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D’un côté, Christophe Dettinger, un ancien boxeur, visage découvert, bonnet sur la tête et mains nues. De l’autre, un manifestement jeune gendarme mobile, peu expérimenté ou mal formé, bouclier, casque et matraque à la main. L’image est saisissante. Elle reflète la fracture qui semble définitivement en marche au sein de notre société.
Autour d’eux, d’un côté une foule de Gilets jaunes en colère qui viennent d’être aspergés une fois de plus de gaz lacrymogène. De l’autre, les gendarmes mobiles et des policiers, devenus aux yeux d’une partie de la population les simples chiens de garde d’un système en train de vaciller.
Des chiens de garde à qui certains reprochent de se laisser acheter pour une prime de 100 euros ou une poignée de main devant les caméras.
Des protecteurs de l’État qui n’hésitent pas pour certains (il ne sert à rien de généraliser) à tirer à grand coup de flashball sur des femmes, sur des handicapés, sur des hommes à courte distance. Et que je cogne mon électricien à tour de bras simplement parce qu’il n’en peut plus de voir la moitié de ses revenus ponctionnés par le RSI. Et que je te gaze la mère de famille qui épluche les catalogues publicitaires chaque semaine pour savoir quel morceau de viande acceptable elle va bien pouvoir payer pour offrir à ses gamins.
Ils sont de plus en plus nombreux, parmi les Français, à ne plus pouvoir « sentir », ici le gendarme qui explique « ne faire que son boulot » quand il passe son vendredi après-midi à flasher à 90km/h au lieu de 80 dans une grande ligne droite de campagne.
Là, le garde mobile, qui envoie des grands coups de matraques sur les ronds points ou dans les manifs, mais qui ne bronche pas quand sa hiérarchie ne fait rien pour neutraliser les incendiaires des banlieues à la Saint-Sylvestre , les dealers qui vendent quotidiennement leur poison à nos gamins, la racaille qui agresse dans nos villes, ou ceux qui entendent rentrer dans notre pays comme on rentre dans un fromage.
Il y avait toujours eu des fonctionnaires consciencieux qui à une certaine époque, regardaient des trains partir au loin en ayant l’impression d’avoir fait leur boulot. Il y a toujours eu des petits chefs, des petits fonctionnaires zélés, pour pondre des rapports, pour « faire part à sa hiérarchie », pour balancer, pour ne faire au final « que son boulot ».
Mais il y a toujours eu aussi des forte-têtes, des rebelles, des réfractaires, des révoltés. Des gens pour dire Non. Pour fermer le clapet du petit fonctionnaire zélé. Pour faire sauter et dérailler les trains de prisonniers. Et ici, comme Christophe Dettinger, pour mettre un poing dans la figure , ou plutôt dans le casque, de celui qu’il identifie comme un chien de garde, un valet du Système.
Pour tout cela, Christophe Dettinger, petit boxeur blanc de banlieue parisienne, détesté depuis samedi soir par l’oligarchie politique et médiatique, par tous ceux qui ne veulent pas de vagues, et par une certaine masse confortablement assise dans son canapé, est en passe d’être adulé par une autre partie du peuple Français moins légaliste et pas la main sur la couture du pantalon.
En passe presque, à l’heure de la dictature de l’image, de l’émotion, de devenir une sorte héros populaire, y compris après la diffusion de vidéos où on le voit de manière beaucoup moins noble frapper un membre des forces de l’ordre, à terre.
Parce que si lui va rapidement en prison alors que Benalla est libre, cela confirmera que la Justice fonctionne à deux vitesses dans le pays. Parce que si lui est jugé alors que les auteurs de bavures sur les Gilets jaunes et les incendiaires du nouvel an s’en sortent bien, cela confirmera que ce qui se prévaut aujourd’hui du titre « République » et de « Démocratie » n’est qu’une arnaque, une mascarade.
Démocrature serait un nom plus approprié pour qualifier ce système devenu une machine à broyer les peuples.
Christophe Dettinger, même s’il n’est pas un militant politique, même s’il n’a pas fait l’ENA, l’a sans doute déjà bien compris. Alors il fait ce qu’il sait faire le mieux, c’est à dire cogner et cogner fort, de rage et de colère. Et certains, du haut de leur luxueux balcon, s’indignent et font encore mine de ne pas comprendre ce qu’il se passe… jusqu’à la prochaine fois.
« C’est une révolte ? Non Sire, c’est une révolution ».
Julien Dir
Précision : les points de vue exposés n’engagent que l’auteur de ce texte et nullement notre rédaction. Média alternatif, Breizh-info.com est avant tout attaché à la liberté d’expression. Ce qui implique tout naturellement que des opinions diverses, voire opposées, puissent y trouver leur place.
Une réponse à “Gilets jaunes. Christophe Dettinger, un héros populaire ou un voyou ? [Tribune libre]”
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