07/08/2016 – 05H30 France (Breizh-info.com)  – C’est un entretien détonnant qu’a donné au Point Hamed Abdel-Samad, auteur du best-seller « le fascisme islamique » (paru en 2014). Un best-seller en Allemagne, aux Etats-Unis… mais pour le moment non traduit en Français. Pour cause de trouille de l’éditeur Piranha, qui devait le faire paraître en France le 16 septembre prochain. Par volonté également, selon l’éditeur, « de ne pas faire le jeu de l’extrême droite » (sic).

Il est vrai que lorsque le rejet de l’islamisme, et le lien dressé entre islam et islamisme, sortent de la bouche d’un arabe, fils d’un imam sunnite égyptien, ancien membre des frères musulmans, la classe médiatique très politiquement correcte et subventionnée doit se sentir particulièrement mal à l’aise : « Les seuls bons islamo-critiques sont des islamo-critiques morts. L’on doit d’abord devenir victime pour que les politiciens et la presse expriment leur solidarité » déclarait d’ailleurs Hamed Abdel-Samad à Dreuz.info.

Dans cet entretien accordé au Point, et malgré un journaliste (Thomas Mahler) au ton très inquisiteur, Hamed Abdel-Samad – qui fait l’objet de plusieurs fatwas émises par les fous d’Allah – explique sereinement en quoi l’essence même de l’islam est criminogène (tout en opérant un distinguo clair entre islam et musulmans).

Concernant la non publication  – pour l’instant, car les éditions Ring notamment se sont portées candidates – du livre, ce dernier s’insurge : « C’est le début d’une certaine humeur qui pourrait se répandre en France et qui m’effraie. J’aime tellement ce pays que je n’aimerais pas le voir succomber à une autocensure et à des arguments qui expliquent qu’un écrivain a une responsabilité et qu’il doit préserver les susceptibilités ».

Au journaliste qui tente d’expliquer la violence par l’histoire coloniale ou par la géopolitique, Hamel Abdel-Samad répond clairement : « Vous ne pouvez épargner la religion en disant qu’elle n’a rien à voir avec cette violence. Pour en arriver au terrorisme, il faut d’abord une culture favorable, c’est-à-dire qui accepte la violence comme solution politique. C’est, je crois, ce qui se passe dans le monde islamique, car la religion, loin de condamner cette violence, fournit des arguments en sa faveur.»

Puis lorsque Thomas Mahler lui demande si Hamed Abdel-Samad ne fait pas de son histoire personnelle (violences familiales notamment) une généralité, là encore, M. Abdel-Samad ne désarme pas : « Ces violences conjugales ne sont pas une petite minorité. C’est un vrai problème culturel, car le Coran encourage le mari à corriger sa femme si elle n’obéit pas. La religion est un moteur dans la façon de concevoir son couple ou d’éduquer les enfants. Son influence est considérable. Une autre raison de la violence dans le monde musulman, c’est l’insécurité des jeunes hommes dans notre époque moderne.»

Et le journaliste de poursuivre le ton inquisiteur, en expliquant que l’Occident produit aussi des tueurs de masse. Réponse tranchante de l’interviewé : « Dans beaucoup de cas de tueurs de masse, le désespoir est la cause du passage à l’acte. Alors que pour la majorité des terroristes islamiques, c’est au contraire l’espoir d’atteindre quelque chose de supérieur. Ils ne sont pas déprimés en commettant les tueries. Au contraire, ils sourient. Ça fait une grande différence.».

Sur le site dreuz.info, l’auteur expliquait également que « ceux qui déclarent que les attaques terroristes n’ont rien à voir avec l’islam ne sont pas intéressés à trouver une solution. Si l’on veut guérir une maladie, il faut émettre le bon diagnostic.».

Hamed Abdel-Samad explique alors – au journaliste qui lui demande s’il ne fait pas de la provocation par rapport à Mahomet – que ce dernier « aurait par exemple ordonné en un seul jour la décapitation de 400 à 900 Juifs qui s’étaient pourtant rendus. La violence appartient bien sûr à la culture de cette époque. Mais aujourd’hui, s’il venait avec le même message, comme le fait d’annoncer que si vous allez en enfer, votre peau sera brûlée et que vous aurez une nouvelle peau pour sentir la même douleur à nouveau, on le qualifierait de psychopathe et on ne le prendrait pas au sérieux. (…) Si l’islam n’était pratiqué que par un petit groupe, on le considérerait comme une secte.»

Puis l’auteur de fascisme islamique explique la relation indissociable entre islam et islamisme : « Qu’est-ce que l’islamisme ? C’est la volonté de contrôler le monde. D’où cela vient-il ? Du Coran et de la pratique du Prophète. Il veut faire de l’islam une religion universelle, quitte à utiliser la violence. L’invention de l’islamisme est dans la naissance même de l’islam. Les frontières entre les deux sont très floues.».

