Parmi les nombreux films consacrés à Jeanne d’Arc, celui réalisé en 1916 par le talentueux réalisateur américain Cecil B. DeMille contient, aujourd’hui encore, un véritable souffle épique. Ce chef d’œuvre du cinéma muet montre la pauvreté de la France occupée par l’anglais, insiste sur la vocation de Jeanne, vante la victoire d’Orléans, glorifie le sacre de Reims, dénonce la trahison de Compiègne…

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L’introduction présente symboliquement Jeanne d’Arc (Geraldine Farrar) crucifiée sur un panneau représentant une fleur de lys. Puis le spectateur est transporté dans une tranchée anglaise de 1916. Eric Trent (Wallace Reid), officier britannique, découvre une vieille épée médiévale. Jeanne d’Arc apparait pour lui annoncer que les anglais doivent expier leurs péchés envers la France… Au XVe siècle, alors qu’il est dans les rangs anglo-bourguignons, son ancêtre Sir Eric vient au secours de la bergère de Domremy, prête à se sacrifier pour permettre à ses proches de fuir. Jeanne cache son sauveur anglais dont elle semble éprise. Elle panse ses plaies et lui offre son crucifix quand il s’en va. Puis apparait l’Archange Saint-Michel, avec une épée de lumière, qui lui ordonne de sauver le royaume de France. Elle se rend à Chinon pour rencontrer le dauphin Charles VII (Raymond Hatton). Malgré le fait que Charles VII échange ses habits avec un autre seigneur, Jeanne le reconnaît sans la moindre hésitation. Puis elle libère Orléans. Parmi les prisonniers anglais se trouve Sir Eric. Après le sacre de Reims, Jeanne obtient de Charles VII qu’il libère Sir Eric. Mais elle refuse son amour, son cœur appartenant « à la France ». A Compiègne, elle est capturée par les soldats de Sir Eric. Charles VII refusant de payer la rançon de Jeanne, Sir Eric veut le faire à sa place. Mais Cauchon (Theodore Roberts) s’y oppose. Sir Eric tente d’obtenir son pardon en rendant à la condamnée son crucifix. C’est lui qui prononce ces paroles célèbres : « Nous avons brûlé une sainte ! »… Quand il se réveille dans sa tranchée, Eric Trent se porte volontaire pour une mission suicide afin de racheter l’infamie de son lointain ancêtre. Il meurt en accomplissant sa mission. Survolant le champ de bataille, Jeanne d’Arc auréolée de lumière tend alors la main à un soldat agonisant.

Pour son premier grand film historique, Cecil B. DeMille (Ben Hur, Les Dix Commandements…), qui a déjà plus de vingt films à son actif, n’a pas lésiné avec les moyens. Un an après Forfaiture (lire sur Breizh-info Forfaiture, de Cecil B. DeMille, a 100 ans !), il réalise Jeanne d’Arc (Joan the Woman).

En 1916, année de réalisation du film, Jeanne d’Arc est une véritable icône nationale. Béatifiée en 1909 (la canonisation suivra en 1920), sa statue trône dans de nombreuses églises françaises. L’Amérique est également séduite par le sursaut national mené par Jeanne ainsi que par sa foi chrétienne. Ce film de propagande patriotique est ainsi réalisé dans le but de convaincre le public américain de la nécessité de l’entrée en guerre des Etats-Unis.

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Le scénario devait néanmoins ménager l’allié anglais. C’est pourquoi on invente le personnage d’Eric qui permet de préserver l’unité du camp allié face à l’ennemi allemand. Le véritable ennemi dans ce film est le machiavélique Pierre Cauchon qui tente d’empoisonner Charles VII, prépare la capture de Jeanne, ricane à l’idée de la brûler vive, lui fait signer son abjuration sous la menace de la torture…

Mais l’actrice Geraldine Farrar dans le rôle de Jeanne déçoit. Malgré son charisme et son air exalté, cette imposante cantatrice de 34 ans est trop âgée pour jouer la Pucelle. Sans douta a-t-elle été choisie pour représenter, bras levé et poitrine gonflée, l’allégorie guerrière. Mais cette actrice renforce le patriotisme de Jeanne au détriment de sa foi intérieure. Elle semble ainsi correspondre à la vision de DeMille, qui dépouille Jeanne de l’essentiel de sa dimension religieuse.

Sur le plan artistique, les jeux de lumière sont particulièrement soignés et les costumes somptueux. Dans la scène bien rythmée de l’assaut des Tourelles, d’une durée exceptionnelle pour l’époque de dix minutes, plusieurs centaines de chevaliers et fantassins s’affrontent dans des combats intenses.

Kristol Séhec

Jeanne d’Arc, Bach films, 19 euros.

Crédit photos : DR
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