Sous l’Occupation, de 1940 à 1944, le cinéma français connut un essor sans précédent. Parmi les nombreux chefs-d’œuvre de cette époque, un conte de Noël vient d’être restauré.

Le soir du 24 décembre, un petit village savoyard, isolé par la neige, s’apprête à fêter Noël. Le père Cornusse (Harry Baur), fabricant de globes terrestres au grand cœur, va jouer comme chaque année le rôle du père Noël. Sa fille Catherine (Renée Faure) rêve d’un prince charmant en cousant des robes de poupées, au grand dam de Léon Villard (Robert Le Vigan), l’instituteur anticlérical du village, qui la demande vainement en mariage. Le retour au château de l’énigmatique baron Roland (Raymond Rouleau), après dix ans de voyages autour du monde pour chercher la jeune fille de ses rêves, alimente les conversations. Le baron et Catherine tombent amoureux. Mais les célébrations vont, cette année, tourner au drame. En pleine messe de Noël, l’anneau de saint Nicolas, diamant de grande valeur, est volé dans l’église. Mais le plus mystérieux est la découverte dans les montagnes du cadavre d’un inconnu déguisé en père Noël. Chacun pense que son assassin se cache parmi les villageois. Une fois l’assassin arrêté par les gendarmes, Cornusse va offrir à un enfant malade son plus beau globe terrestre.

L’Assassinat du père Noël est un film français réalisé par Christian-Jaque en 1941. Ce succès populaire est l’adaptation du roman éponyme de Pierre Véry, également auteur des Disparus de Saint-Agil, adapté trois ans plus tôt par Christian-Jaque. Ce chef d’œuvre du cinéma français propose un conte de Noël mettant en valeur de bons sentiments, mais aussi la poésie, la sensibilité et le mystère qui se dégagent du roman de Véry. Dans ce village de Savoie, on vit dans une certaine quiétude, on se prépare à la venue du père Noel tout en chantant des louanges au petit Jésus.

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Les acteurs sons excellents, notamment Harry Baur qui campe un truculent père Cornusse. Le jeu spontané des enfants est également admirable. L’atmosphère légèrement féérique se retrouvera dans de nombreux films sous l’Occupation.

On ne peut en effet oublier que L’assassinat du Père Noël est le premier film produit par la Continental-Films, compagnie de production cinématographique créée par l’Allemagne en France occupée.  Alors, L’Assassinat du Père Noël serait-il une œuvre de propagande national-socialiste. Contrairement à ce qu’on pourrait croire avant de l’avoir vu, ce n’est pas le cas. La thématique de la race n’est jamais évoquée. Le fait que le coupable ne soit pas le noble, longtemps soupçonné, mais un bourgeois du village, n’est pas un élément révélateur. Comme le souligne l’historien du cinéma Philippe d’Hugues, il ne fut produit pendant cette période « aucun film pro-allemand, aucun film exaltant la collaboration ou l’Europe nouvelle, aucun film antisémite ou anticommuniste » (Philippe d’Hugues, Les écrans de la guerre, Le cinéma français de 1940 à 1944, Editions de Fallois, p. 277). Au contraire, ce film contient des images métaphoriques comme la jeune fille nostalgique qui attend son prince (la France qui espère sa libération), l’enfant malade qui n’arrive plus à marcher (la France dont les jambes sont coupées depuis la défaite)…

La restauration de ce film est de très grande qualité. L’image est agréable. Dans les bonus du DVD, on appréciera le documentaire sur la restauration du film ainsi que la discussion entre trois spécialistes du cinéma sur le contexte particulier de sa réalisation.

Viennent également d’être restaurées deux autres adaptations de Pierre Véry, Les disparus de Saint-Agil (1938) et Goupi-mains rouges (1943).

Kristol Séhec

L’Assassinat du Père Noël (Collector Blu-ray et DVD), Pathé, 20,05 euros.

Les disparus de Saint-Agil (Collector Blu-ray et DVD), Pathé, 20,05 euros.

Goupi-mains rouges (Collector Blu-ray et DVD), Pathé, 20,05 euros.

Date de sortie des DVD : 16 décembre 2015.

Photo : DR
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