En ces temps de Samain, comme on disait chez les Gaulois, le ciel nous tombe sur la tête. Il pleut sur Nantes et sur nos amours. ça fait mal. Les écrans fourmillent cependant de curieux personnages qui ont tous l’air de viltansou(s), comme on nomme les trolls et autres farfadets du côté d’Ouessant. Ce serait, paraît-il, des experts avantageux et des syndicalistes maussades. ça se dispute, sans reprendre haleine. Anne Saurat-Dubois, de BFM, a repris une tenue noire et abandonné sa ridicule robe blanche à fleurs… et c’est tant mieux. Je l’aime bien avec sa masse de cheveux blonds qu’elle ne sait où mettre. Tsss!

De ma fenêtre, on ne distingue plus le village d’en face, son église et ses grues. Juste les trains qui mugissent dans la vallée…

Et c’est d’eux dont il est question présentement. Goguenards (y’a pas lieu, laissez cela aux « gilets » amarillos), les cheminots voient déjà la chute du petit roi et sa mise à mort. En dehors de leurs « revendications », ces fiers à bras ne se demandent pas combien ils coûtent au reste de la population – ceux qui paient normalement leurs impôts, d’ailleurs… parce que les autres s’en moquent totalement. Leur régime (« spécial ») de retraite est assuré par près d’un milliard d’euros prélevé sur nos rentrées fiscales. Leur caisse est en déficit.

Ces molosses soutiennent qu’ils y ont droit en récompense des services qu’ils ont rendus à la Nation depuis 1945. Avant, c’est le flou… pour les sauver, à la Libération, les « pouvoirs publics » ont organisé un film de René Clément dont le premier rôle n’a pas été demandé à Jean Gabin. Et pourtant, la Bête humaine, il connaissait. C’est assez farce, tout ça, car les témoins de l’occupation des chemins de fer et de Ouest-État sont morts depuis longtemps.

L’autre soir, sur la Cinq, on a remué des tas d’immondices avec cette émission qui croyait remettre l’Histoire dans ses rails. Il était question de la « guerre » d’Algérie – celle de 1954-1962… pas l’autre, la guerre civile entre le FIS et la bonne société qui dura dix ans, après 1991. Des tas d’immondices approximatives, avec un « contingent » (oeuf corse !) de pleureuses impliquées. Déjà, à la fin du siècle dernier, en 1991, Tavernier et le camarade Stora s’étaient lancés dans la complainte, suivis, en 2002, de l’Ennemi intime, écrit par Patrick Rotman. Pour un témoin direct – votre serviteur dans son rôle, en 1958, de sous-lieutenant du « Cinquième Bureau » – ça ne valait pas la réalité.

Toussaint 1954…

Bref, rappelons aux lecteurs de Breizh-Info que la guerre d’Algérie a très mal commencé et que ça ne s’est pas arrangé par la suite. Ils le savent déjà…

Un jour de Toussaint 1954… sur une route des Aurès. Dans les gorges de Tighanimine. Un vieil autocar s’en allait trottinant. Parmi les passagers se trouvait un couple d’instituteurs, les Monnerot, et un notable local, le caïd Hadj Sadok. Les deux Français, étaient encore des gamins : ils avaient choisi l’Algérie pour enseigner aux enfants dans le bled et visitaient les Aurès pour parler avec les gens. Ils avaient envie de découvrir un pays qu’ils aimaient déjà. Guy Monnerot, 23 ans, et sa femme Janine, avaient lu Albert Camus et Germaine Tillion qui, avant-guerre, avaient vécu dans les parages et décrit leurs découvertes, Albert Camus dans l’Alger Républicain de 1939, et Germaine Tillion, en 1935-1936, chez les Ouled Abderrahmane. Ils s’en étaient imprégnés, croyant profondément que l’homme est bon. Ils avaient commencé à se faire des relations parmi les « Grands-Vieux » chaouïas du djebel… Ils constataient que chez eux, en Auvergne, la France rurale vivait à peu près comme les fermiers des Aurès – du moins ceux qui avaient pu épargner quelques arpents à l’expropriation coloniale. Et ça, la misère, ça datait du général Canrobert et de Napoléon III.

L’irréparable s’annonçait… Le vieux car Citroën était conduit par Djemal Hachemi, frère du propriétaire. Il savait qu’il allait devoir bientôt freiner lorsqu’il apercevrait de grosses pierres jetées sur la chaussée. Il était dans le coup du soulèvement qui, en de nombreux points de l’Algérie alors « française », ce matin du 1er novembre 1954, faisait taches d’huile. Sur cette route, entre Arris et Batna, il allait rencontrer un petit groupe conduit par le chef Chihani Bachir – dont le nom de guerre était « Si Messaoud ».

A la sortie d’un virage, entre les kilomètres 79 et 80 de la Nationale 31, voilà les grosses pierres. Coup de frein brutal qui fiche le bazar dans l’autocar… Si Messaoud grimpe dans le véhicule arrêté, suivi de Mohamed Sbaïhi, armé d’une mitraillette. Le caïd Sadok fait le malin. Il est immédiatement sorti de l’autocar, suivi du couple des Monnerot. Tous les trois sont maintenant sur le bord de la route. Hadj Sadok ne s’est pas laissé démonter par le coup de frein. Il glisse la main dans les plis de sa gandoura et sort un 6,35 qui a fait son temps. Si Messaoud n’est pas impressionné… Mohamed Sbaïhi l’a devancé. Il tire une rafale et blesse le caïd Sadok au ventre. La rafale a aussi atteint Guy Monnerot et sa femme. Si Messaoud ordonne à ses hommes de charger le corps du caïd dans le car et au chauffeur de repartir vers Arris. Il laisse sur le talus de la route, Guy Monnerot agonisant et Janine, sa femme, qui a pris une balle dans la hanche gauche. Janine survivra…

C’est ainsi que l’Algérie a bien mal commencé sa « guerre de libération » à la Toussaint 1954. La rafale de Mohamed Sbaïhi a aussi marqué la fin d’une culture orientaliste (de l’islam) vieille de plusieurs siècles. Méditons…

MORASSE

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