Chronique cinéma. Le Défi du champion

A LA UNE

Un film de Leonardo D’Agostini, avec Andrea Carpenzano, Stefano Accorsi et Massimo Popolizio.

Le secret d’une comédie réussie réside dans l’écriture de caractères bien trempés, les carambolages inévitables résultant de leurs antagonismes, puis les métamorphoses nées de ce compagnonnage. Il est en effet difficile d’imaginer plus inconciliables que le jeune Christian,  footballeur star de l’AS Roma, dont le prodige n’a d’égale que l’arrogance, couvert de gloire scandaleuse et de conquêtes féminines, et l’austère Valerio, un professeur chargé de lui faire obtenir le bac, une sanction décidée par le président du club, ulcéré par le hooliganisme de sa vedette. De fait, ce ne sont pas seulement deux milieux sociaux qui séparent les protagonistes mais deux manières d’envisager l’existence : au luxe ostentatoire et inculte du tapageur Christian répond l’appartement du petit prof, saturé de livres ; à l’effervescence qui enferme l’attaquant dans une bulle d’hystérie succède le spleen monacal de l’intellectuel, accoutumé aux soirées solitaires.

Pourtant, après des débuts décourageants, le mur d’incompréhension entre les deux hommes vient progressivement s’effriter, à l’occasion d’une révélation pédagogique qui réoriente la relation, révèle l’intelligence de la tête brûlée et lui permet d’échapper à sa caricature. Le docte et le sportif se découvrent alors une solitude similaire, liée pour chacun à un épisode traumatique. Comme on pourrait s’y attendre, le programme éducatif emprunte une voie inattendue, annonçant une réforme existentielle, passant par le rejet du factice pour la recherche de l’authenticité dans les rapports familiaux – et surtout amoureux.

Si Le Défi du champion enchante, dans ses chassés-croisés entre rire et émotion, ses coqs-à-l’âne entre lyrisme et comédie, la raison essentielle en est la qualité d’écriture des rôles, que servent avec une belle intelligence de jeu les deux comédiens principaux. Leonardo D’Agostini ne satirise pas les mœurs du foot ni n’exalte les hautes sphères de la pensée mais prélève sur des archétypes un peu convenus une pâte humaine dont il pétrit ses personnages. Le Défi du champion (un titre ridicule, pour Il campione, dans la langue de Dante) n’est pas seulement le récit d’une initiation ; il montre avant tout comment prendre congé de la société du spectacle.

Sévérac

Crédit photo : DR
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