Opéra : Venise en Bretagne

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24/10/2014 – 08H15 Nantes (Breizh-info.com) – Elena, de Francesco Cavalli, est chantée quatre soirs (les 2, 4, 6 et 8 novembre) au théâtre Graslin de Nantes, deux autres soirs (les 14 et 16) à Angers, et trois autres à Rennes (les 23, 25 et 27).

Cette résurrection, trois siècles et demi après la création (1658), vient d’Aix-en-Provence. Elle est passée par Versailles et Montpellier, et par Lille pour deux saisons. C’est un opéra vénitianissime, si le néologisme est possible. Toute la fantaisie du baroque italien naissant est ici représentée, dans la musique, et surtout dans les relations entre les personnages. La Venise de Cavalli est un carnaval permanent, du moins sur la scène opératique. Côté commercial, le déclin de la Sérénissime avait commencé, du fait du détournement des échanges vers l’Atlantique et ‘les Indes’. Mais la gloire culturelle de la porte de l’Europe vers l’Orient n’est pas encore éteinte, et la musique vénitienne a encore des leçons à délivrer : Haendel viendra bientôt y apprendre son métier de compositeur d’opéras, et Bach recopiera des concertos de Vivaldi.

En attendant, dans les années 1640-1680, l’homme de l’heure est Cavalli. Non seulement à Saint-Marc où il est organiste, mais aussi et surtout au théâtre San Cassiano où il officie à partir de 1638, et auquel il donnera 34 opéras en trente ans. Le théâtre San Moise, concurrent bâti en 1639, va exciter les opinions vénitiennes. Quatre autres scènes ouvriront avant la fin de la carrière de Cavalli, preuves de la vitalité d’un genre qui allait conquérir l’Europe entière, l’italien devenant – comme l’anglais aujourd’hui – la langue de la musique chantée.

Cavalli, dans Elena enfin restaurée, aligne vingt-huit rôles (une même voix pouvant en tenir deux ou trois successivement), quatre chœurs, et un orchestre réduit par l’exiguïté des théâtres d’alors. Les airs sont nombreux, suivis de duos, trios et quatuors. Autant dire que la société vénitienne cherche d’abord sa distraction, et Cavalli lui offre, avec un scénario picaresque, une musique en tout point adaptée. Élégance et comédie, gravité et légèreté tissent sans fin leurs toiles vocales et instrumentales. Cavalli les dessine en lignes mélodiques et orchestrales pulsatiles, fluides, que la Cappella Mediterranea maîtrise à merveille. Voilà qui place Cavalli sinon au-dessus, du moins au-devant de ce qu’avait initié son maître Monteverdi : c’est lui qui, dans Venise, initia la dynamique de l’opéra baroque.

En bref, de belles soirées à ne pas manquer. Et un lot de consolation pour ceux qui n’auraient pas trouvé de place : le DVD des représentations aixoises, paru en juillet dernier chez Ricercar.

Jean-François Gautier

 Photo : DR
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