Jean-Yves Le Drian « fait son service » mais garde un œil sur la Bretagne

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12/12/2013 – 08H00 Rennes (Breizh-info.com) – Dès son arrivée à l’Hôtel de Brienne, Jean-Yves le Drian avait annoncé la couleur : aux prochaines élections régionales, il retournerait en Bretagne. Après vingt ans de combat, à partir de son fief de Lorient, devenir président du conseil régional, en mars 2004, c’était l’accomplissement de son rêve. Sa liste avait alors battu celle du président sortant, Josselin de Rohan (UMP), avec un score record : 58,78% (58 sièges) contre 25 sièges à son adversaire.
Mais le rêve breton continue d’occuper l’esprit de Jean-Yves Le Drian. Il estime en effet être le seul homme politique d’envergure, à gauche, à pouvoir faire avancer le schmilblick ; car Jean-Yves Le Drian a la tripe bretonne : il ne perd pas de vue ce qui lui semble constituer l’essentiel, à savoir la régionalisation et la langue bretonne.
Dans son portrait publié dans Le Nouvel observateur (28/11/2013), le ministre de la Défense confirme ses intentions. « Ici je fais mon service », commente-t-il. « Un service de trois ans », ajoute-t-il. « 2012-2015. La Défense, pour l’ancien président du conseil régional de Bretagne, est une passion qui ne lui mangera pas toute sa vie. Il s’y consacre aujourd’hui à temps plein, sans ménager sa peine ni bouder son plaisir. Mais, demain, il ne voit vraiment pas ce qui pourrait l’empêcher de retrouver son mandat le plus cher, celui qu’il a dû abandonner en entrant au gouvernement. « J’aurai alors 68 ans , dit-il, retour à la maison. Retour parmi les siens ».
Pour l’instant, Jean-Yves Le Drian fait le ministre de la Défense. « En dix-huit mois, dit-il sans ciller, j’ai arrêté une guerre en Afghanistan. J’en fais une au Mali. J’ai été à deux doigts d’en lancer une en Syrie. Je prépare une grosse opération de maintien de l’ordre en Centrafrique. Entre temps, j’ai fait voter de haute lutte une loi de programmation militaire qui préserve l’essentiel dans un contexte de disette budgétaire. »
Le « j’ai été à deux doigts dans lancer une en Syrie » laisse songeur. Heureusement que Royaume-Uni et Etats-Unis ont subitement estimé qu’une intervention militaire ne s’imposait plus, alors que Hollande jouait au va-t-en guerre. Pourtant l’expérience afghane aurait dû ouvrir les yeux des princes qui nous gouvernent : ce sont des aventures sans lendemain qui, de surcroît, ne correspondent pas aux intérêts géostratégiques de la France et de l’Europe. Quant à l’institution militaire, elle ne dispose plus des moyens humains, matériels et financiers pour envisager des engagements de cette importance. Seules des interventions dans des pays comme le Mali ou la Centrafrique demeurent à notre portée.
En Syrie, au mieux la France aurait joué les supplétifs de l’armée américaine – comme en Afghanistan. Mais en évoluant dans un cadre cent fois plus compliqué à cause de l’intervention russe qui explique en grande partie la quasi-défaite des rebelles. Ces derniers ne bénéficient plus, en effet, de l’appui précieux que leur apportait le renseignement américain. « Sur mer se déroule une vaste guerre de signaux électromagnétiques entre les marines russes et celles de l’Otan. Pratiquement aucun drone américain ne réussit plus à pénétrer dans l’espace syrien » (Faits et Documents, 01/12/13). A coup sûr, cet affrontement nous dépasse totalement. La France doit se contenter du Mali, une guerre artisanale.
Pour autant, cette guerre « artisanale » excède les possibilités financières du ministère de la Défense. En effet les « surcoûts des opérations extérieures » (les dépenses de logistique, de munitions et de primes des militaires déployés) atteignent des records en 2013 : près de 1,3 milliards d’euros (650 millions pour le Mali, 250 pour le retrait d’Afghanistan, 100 pour le Tchad et 290 pour d’autres lieux). Alors que la loi de finances ne prévoyait que 630 millions (Le Monde, 12/11/13). Dans le même temps, Bercy veut annuler 500 millions d’euros de crédits militaires (Les Echos, 08/11/13). Dans ces conditions, l’envoi d’un corps expéditionnaire en Syrie aurait exigé que chaque militaire paie son billet d’avion… Le « service militaire » de Jean-Yves Le Drian semble relever de plus en plus de « Mission impossible ».

Photo : Pymouss/Wikimedia (cc)
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