Il rappelle par ailleurs qu’il faut distinguer l’islam des musulmans en tant qu’être humains. « La majorité d’entre eux ne connaissent pas le Coran dans son intégralité.(…) Les musulmans pacifiques retiennent du Coran les passages pacifiques, tout comme les djihadistes citent les passages les plus guerriers. Chacun y trouve ce qui renforce son identité.».

Enfin, pour Hamed Abdel-Samad, les religions monothéistes, dont l’islam, ne sont pas compatibles avec la démocratie lorsqu’elles détiennent le pouvoir. « Dans l’islam, il y a les humains en première classe – les musulmans –, d’autres en seconde classe – les juifs et les chrétiens –, et puis les non-croyants, qui n’ont aucune place.» explique-t-il. « Enfin, la démocratie suppose une autonomie de l’individu, de son esprit comme de son corps. L’islam intervient jusque dans les domaines les plus intimes, et me dit quand je peux faire l’amour et avec qui. C’est pour ça que les États islamiques ont tant de problèmes avec les droits de l’homme ».

S’il est un farouche opposant de l’islamisme et de l’islam politique – une opposition qui lui vaut de mettre « sa peau au bout de ses idées » étant données les menaces reçues – Hamed Abdel-Samad n’en demeure pas moins un partisan d’une Europe multiculturelle. et de l’accueil des migrants. Il est d’ailleurs opposé à Thilo Sarrasin, auteur de « l’Allemagne disparaît », et considère l’Europe comme « un projet collectif » et non pas comme une civilisation. Il est toutefois intervenu à des colloques de l’Afd (alternative für Deutschland) et se refuse à « stigmatiser » des mouvements comme Pegida, qui naissent spontanément en opposition à l’islamisme .

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3 Commentaires

  1. «Le terrorisme est issu de l’ignorance sacrée»

    Exégète du Coran, le Syrien Muhammad Shahrour appelle à réformer l’islam. Car la jurisprudence islamique porte les germes de la violence. A 78 ans, il espère encore convaincre, même si de nombreux pays arabes ne tolèrent pas son discours.

    Voilà quarante-cinq ans qu’il tente de faire entendre sa voix. Celle d’un exégète du Coran qui s’inscrit en faux contre les islamistes. Né en 1938 à Damas, professeur de génie civil, Muhammad Shahrour publie en 1990 Le Livre et le Coran, dans lequel il propose une nouvelle lecture de celui-ci. Très critique vis-à-vis de l’interprétation jurisprudentielle du Coran perpétuée dans la tradition arabo-musulmane, il oppose à l’islam politique un islam spirituel. Ce qui lui vaut les foudres des traditionalistes dont certains le déclarent apostat.
    Plusieurs de ses ouvrages sont même interdits à la vente dans certains pays arabes, ce qui n’empêche pas l’homme de s’exprimer, y compris sur les réseaux sociaux où il cartonne. Invité par l’Association de l’Appel spirituel de Genève, qui s’oppose à l’abus du religieux comme source de violence, il livre au Temps ses réflexions.

    – Le Temps: L’islam porte-t-il en lui les germes de la violence?

    – Muhammad Shahrour:Absolument. L’appel à la violence ne tire pas son origine du Coran, qui est la loi divine, mais exclusivement de la jurisprudence, c’est-à-dire de l’interprétation du Coran, devenue tradition islamique au cours des siècles. Or les radicaux méconnaissent la loi. De même qu’il n’existe dans le Coran ni polygamie, ni injonction de porter le hidjab ou le niqab pour les femmes – autant de traditions pré-islamiques – ni lapidation. La jurisprudence islamique est tout bonnement une nouvelle religion.

    – Si l’islam n’est que miséricorde et tolérance, comment se fait-il qu’autant de musulmans se fourvoient?

    – J’ai lu le livre de Abdallah Azzam, le théoricien d’Al Qaida, sur le djihad. Tous ses arguments sont tirés de la jurisprudence islamique établie par des penseurs du 8ème et 9ème siècle. Cette tradition-là préconise de cultiver la haine à l’égard des gens qui ne croient pas comme eux. C’est malheureusement sur ces interprétations que se fonde la pratique religieuse actuelle. La plupart des imams ne lisent le Coran que pour la prière, et non pour le comprendre. Mon job, c’est de faire le travail qu’ils ne font pas. Car le Prophète a laissé le Coran pour que nous l’interprétions sans intermédiaires.

    – Au mépris de cette jurisprudence?

    – Oui, car notre problème, c’est qu’à cette tradition issue de l’interprétation des paroles prophétiques a été donnée une dimension sacrée. Moi je prétends qu’elle n’est qu’humaine. Malheureusement, les musulmans n’ont pas compris cela. Comme ils n’ont pas compris qu’elle était instrumentalisée par des pouvoirs politiques.

    Pourquoi la réflexion critique sur l’islam n’est-elle pas possible?

