Google censure-t-il les sites socialistes et anti-militaristes ?

19/08/2017 – 08h00 San Francisco (Breizh-info.com) – Un certain nombre de sites ont confirmé que leur fréquentation en provenance de Google a chuté très fortement ces derniers mois. Leur point commun ? Etre de gauche et anti-militaristes. Ils accusent Google de mettre en place, sous couvert de lutter contre les fake news, une censure politique qui a pour effet de les effacer des premiers résultats de recherche.

 « Quelque chose s’est passé avec Google à tous les niveaux qui affecte grandement les médias de gauche », a déclaré Scott LaMorte, le développeur de sites web pour Truthout et The Real News. Il constate une « baisse inédite » de l’audience des deux sites, depuis mai 2017, ce qui n’a jamais été le cas auparavant. Robert Epstein, expert de Google et ancien rédacteur en chef de Psychology Today, relaie ces accusations en déclarant : « C’est le pire des cas de la censure politique ; c’est juste une excuse pour supprimer des points de vue politiques ».

Justement, le 25 avril dernier, Ben Gomes, vice-président de l’ingénierie de Google, a déclaré que la mise à jour du moteur de recherche Google bloquerait l’accès à des sites «offensants» tout en s’efforçant de faire ressortir le «contenu faisant autorité».

En l’occurrence, il y a plus d’une douzaine de sites impactés depuis cette date. Au premier plan, le Word socialist web site (WSWS), qui a vu sa fréquentation depuis Google chuter de 67% en provenance des recherches Google. Ce site dresse la liste des autres victimes : alternet.org (-63%), globalresearch.ca (-62%), consortiumnews.com et socialistworker.org (-47%), mediamattters.org (-42%), commondreams.org (-37%), internationalviewpoint.org et democracynow.org (-36%), wikileaks.org (-30%), truth-out.org (-25%), counterpunch.org (-21%), theintercept.com (-19%).

Ce sont bien les recherches Google qui sont en cause. Alors que le trafic n’a cessé d’augmenter depuis douze mois avant le printemps 2017, avec un point d’orgue en avril 2017, «fin mai, les modifications apportées à l’algorithme de Google ont eu une incidence négative sur le volume de trafic vers le site web Common Dreams provenant de recherches Google organiques», a déclaré Aaron Kaufman, directeur du développement au site d’actualités progressiste Common Dreams. «Depuis mai, le trafic de Google Search en pourcentage du trafic total vers le site Common Dreams a diminué de près de 50% ».

Le WSWS affirme de son côté que la stratégie de Google consiste à bloquer dans ses recherches le renvoi vers les articles du site pour les 45 premiers mots de recherche vers celui-ci. L’effet serait radical : « plus de 90 % des utilisateurs du moteur de recherche de Google ne cliquent pas sur les résultats après la première page, et plus de 99 % ne cliquent pas sur les liens après la 10ᵉ page. Cela signifie que si un résultat est refoulé au-delà des 100 premiers résultats, il est effectivement inaccessible », explique le WSWS.

Ainsi, le site a constaté que « les utilisateurs de Google pourront trouver le WSWS s’ils incluent spécifiquement le « World Socialist Web Site » dans leur demande. Mais si leur requête comprend simplement des termes tels que « Trotsky », « Trotskysme », « Marxisme », « socialisme » ou « inégalité », ils ne trouveront pas le site ». De même, les « termes « socialisme contre capitalisme », « soins de santé socialistes », « lutte des classes sociales » et « manifeste du parti socialiste », qui ont tous renvoyé vers des articles WSWS dès la première page dans le passé, ne renvoient maintenant pas vers le WSWS dans les 100 premiers résultats. Les termes « socialisme », « socialiste », « mouvement socialiste » et « conflit de classe », pour lesquels le WSWS apparaissait auparavant dans les quatre premières pages, ne renvoient plus vers des articles du WSWS ».

D’autres termes ont été mis sur liste noire, notamment « UAW » [United auto workers, syndicat de l’automobile], « Révolution russe », « Révolution d’octobre », « inégalités sociales dans le monde », etc. alors qu’ils pointaient auparavant vers le WSWS dans les 100 premiers résultats. Difficile de croire au hasard : « Le terme « Flint Michigan », qui avait amené la deuxième fréquentation la plus élevée au WSWS parmi tous les mots-clés a de même connu la suppression des articles du WSWS de ses 100 premières entrées ».

Le fonds de la culture stratégique, fondsk.ru (Russie) cite les recherches faites par Andre Damon et Niles Miemuth qui tendent à démontrer que l’effondrement des visites des sites socialistes et alter-mondialistes depuis Google présente un caractère organisé. Pour David North, président du conseil de rédaction international du WSWS « il n’y a pas d’explication innocente pour la chute extraordinairement forte du lectorat, pratiquement du jour au lendemain, en provenance des recherches Google. L’affirmation de Google selon laquelle il protège ses lecteurs contre les « fausses nouvelles » est un mensonge politique. Google, un monopole massif, avec les liens les plus étroits avec les agences de l’état et du renseignement, bloque l’accès au WSWS et à d’autres sites Web progressistes et de gauche grâce à un système de recherches biaisé ».

Entre censure d’État, grands monopoles et contrôle de l’information, l’utopie d’un web neutre et mondialisé continue de s’éloigner.

Louis-Benoît Greffe

Crédit photo : DR
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  • Pschitt

    Depuis ses débuts, Google est accusé de censure chaque fois qu’une modification de l’algorithme de présentation des résultats de recherche PageRank est modifié. A ses débuts, le classement PageRank était purement objectif : il était basé sur le nombre de liens renvoyant vers un site. Peu à peu, d’autres critères gardés secrets ont été introduits, ce qui modifie le classement. Inévitablement, il y a des « perdants » et des « gagnants ». Les premiers s’insurgent publiquement, les seconds se réjouissent secrètement. A ses débuts, Google refusait systématiquement de manipuler son classement sur des critères idéologiques ; il lui a notamment été demandé de déréférencer des sites antisémites, ce qu’il a refusé (alors que ses fondateurs ont des origines juives).
    Les temps ont changé, le « Zeitgeist » qui s’est imposé dans la Silicon Valley n’épargne pas Google, mais justement cela rend peu crédible l’hypothèse d’une censure anti-socialiste. Il faut plutôt envisager un effet secondaire d’une modification de l’algorithme, devenu si complexe que toute variation peut avoir d’importants effets combinatoires. Il n’est pas du tout impossible, par exemple, qu’une modification visant à déclasser les sites contenant des « fake news », que beaucoup aurait imaginée défavorable aux sites d’extrême-droite, révèle en fait que les « fake news » sont plus fréquentes à gauche.

    • koko

      En tous cas , pour une fois que les gauchos seraient censurés quelque part , ce serait jouissif !
      Ça leur montrerait les effets de l’extinction de la démocratie et donc de la liberté d’expression !
      Pour nous , c’est tous les jours .

    • Frog in Uniform

      Tout à fait. Tel est pris qui croyait prendre. C’est ce qu’on appelle en rosbif « unintended consequences » ou « effets vertueux ». Après le coup que Google a fait à Breiz-Atao, ce n’est que justice…

  • JEAN DU LARGE

    Google ne censure que les articles propagandistes et mensongers qui n’interessent plus les internautes !!! Google est un fin commerçant …..(vous vouliez la mondialisation et la libre circulation des capiteaux et des hommes …..et bien j’en suis fort aise)

    • de mun upswing

      les « capiteaux » ? kézako ?