Les libertés individuelles à l’épreuve de la lutte contre le terrorisme… alors que la menace terroriste plane toujours sur le Vieux Continent, le législateur, français comme communautaire avance doucement mais surement (via tvlibertes.com)

Une batterie de mesure nationale et européennes est ainsi mise en place et fait craindre le pire en matière de liberté et de protection de la vie privée.

Ainsi, le 8 avril 2016, un décret signé Manuel Valls permettait déjà la création d’une base de données regroupant les données biométriques : visage, empreintes digitales, noms, domicile, sexe, couleurs des yeux, taille, avec pour objectif officiel : la simplification des démarches administratives à savoir la délivrance des CI et autres passeports ainsi que la lutte contre leur falsification et contrefaçon… sous couvert de maintien de l’ordre, administratif ici, on fiche allègrement tous les citoyens.

Un fichage administratif auquel s’ajoute un fichage internet… plus récemment c’est un décret du 30 janvier 2019 signé Edouard Philippe qui autorise le fichage des mineurs isolés étrangers avec collecte de leurs données personnelles et croisement avec d’autres fichiers administratifs… une mesure visant à la protection de leur famille… une fois de plus le motif humanitaire est mis en avant… l’argument sécuritaire et la lutte contre l’immigration sauvage sont autant de raisons justifiantes ce fichage des personnes.

A ces dispositions s’ajoute, le 5 février, un accord préliminaire sur l’interopérabilité des systèmes d’information au niveau européen… un accord signé entre la présidence du conseil de l’UE et le PE… une démarche qui revient tout bonnement à la création d’une base de données géante regroupant données d’identification alphanumérique et biométrique à savoir empreintes digitales et images faciales des européens.

Ces informations seront regroupées dans 6 registres et le PE et le Conseil de L’UE devront approuver officiellement cet accord avant qu’il prenne une valeur légale… le coût de la base de données est d’environ un demi-milliard d’euros puis plus de 200 M supplémentaire… les budgets étant déjà adoptés… on imagine mal la machine de surveillance massive faire marche arrière…

Et face à ce fichage généralisé peu de voix s’élèvent si ce n’est à gauche de la gauche avec notamment le député européen Marie-Christine Vergiat, Front de Gauche, pour qui le motif de prévention des attaques terroristes évoqué pour la mise en place de ce projet n’est pas fondé, elle dénonce en outre un mélange de lutte contre la criminalité, de terrorisme, et d’immigration à des fins de fichages.

Et pour cause, les institutions européennes se servent allègrement des attentats comme argument pour faire passer la pilule… à l’image de l’attaque de Berlin pour laquelle il est affirmé qu’un fichage aurait été utile pour arrêter l’auteur qui avait 14 identités dans l’UE… un raisonnement un peu limite quand on sait que les fichés S pour terrorisme sont tout à fait libres de circuler et que la surveillance de chaque individu sensible paraît extrêmement complexe.

A ces outils législatifs s’ajoute, en France, la loi de programmation militaire de 2019, entrée en vigueur en juillet 2018 qui touche notamment à la cybersécurité, autorisant l’agence de cybersécurité du gouvernement d’ordonner à un fournisseur d’accès à internet de poser des sondes sur les réseaux pour analyser le trafic et détecter d’éventuelles attaques… avec un tel outil, la compréhension de l’opinion et la capacité de réaction de l’Etat sort renforcée et peut largement dépasser la simple défense des intérêts nationaux pour profiter à des intérêts purement politiques, idéologiques ou électoraux… le contrôle d’un juge pour la procédure ne devrait pour sa part rassuré personne.

Et pour ce texte, l’association La Quadrature du Net, spécialisée dans la défense des droits et libertés sur internet a saisi le Conseil d’Etat au côté d’autres associations… dénonçant la possibilité pour le gouvernement d’analyser de façon automatisée le contenu des communications.

L’association étaye sa critique par le caractère indéfinie de la surveillance, l’absence de contrôle indépendant et de moyen de défense pour les internautes

Ce panel national comme européen de surveillance généralisée et de fichage de masse sous couvert de sécurité voir même de « lutte contre des discours de haine », les institutions mettent en place, mains dans la main avec les Géants du web, un système de surveillance globale… et quand bien même cette surveillance s’opère d’abord auprès de clandestins, sa généralisation paraît naturelle et pourra toucher n’importe qui avec les excès que cela implique.

Une marche vers l’espionnage de tous qui suscitait l’émoi générale il y a encore quelques années, quand Georges Bush signait en 2001 le Patriot Act outre Atlantique… et qui vaut des critiques à la Chine et ses quelques 170 millions de caméras à reconnaissance faciale… mais aujourd’hui force est de constater qu’en France et en Europe le fichage de tous et l’espionnage permanent est en passe de devenir la norme dans un silence assourdissant.

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