    Parce que les Etats arabes tirent leur légitimité de la religion. Raison pour laquelle l’interprétation qu’ils en font renforce leur pouvoir. Quand on ne veut pas d’opposition idéologique, on fait croire qu’il s’agit d’une opposition à Dieu. L’opposant devient un mécréant. C’était déjà le cas au 8ème siècle où les Byzantins avaient été désignés comme des ennemis de l’islam. Puis au temps des Croisades, l’accusation de mécréant s’est dirigée sur l’Occident. Elle y est restée figée depuis. Il ne manquait que la colonisation pour la renforcer encore un peu plus. Alors que si on revient au Coran, on y découvre que l’homme est libre de penser ce qu’il veut.

    – Mais alors, est-il possible de réformer l’islam de l’intérieur?

    – Oui, absolument. Parce que le Prophète n’a pas interprété le Coran, qui a été laissé à l’interprétation selon l’espace et l’époque! Il suffirait d’en faire une lecture contemporaine, et cela fait quarante-cinq ans que je m’y emploie!

    – Etes-vous l’objet de menaces?

    – Oui, mais indirectes. On me marginalise afin que personne ne m’entende. Beaucoup de chaînes de télévision arabes me boycottent. Pourtant, j’observe que plusieurs de mes livres sont des best-sellers au Moyen-Orient. Ces populations se rendent compte que ces guerres et ces attentats sont le signe que quelque chose dans l’islam ne tourne pas rond. Elles sont en train de se réveiller, de constater la nécessité d’une réforme. Mais elles ne peuvent pas parler.

    – Mais les musulmans d’Europe, eux, pourraient le faire!

    – Ils sont tiraillés entre deux forces, la jurisprudence islamique qu’on leur rabâche et la loi civile. Ils sont dans une forme de schizophrénie. Pour les en délivrer, il faut réformer la jurisprudence. Leur montrer que la pluralité est un principe du Coran, qu’il admet le judaïsme, le christianisme et toutes les sectes. Le Prophète a créé une constitution respectueuse des diversités. Il a créé un Etat civil dissocié de la religion. Le christianisme a attendu le 18ème siècle et la Révolution française pour cela. Mais après la mort du Prophète, on a échoué à la mettre en œuvre, à cause de l’esprit tribal de l’époque. Probablement était-elle trop avant-gardiste. Et l’islam a été instrumentalisé.

    – Faut-il que l’Occident admette les revendications d’un islam politique ou qu’il les combatte?

    – Il ne faut pas faire de concessions sur ce terrain. Seul l’Etat possède des outils de coercition, non la religion. La religion doit être spirituelle et non politique. L’autorité du Coran, c’est la conscience, l’autorité de l’Etat, c’est la loi. Il faut obéir à l’Etat, pas aux muftis.

    – Pour vous, le salafisme est-il à l’origine de cet islam terroriste?

    – Le salafisme, comme le mouvement des Frères musulmans, a assis son pouvoir sur l’ignorance des peuples. Après les indépendances des pays arabes, trois phénomènes ont obstrué les consciences du monde musulman: Le pan-islamisme, qui jugeait l’Occident comme au temps des croisades, le nationalisme pan-arabe, qui a assis sa haine de l’Occident sur le prétexte colonial, et le marxisme, qui a donné naissance à des gouvernements tyrans. Les deux derniers courants devenus ce que l’on sait, n’est resté que le pan-islamisme pour toute culture. Le terrorisme est issu de l’ignorance sacrée.

    • D’après Muhammad Shahrour, le message du Coran serait que l’homme est libre de penser ce qu’il veut. Ce livre ne serait donc pas lié à une religion à proprement parler ou tout au moins ne contiendrait pas de dogme ? Il nous dit en fait que depuis la mort de Mahomet, fondateur du premier état laïc (saisissante réécriture de l’Histoire !), personne n’a rien compris à l’islam.
      D’après certains spécialistes, le Coran aurait été rédigé plusieurs siècles après la mort de Mahomet. Il y en a même qui doutent que ce personnage ait existé, on aurait désigné plusieurs chefs de guerre sous ce nom, courant depuis longtemps en Arabie.

  2. Il n’est pas concevable que ces actes terroristes n’aient pas un objectif. Pour ma part, j’oscille entre entre un « choc de civilisations » qui pourrait profiter au lobby financier international ou une opération de conquête de l’Europe occidentale au moyen de gens endoctrinés par un pouvoir qui se voudrait divin. Pour amener des gens, quels qu’ils soient, à donner la mort de la façon la plus horrible possible en sachant qu’ils vont mourir eux aussi ne se fait pas en une semaine. Même si ce ne sont probablement pas des grands intellectuels, ils ne sont pas stupides au point de se faire exploser ou tuer sans contre-partie. J’ai du mal à comprendre comment un garçon (ou une fille) né(e) en France (ou en Belgique) il y a 20 ou 25 ans et y ayant toujours vécu peut ainsi basculer pour des motifs purement religieux, même si on leur promet le paradis en le décrivant comme l’endroit ou tous leurs fantasmes vont devenir une réalité. Je pense donc que Hamed Abdel Samad à raison d’évoquer le rôle de l’islam dans tout ça, mais est-ce en tant que religion ou système social?

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