanti, bloqué – comme La Croix – sur François plutôt que sur Léon XIV, il ne fait plus la différence, sa voix ne porte plus au-delà des centre-villes où vivent ses journaleux. Je ne me réjouis pas de la montée du parti jacobin qui, dans son programme, propose le renforcement des départements et la suppression des régions (!!!), en revanche je me réjouis de l’effondrement des ventes de Ouest-Torche, et ne puis que vous inciter, comme je le fais, à boycotter les chaînes nées sur les cendres de C8 !
Ben ils sont contents : après avoir adoubé Macron à toutes les consultations, voilà qu’on leur fourgue l’opposant chouchou du système, à peu près d’accord sur tout avec l’actuel représentant de l’oligarchie, qui leur raconte qu’il va tout changer … en ne touchant à rien ; succès assuré ! Réveille toi BZH comme dit Le Goff
Il faut que tout change pour que rien ne change. (Prince Tomasi, de facto, in « Le Guépard »). Rien à attendre du grand dadais propre sur lui. En effet Ouest Torche Cul (Torch reor), un responsable de ce journal qui présentait son livre sur La Rouerie ici l’avait bien confirmé et expliqué: les lecteurs veulent des nouvelles de leur bourg pas des théorie gôcho-bobo! donc ce journal perd des lecteurs! Lorsque j’étais gamin on disait déjà « torch reor, torch toul ma…minegez ganin!)