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30 000 morts en France à la fin du premier épisode épidémique (fin mai), c’est plus qu’une grippe saisonnière tuant 10 000 à 15 000 personnes. Ce n’est pas non plus une grande peste : si le coronavirus infectait la moitié des Français, avec un taux de létalité de 0,5%, il tuerait 150 000 personnes : une surmortalité annuelle de 25 %, socialement difficilement acceptable, mais sans commune mesure avec les épidémies des temps anciens anéantissant la moitié d’une population.
Le respect des procédures, maladie sénile des bureaucrates
Pourtant le coronavirus a été un formidable révélateur du manque de courage de nos élites politiques et administratives. Incapables de décider à temps. Incapables de prendre leurs responsabilités. Soumis à ses dogmes et emberlificoté dans les règles de Schengen, le gouvernement a refusé de fermer les frontières. Quant aux Français qui manquent de masques et de tests, qu’ils soient rassurés : les normes AFNOR, les procédures ISO, les exigences « qualité », et le code des marchés publics ont été respectés ! « L’action, jeu divin du héros », disait le général de Gaulle. « Le respect des procédures, maladie sénile des bureaucrates ! », pourrait-on dire de la Ve République finissante.
Le grand Soljenitsyne
C’est le grand Soljenitsyne, dans son discours de Harvard en 1978, qui explique le mieux notre situation :
« Le déclin du courage est ce qui frappe le plus un regard étranger dans l’Occident d’aujourd’hui. Le courage civique a déserté non seulement le monde occidental dans son sens noble, mais même chacun des pays qui le composent, chacun de ses gouvernements, chacun de ses partis […] Une société qui s’est installée sur le terrain de la loi sans vouloir aller plus haut n’utilise que faiblement les facultés les plus élevées de l’homme. Lorsque toute la vie est pénétrée de rapports juridiques, il se crée une atmosphère de médiocrité morale qui asphyxie les meilleurs élans de l‘homme. Et face aux épreuves du siècle qui menacent, jamais les béquilles juridiques ne suffiront à maintenir les gens debout. »
Un gouvernement apeuré qui gouverne par la… peur
C’est la peur qui a inspiré nos dirigeants. Peur de s’éloigner de la doxa idéologique. Peur de s’écarter du conformisme managérial. Peur d’avoir à faire face à telle ou telle procédure judiciaire. Tout cela a conduit à ouvrir toujours plus de parapluies, toujours plus grands.
C’est la peur qui dicte les actes de nos dirigeants. La peur qu’ils ressentent au fond d’eux-mêmes au moment de prendre une décision. Pire, la peur qu’ils inspirent à la population pour la gouverner par la sidération médiatique : énumération de statistiques mortuaires isolées de leur contexte, images et musiques angoissantes, annonces catastrophistes, extrapolations hasardeuses, répétition en boucle des mêmes événements et des mêmes informations.
C’est la peur qui a conduit le gouvernement à imposer aux Français des mesures disproportionnées par rapport aux seules nécessités de la distanciation physique : pénalisation des petits commerces, fermeture des librairies et des bibliothèques, clôture des fleuristes, interruption des activités sportives, interdiction d’accès aux parcs, aux plages, aux forêts, aux sentiers de montagne, prohibition de la messe. Une dictature sanitaire a été mise en place, disproportionnée par rapport aux exigences de la lutte contre le virus. Une dictature sanitaire qui se poursuit et qui se pérennise à l’occasion du déconfinement.
Antigone contre Créon
Pire, l’État est allé jusqu’à interdire de rendre d’ultimes visites aux mourants et la tenue de funérailles décentes. Il s’est hélas trouvé peu d’Antigone pour défier la loi inique de Créon.
Pourtant la mort fait partie de la vie. Et la vie en soi n’est pas un but. Le but c’est une vie digne. Le temps de la dissidence est venu.
Jean-Yves Le Gallou
Source : Institut Iliade
[Texte complet du discours de Harvard ici.]
Crédit photo : DR – V