Pour enrayer une démographie galopante, l’Égypte prend des mesures drastiques

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Qui a dit que la démographie galopante, comme on peut le constater notamment en Afrique ou en Asie, était une fatalité ? Pas l’Égypte en tout cas, dont les dirigeants sont décidés à prendre ce problème à bras le corps, pour éviter une situation de chaos, à moyen terme, dans le pays.

Avec plus de 97 millions d’habitants en 2018, l’Égypte est le troisième pays le plus peuplé d’Afrique derrière le Nigeria et l’Éthiopie.

Le taux de fertilité est de 4 enfants par femme, et la population augmente de 2,2 millions de personnes chaque année. Un enfant naît toutes les quinze secondes dans le pays d’origine de Mohamed Salah, l’Égyptien le plus connu des Européens aujourd’hui en raison de sa présence dans l’attaque de Liverpool. Un pays qui pourrait atteindre les 128 millions d’habitants en 2030. Au cours du XIXe siècle, la population du pays a doublé, passant de 4 millions d’habitants en 1800 à 9,7 millions en 1900. Au cours du XXe siècle, celle-ci a été multipliée par plus de 8 avec plus de 80 millions d’habitants en 2010 tandis que la surface habitable, elle, a à peine doublé.

Jenna Le Bras, pour Le Figaro, a écrit récemment à ce sujet un article particulièrement intéressant dans lequel elle explique que désormais, pour le gouvernement égyptien, la solution réside dans la pédagogie, mais surtout dans des sanctions pour ceux qui ne voudraient pas se plier à une nécessaire réduction progressive de la population.

Il faut noter avant d’aller plus loin qu’environ 95 % des habitants du pays vivent sur les rives du Nil ou dans le delta du Nil qui se déploie au nord du Caire, et le long du canal de Suez. Ces régions sont parmi les plus densément peuplées du monde, avec une moyenne de plus de 1 540 habitant par km², contre 96 personnes par km² pour l’ensemble du pays.

Plus de 2 enfants ? Allocations familiales suspendues

Depuis janvier 2019, les allocations familiales en Égypte sont suspendues pour les foyers ayant plus de deux enfants. Impossible de connaître, pour l’instant, les effets d’une telle mesure. Des campagnes d’information expliquant qu’il vaut mieux faire deux enfants et bien les élever que souffrir financièrement avec 5 enfants sont également diffusées dans les transports en commun. À cela, pour parvenir à réduire le nombre de naissances à 2,4 par femme d’ici à 2024, il faut y ajouter une politique plus pédagogique, comme l’explique Jenna le Bras :

« Pour encourager ce changement, le ministère de la Solidarité sociale égyptien vient de lancer la campagne “Itnein Kifaya” (“Deux, c’est assez”). Avec un budget de 75 millions de livres égyptiennes (EGP) – 3,8 millions d’euros -, ce programme étiré sur cinq ans doit cibler 1,3 million de femmes, âgées de moins de 35 ans, mères d’un ou deux enfants et déjà bénéficiaires du programme “Takaful wa Karama” (350 millions d’euros) de la Banque mondiale, visant à améliorer l’inclusion sociale des populations les plus en difficulté, particulièrement en zone rurale. En parallèle, le ministère de la Santé a investi, avec une aide de 10 millions d’EGP (520 000 euros) de l’UNFPA (Fonds des Nations unies pour la population) dans le développement d’antennes de planning familial, notamment en Haute-Égypte dans dix gouvernorats, considérés comme prioritaires, là où le taux de natalité est le plus élevé (6 enfants par femme en moyenne).

Le ministère de la Santé a notamment mis à disposition des praticiens des préservatifs, des implants, des stérilets en cuivre (la méthode de contraception la plus répandue en Égypte), mais aussi des injections et la pilule à des prix bien inférieurs à ceux des pharmacies. »

Le poids de l’Islam ?

L’Égypte est un pays musulman, il ne faut pas l’oublier, ce qui implique des règles strictes (interdiction de l’avortement notamment dans la loi islamique, comme dans les autres religions du livre). Un pays où par ailleurs – pour le coup comme dans la plupart des pays du monde n’en déplaise aux féministes – le fait de ne pas avoir de fils pour assurer sa descendance pose problème. Concernant la religion, celle-ci n’interdit toutefois pas la contraception, c’est pourquoi les autorités cherchent à faire de la pédagogie, accompagnés par des imams, pour rappeler les possibilités contraceptives qui s’offrent aux couples.

Pédagogie difficile quand on connaît le poids qu’ont les salafistes, via les Frères musulmans, dans le pays. « Imposer un nombre limité d’enfants à chaque femme est une atteinte à l’islam », expliquait ainsi en 2012 Sabah al-Sakkari, secrétaire du comité des femmes au sein du parti Liberté et Justice, l’aile politique des Frères musulmans.

La population n’est toutefois pas forcément encore bien éduquée à la nécessité d’utiliser ces outils sur la longue durée. Dans tous les cas, il faudra pour l’Égypte y parvenir, sous peine de devoir faire face à des conséquences dramatiques de l’explosion démographique : pénurie de médecins et d’enseignants, mais aussi pénurie de débouchés professionnels, pour les diplômés comme pour les autres. Et à la clé, une augmentation à venir, si rien n’est fait, des candidats à l’émigration, notamment en Europe.

Le défi de la réduction de la population, en Égypte comme dans toute l’Afrique, concerne bel et bien l’Europe en premier lieu, qui subira de plein fouet les conséquences d’une explosion démographique si elle ne fait rien pour accompagner les dirigeants africains à prendre les mesures à la racine (donc radicales) pour réduire à moyen terme la population.

Crédit photos : DR
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