Arkea. L’erreur politique du patron du Crédit mutuel de Bretagne

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« La vie est un combat », affirmait Charles de Gaulle. Le Crédit mutuel de Bretagne en sait quelque chose dans le « combat » qui l’oppose à la Confédération nationale du Crédit mutuel (structure de tête du groupe coopératif et son organe central), contrôlé dans les faits par le groupe CM 11 -CIC (onze fédérations et la banque CIC) piloté par les Alsaciens.

Le CMB couvre la Bretagne (4), alors que les caisses de Loire-Atlantique appartiennent à la fédération « Loire-Atlantique – Centre-Ouest », l’une des onze composantes du groupe CM 11 – CIC. Pour se renforcer dans ce bras de fer, le CMB s’est associé à deux autres fédérations (Sud-Ouest et Massif central) pour former le groupe Arkea.

Aujourd’hui, les dirigeants d’Arkea – donc le CMB – veulent quitter la confédération. Explications fournies par Jean-Pierre Denis, président d’Arkea et du CMB : « Depuis l’époque des pionniers fondateurs, notre groupe a toujours maîtrisé ses décisions. Il a toujours été autonome dans son fonctionnement et dans ses décisions. Il a toujours été autonome dans son fonctionnement et son développement. Et cette autonomie donne des résultats ! 2017 s’annonce comme l’année de tous les records. Nous devrions franchir le cap des 400 millions de résultat net, 100 millions d’euros de plus qu’en 2016. »

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si les projets de la confédération ne venaient gâcher la fête. « Mais cette autonomie est gravement menacée, aujourd’hui, par les visées centralisatrices de la Confédération nationale du Crédit mutuel. Elle veut nous imposer sa discipline et nous soumettre ses instructions », poursuit Jean-Pierre Denis (Le Télégramme, jeudi 25 janvier 2018).

On se retrouve donc avec « deux options sur la table. Dans l’une, on s’intègre dans le groupe Crédit mutuel centralisé et piloté depuis Paris. Dans l’autre, on sort de la Confédération nationale en acceptant d’adopter une nouvelle dénomination » (Ouest-France, jeudi 25 janvier 2018). Faire sécession signifiant perdre la marque Crédit mutuel.

Partie difficile pour les dirigeants d’Arkea car les pouvoirs publics ne voient pas d’un bon œil cette scission. Fort logiquement, ils sont défavorables au départ des Bretons de la Confédération. « Premier obstacle : « le gouvernement ne souhaite pas modifier la loi existante », indiquent d’entrée Bercy et la Banque de France, car « ce différend de nature interne à un groupe bancaire mutualiste relève en premier lieu des parties concernées. » Or une loi est théoriquement nécessaire à la création d’un nouveau groupe mutualiste » (Les Échos, mardi 6 février 2018).

Reste à consulter les caisses locales sur le projet de divorce. « Les implications d’une telle hypothèse de scission nous semblent devoir être précisées, afin d’éclaircir les enjeux de cette consultation », demandent Bercy et la Banque de France dans leur courrier à Jean-Pierre Denis, président d’Arkea et du CMB » (Les Échos, id.)

Mais le président Denis persiste et signe : « J’estime, au regard de la centralisation qui est engagée, qu’il n’est plus possible de concilier notre appartenance à la Confédération nationale du Crédit mutuel et notre autonomie. » Pourquoi ? « La Confédération multiplie les instructions [en direction d’Arkea], s’étonnant même que nous ne partagions pas avec elle certains de nos projets d’investissement. Comment pourrions-nous avoir confiance dans un organe central qui manque à ce point de neutralité ? » (Le Monde, mardi 20 février 2018).

Pour créer un courant favorable en sa faveur et convaincre la population bretonne du bien-fondé de sa démarche, Jean-Pierre Denis a lancé une campagne de communication. Le CMB est riche, il est donc facile d’acheter des pages de publicité dans la presse nationale et régionale. Ce qui nous permet d’apprendre d’une manière très officielle que « d’ici quelques semaines, il appartiendra aux administrateurs des caisses locales de nos trois fédérations, et à eux seuls, de décider de l’avenir du groupe Arkea. » (Le Figaro, mardi 13 février 2018). Signé Jean-Pierre Denis et Ronan Le Moal, directeur général du Crédit mutuel Arkea.

Tout cela est bel et bien bon mais des juristes pointilleux pourraient faire observer à MM Denis et Le Moal que, dans un organisme mutualiste, le pouvoir appartient à l’assemblée générale – organe souverain réunissant les sociétaires (porteurs de parts) de la caisse. C’est à elle de décider si ces derniers veulent quitter la confédération et abandonner la marque « Crédit mutuel ».

Bien entendu, le tandem Denis – Le Moal peut rétorquer qu’il y a bien longtemps que le CMB n’a plus de « mutuel » que le nom. Quant aux assemblées générales des caisses, elles ressemblent fort à une chambre d’enregistrement où sont avalisées – en toute méconnaissance des dossiers – les décisions de la technostructure qui dirige la fédération. Il y aurait également beaucoup à dire sur la légitimité des présidents et des administrateurs des caisses. En effet, en zone rurale, une assemblée générale réunit péniblement 5% des sociétaires de la caisse. Pourcentage qui tombe à 2% en zone urbaine. On peut noter que cette AG ressemble parfaitement à une réunion d’un club du troisième âge où les uns et les autres viennent , parce qu’après une présentation rapidement menée – une demi-heure – des questions figurant à l’ordre du jour et les votes, on passe aux choses sérieuse : boire, manger et musique.

Lorsqu’il y a cinquante ans, le Crédit mutuel s’est développé en Bretagne dans le cadre des paroisses – il y avait alors un crucifix accroché au mur derrière de comptoir -, les choses se présentaient différemment. Les élus étaient les patrons et le président d’une caisse assurait effectivement son fonctionnement. Situation qui devait déplaire à la technostructure qui, petit à petit, s’est emparée du pouvoir. Alors, pour réduire les élus à pas grand-chose et dissuader les forces vives de la caisse de participer aux assemblées générales, on a donc entrepris, dans un premier temps, de fusionner les caisses, puis, dans un second, de fermer celles qui étaient installées dans le rural profond. Il parait qu’il faut réaliser des économies, alors que le CMB n’est pas une entreprise capitaliste mais une coopérative ! Ce fut le cas ces derniers temps de Peillac (près de Redon) et de Sérent (près de Ploërmel). Tout a été fait pour dégoûter les gens de s’intéresser à la bonne marche de leur caisse ; il était plus pratique pour les technocrates du Relecq – Kerhuon de réduire des sociétaires actifs à la condition de simples clients passifs. Le CMB étant une démocratie bien organisée (?!), les administrateurs et le président du conseil d’administration sont « recrutés » par le directeur de la caisse ; il ne reste plus à l’AG qu’à applaudir cette nomination. Bien entendu, président et administrateurs sont d’authentiques « braves gens » qui ne feront pas d’ombre au directeur.

Résultat des courses : des sociétaires actifs se mobiliseraient dans le conflit actuel pour défendre l’autonomie du CMB. Des manifestations fournies impressionneraient à la fois le gouvernement et la confédération. Alors que des clients indifférents se contentent de regarder le train passer. Que Denis gagne ou perde, tout le monde s’en fiche. Pourtant l’intérêt supérieur de la Bretagne voudrait que le CMB conserve son autonomie, voire gagne son indépendance face à la confédération.

Bernard Morvan

Crédit photo : Cremeto/Wikimedia (cc)
[cc] Breizh-info.com, 2018, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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