Depuis début janvier, plusieurs médias mainstream soucieux de vendre du papier ont publié divers articles faisant état d’une soi-disant « fermeture des fonds historiques 39-45 » aux historiens et chercheurs. Ce qui s’avère en réalité faux.

Il s’agit des fonds du service historique de la défense, à Vincennes (SHD), fonds ouverts au grand public depuis 2015. Ils seraient subitement devenus « fermés », bloquant les travaux de recherche en cours. Ces informations ont été reprises par l’extrême-gauche nantaise, qui affirme que les informations relatives à Vichy et aux guerres coloniales seraient devenues inaccessibles, du fait du « secret-défense », surfant allégrement sur un complotisme aux accents du « on nous cache tout, on ne nous dit rien ».

En réalité, la ficelle de l’extrême-gauche et de la presse mainstream est un peu grosse. Depuis début janvier, il s’agit seulement d’imposer une réservation préalable avec un délai de 10 jours pour certaines séries de documents, afin de s’assurer qu’il n’y a pas d’éléments ou de mentions d’éléments encore classifiés secret défense. Le cas échéant, les documents classifiés seront retirés de la communication, ou au besoin déclassifiés.

Le secret défense n’est pas une spécificité française – même si pour l’extrême-gauche il est doublement suspect, « car imposé par un état réputé hostile et sur des événements historiques ou politiques dont ils ont une lecture souvent extrêmement partisane et militante », résume un étudiant en histoire nantais, « lassé par cette polémique qui n’a pas lieu d’être, propulsée par des gens dont les grands-parents faisaient du marché noir alors qu’eux, en braves militants anar-bourges, veulent fusiller tous les collaborateurs et militaires opposés au FLN, et si possible leurs descendants ». Nombre de fonds restent d’ailleurs librement communicables, sur Vichy notamment.

L’historien et auteur de romans historiques Arnaud Delalande a retweeté une réaction à ce sujet : « 1500 RT [retweets] pour une intox visant le SHD. Les fonds ne sont pas fermés mais certains ne sont plus consultables après réservation préalable. Ce qui en soi n’est pas plus surprenant que ça quand on bosse avec des fonds historiques. Mais ça fait moins le buzz ».

Reste à se demander pourquoi la presse mainstream a embrayé sur la polémique lancée par l’extrême-gauche et certains militants. Volonté de vendre du papier ? Ou tout simplement parce que les mesures prises par le SHD gêneraient quelques travaux dont la vocation serait largement plus militante que historique ?

Louis Moulin

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