Jean Sévillia présente son Histoire passionnée de la France [Interview]

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Faut-il encore vous présenter Jean Sévillia, écrivain et journaliste français, auteur de nombreux ouvrages historiques (Vérités cachées de la guerre d’Algérie, Historiquement correct, Le Terrorisme intellectuel...)  et qui vient de récidiver, avec réédition augmentée de son Histoire passionnée de la France (Perrin) qui devrait plaire, notamment pour ceux qui le recevront sous le sapin de Noël cette année ?

Dans cet ouvrage, Jean Sévillia conjugue la profondeur de l’historien et l’esprit de synthèse du journaliste pour nous raconter la grande histoire de la France, des origines à aujourd’hui. À l’heure où certains semblent avoir honte du passé de la France, il fait le choix d’insister sur ce qui honore et unit ce pays, même dans les pages difficiles de notre histoire, afin de souligner le caractère exceptionnel de ce pays, si riche en événements et en figures de proue, de Clovis à Charles de Gaulle, en passant par Charlemagne, Saint Louis, Henri IV, Richelieu, Louis XIV et Napoléon.

Oscillant de crises en révolutions, la France a toujours su surmonter ses divisions pour se réinventer et inspirer le monde, que ce soit par ses idées et ses sources – les racines chrétiennes, l’humanisme de la Renaissance, les Lumières, les intellectuels du XXe siècle – ou ses modèles politiques successifs : la monarchie forte, l’Empire, les républiques parlementaire puis présidentielle.

Le livre est richement illustré. Pour l’évoquer, nous avons interrogé Jean Sévillia.

Breizh-info.com : Quel objectif vous étiez-vous donné en écrivant cette Histoire passionnée de la France ? Qu’avez-vous souhaité apporter de neuf, comme regard, sur l’histoire de France ?

Jean Sévillia : Je crois en la valeur pédagogique du genre « histoire de France », au sens d’un récit synthétique mettant en valeur les grands moments du pays, ses évolutions, ses points de rupture et au contraire ses permanences. J’y crois d’autant plus que tout un courant historiographique se manifeste aujourd’hui en racontant une histoire de France dite connectée qui, au prétexte de mettre en valeur les influences extérieures subies ou exercées par la France, ses relations avec les autres nations, aboutit à déconstruire l’histoire de France en tenant le cadre national pour quantité négligeable, en bref à écrire une histoire de France… sans la France. Je ne prétends nullement faire du neuf : je veux raconter et expliquer, c’est tout. J’ajoute que l’Histoire de France de Jacques Bainville, livre que j’admire, s’achève en 1920 : il manque un siècle… Je ne prétends pas me comparer à Bainville, mais une Histoire de France poursuivie jusqu’à nos jours me paraît un outil utile.

Breizh-info.com : Qui dit histoire passionnée, dit peut-être manque d’objectivité… ou pas ?

Jean Sévillia : Je comprends l’objection, mais tout en assumant pleinement ce titre, conçu avec mon éditeur, je souligne qu’il ne faut pas le comprendre de travers. La passion que j’éprouve est pour la France. Elle ne m’empêche pas de faire de l’histoire raisonnée. Autant je récuse la légende noire de l’histoire de France, autant je crois faux et absurde de concevoir le passé de notre pays comme une longue légende dorée. Notre histoire a ses pages sombres, qu’il faut expliquer.

Breizh-info.com : Si vous deviez ne retenir que trois personnages clés de l’histoire de France, qui seraient-ils ?

Jean Sévillia : Trois, c’est un choix vraiment difficile. Disons Jeanne d’Arc, pour des raisons sur lesquelles il n’y a pas à s’étendre tant elles sont évidentes. Louis XIV, parce qu’il a porté au plus haut le classicisme français à son apogée. Et enfin Napoléon, que je n’aime pas, et même pas du tout, mais qui est un immense personnage historique. L’aventure impériale bonapartiste a été désastreuse à bien des égards, mais une grande part de la France moderne en est issue.

Breizh-info.com : 170 pages précèdent la Révolution française, 300 pages la suivent. Qu’est-ce qui explique cette différence de traitement entre l’histoire de France d’avant la Révolution française et celle d’après la Révolution française ?

Jean Sévillia : Encore un choix que j’assume. Écrire une histoire de France se fait dans un certain format fixé par l’éditeur. Si j’avais appliqué une stricte proportionnalité entre les siècles passés et le nombre de pages, il aurait fallu expédier en un seul chapitre tout le XIXe siècle et en un seul autre tout le XXe siècle, soit, dans ce dernier cas, des périodes aussi considérables que la Première Guerre mondiale, l’entre-deux-guerres, la Seconde Guerre mondiale, la décolonisation, les Trente Glorieuses, et la France d’aujourd’hui jusqu’au quinquennat Macron… Il me semble que mes lecteurs attendent plus de réponses sur la Révolution française, Napoléon III, la fracture Pétain-de Gaulle ou la guerre d’Algérie, pour ne citer que ces exemples, que sur le règne de Charles VI ou de François Ier, parce que les grandes querelles historico-idéologiques, de nos jours, touchent à l’histoire moderne et contemporaine.

Breizh-info.com : Vous évoquez très peu finalement la difficile et lente construction géographique de la France, en opposition notamment aux résistances régionales qui ont peu de place dans votre histoire de France. Un choix délibéré ?

Jean Sévillia : Oui, un choix lié, encore une fois, au caractère synthétique d’une histoire de France. Je n’ignore nullement la question des périphéries du pays et de leurs identités particulières, parfaitement légitimes, mais le parti-pris de mon livre est de raconter l’histoire de la France vue depuis son centre, c’est-à-dire de la puissance étatique transmise de la monarchie à la République en passant par l’Empire. Cela ne m’empêche pas de rendre hommage à Bertrand du Guesclin, « héros breton au service du roi de France ».

Breizh-info.com : Comment selon vous réconcilier les Français avec leur histoire nationale, qui est de moins en moins enseignée à l’école ? Comment éviter que demain, la majeure partie de la jeunesse ne sache plus vraiment d’où elle vient ? Comment enseigner l’histoire à nos enfants ?

Jean Sévillia : Vous venez de le rappeler, encore faudrait-il que l’école enseigne l’histoire de France, ce qui supposerait que nos « élites » politiques, intellectuelles et culturelles ne méprisent pas celle-ci en la caricaturant sous l’expression de « roman national ». Un roman, c’est de la fiction. Or notre histoire n’est pas fictive parce que la communauté nationale n’est pas une fiction historique – même si elle est en grand danger en ce moment. Pour que les jeunes, pour que les enfants apprennent notre histoire, il suffit de la leur raconter comme une grande aventure, avec ses hauts et ses bas, ses héros et ses saints, et parfois ses lâches et ses traîtres. De nombreuses fois la France s’est trouvée à deux pas de la tombe. Qu’était le pays au sortir de la guerre de Cent Ans ? Des guerres de Religion ? De la Terreur ? De la défaite de 1871 ? Du désastre de 1940 ? Dix fois on a cru que la France allait mourir et à chaque fois des forces se sont levées et ont relevé le pays. Cela s’est vu, cela se reverra.

Jean Sévillia, Histoire passionnée de la France, nouvelle édition revue et mise à jour, Perrin, 478 pages, 32 €.

Crédit photos : DR
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