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Alcool, fruits, viandes, céréales ou automobiles… les tensions durent depuis des semaines, les discussions sont dans l’impasse, et les produits américains sont entraînés dans une spirale de guerre des prix avec la Chine : Washington et Pékin jouent à la surenchère sur les taxes, de plus en plus de produits sont concernés dans chacun des deux Etats, et alors que les ports américains s’inquiètent des répercussions sur leur économie et leurs emplois, la question inverse se pose en Europe : dans quelle mesure cette « guerre des taxes » peut-elle profiter aux ports européens et booster les emplois sur les sites français ?

Port de Saint-Nazaire. Source : L’Usine Nouvelle
« On en est à ce jour à plus de 34 milliards de produits chinois surtaxés par les Etats-Unis, tandis qu’en face la Chine a déjà annoncé qu’elle allait taxer de 25% des centaines de produits made in USA. Cela représente des marchés et des sommes colossaux, les répercussions seront évidentes », analyse le Centre d’Etudes prospectives et d’informations internationales (CEPII). « Elles seront négatives, c’est inéluctable, pour les ports américains et chinois puisque leur compétitivité va en prendre un coup, et les acteurs du commerce mondial vont fatalement chercher de nouveaux débouchés et des alternatives aux ports américains et chinois, pour éviter les répercussions de ces hausses de prix rédhibitoires des deux côtés. La question qui se pose est la suivante : est-ce l’Europe qui va profiter de ces reports de marchés et de clients, ou pas ? ».
Pour les experts, les gros acteurs du commerce mondial n’auront pas besoin de beaucoup de temps pour trouver des alternatives et imaginer un nouveau mode organisationnel pour leurs filières. « Pour l’heure, tous sont dans l’attentisme, mais le jour où ils auront la certitude qu’on est sorti d’une guerre du bluff et que les droits de douane vont s’envoler pour du moyen ou du long terme, on va assister à des changements majeurs. Les ports français pourraient bénéficier de ces reports de marchés pour tout ce qui concerne les produits agricoles, par exemple : 30% du soja produit aux Etats-Unis est actuellement exporté vers la Chine, mais cette dernière veut le taxer sévèrement, et ça concerne 14 milliards de dollars américains… qui pourraient se transformer en euros et profiter aux ports français et européens si les ports américains et chinois cessent d’être sollicités pour ces marchandises, avec un report des contrats sur plusieurs pays européens, voire tous, vu le montant des quantités dont il est question : on parle de dizaines de millions de tonnes annuelles », estime l’Observatoire Français des Conjonctures économiques.

Source : Pexels.com
Mais tout n’est pas si simple : « On parle essentiellement de relations maritimes entre la Chine et la côte ouest des Etats-Unis, transférer l’activité vers l’Union européenne signifie un énorme changement d’organisation et de logistique, emprunter de nouveaux circuits, de la côte est des Etats-Unis vers l’Europe, puis emprunter le fret ferroviaire ou aérien… sachant que l’Europe elle aussi, est impactée par des menaces américaines de hausse des taxes sur de nombreux produits », tempère un professeur de macro-économie à Sciences-Po. « L’UE a d’ailleurs entamé une procédure devant l’Organisation Mondiale du Commerce, pour protester contre la hausse des droits de douane annoncés par Donald Trump sur l’acier et l’aluminium. Par ailleurs, l’Union Européenne a des chances de récupérer des parts de marché, donc de l’activité et des fonds, donc des emplois et des possibilités d’investir, du côté des produits américains. Mais elle a peu de chances de gagner quelque chose en se tournant vers la Chine, qui ne respecte pas la moitié des normes européennes et qui a une politique de dumping extrêmement agressive. Il faut aussi rester méfiant envers la Chine, parce qu’elle est en permanence à l’affût de transferts de technologie. L’UE a donc plutôt intérêt à agir pour préserver la paix commerciale et un système multilatéral harmonisé ».
Il n’empêche : « il y a un report possible de plusieurs dizaines de millions de dollars sur les ports européens, et les ports français sont bien placés sur cette liste-là : cela pourrait se répercuter positivement grâce à une accélération des demandes de location de terminaux par des sociétés privées, et par une hausse des prélèvements douaniers sur les containers en transit », estime l’Institut Supérieur d’Economie Maritime, à Saint-Nazaire. « L’activité de plus de cent ports américains pourrait être impactée et subir, pour quelques %, un transfert d’activité sur l’Europe. Une baisse des volumes induits outre-Atlantique doit logiquement signifier une hausse des volumes induits ailleurs, et le vieux continent peut se placer efficacement pour les débouchés turcs, coréens ou chinois, à condition d’être compétitif sur les prix et les solutions multimodales proposées. Mais on sait faire, et le ferroviaire vers la Chine est aujourd’hui performant ».
Source : Blog Clic and Sea
Crédit photo : Wikimedia Commons (Public domain/The White House)
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