Chambre de commerce Bretagne Ouest (CCIMBO) : la chambre des comptes révèle les difficultés de la technocratie économique

A LA UNE

Nantes. Le MIN, un marché magnifique, mais couteux et plein de malfaçons ?

Nouveau ventre de Nantes achevé dans la précipitation avant les municipales pour accueillir ses 100 entreprises et 800 salariés,...

Michel Maffesoli : « Le transhumanisme est l’aboutissement de la paranoïa moderne » [Interview]

Au dernier colloque de l’Institut Iliade, en date du 19 septembre 2020, dont le thème était « La nature comme...

Enquête : ces Tchétchènes déjà arrêtés pour terrorisme

Après la décapitation du professeur d’histoire de Conflans, Samuel Paty, par un jeune Tchétchène radicalisé d’Evreux, Abdullakh Anzorov, le...

État d’urgence sanitaire. Que dit le projet de loi présenté en conseil des ministres ce matin ?

Après avoir laissé planer un couvre-feu à 19h dans les grandes villes, ou généralisé à tout le territoire, dans...

Document : le texte de la décision qui a accordé le droit d’asile à la famille du terroriste islamiste

D’abord déboutée de l’asile à cause d’un « récit stéréotypé » par l’Office français pour la protection des réfugiés...

Plus de deux ans après le début de son contrôle, la chambre régionale des comptes de Bretagne vient de publier son rapport d’observations définitives (ROD) sur la Chambre de commerce et d’industrie métropolitaine Bretagne Ouest (CCIMBO). La cible était de taille, il est vrai. La CCIMBO regroupe les anciennes CCI de Brest, Quimper et Morlaix. Filiales incluses, elle compte 900 salariés et gère une demi-douzaine de ports de pêche, de plaisance et de commerce, trois aéroports, des installations de réparation navale, des centres de formation professionnelle, etc.

Le ROD révèle qu’entre Cornouaille et Léon, tout ne baigne pas dans l’huile. La distinction entre les deux pays colle aux semelles de la CCIMBO. Le regroupement des trois CCI, début 2016, a été quasiment imposé par le pouvoir central et régional. Le choix de Brest comme siège commun a été mal vécu par Quimper et Morlaix. Les tiraillements internes se sont traduits par l’adoption d’un règlement intérieur boiteux. En grande partie rejeté par le préfet de région, il n’est pas encore finalisé à ce jour. (Circonstance atténuante : annoncée en décembre 2019, la « norme d’intervention » nationale qui aurait dû servir de modèle n’est toujours pas disponible.)

Anti-localisme destructeur

Le texte adopté résulte « des efforts des élus de trois CCI pour synthétiser une volonté politique assez forte pour revenir sur deux siècles d’histoire consulaire dans trois circonscriptions aussi singulières », écrit Frank Bellion, président de la CCIMBO, en réponse à la Chambre. Ne témoigne-t-il pas surtout de l’inanité de ces efforts à une époque où l’on redécouvre les intérêts du localisme ?

Au règlement intérieur, il a fallu ajouter une « charte » destinée à préserver les intérêts de Quimper et Morlaix. Ce qui fait tiquer la chambre régionale des comptes. « La charte accorde aux nouvelles délégations de Brest, Quimper et Morlaix un rôle exorbitant qui n’est pas conforme aux règles applicables », gronde-t-elle. Évidemment, à quoi bon centraliser par la porte si c’est pour relocaliser par la fenêtre ?

L’organigramme de la CCIMBO a été presque aussi difficile à accoucher que son règlement intérieur. Et les entreprises, qui sont le public et la raison d’être d’une CCI, sont en train de se désintéresser de la question. « Force est de constater une baisse continue de la fréquentation sur la période, qui peut traduire un moindre intérêt des élus », note la Chambre : sur les 85 membres de l’assemblée générale de la CCIMBO élus en 2016, il ne restait que 41 participants à l’assemblée du 27 novembre 2018.

Situation financière satisfaisante malgré tout

Les tiraillements entre Léon et Cornouaille ont des conséquences pratiques. La Chambre détaille le cas de l’élévateur à bateaux de Brest. Cette installation réclamée par les industriels brestois de la réparation navale fera concurrence à celle existant à Concarneau. La région Bretagne a fini par rendre un jugement de Salomon : d’accord, Brest aura son élévateur, mais il sera tout petit, 250 tonnes seulement, au lieu des 450 tonnes demandées par les industriels. « Pour autant le choix de la région n’est pas si tranché qu’il y paraît », note la Chambre avec un peu d’ironie semble-t-il. En effet, les travaux d’infrastructure (d’un coût de 8 millions d’euros) sont dimensionnés pour un élévateur de… 650 tonnes.

Fort heureusement, la situation financière de la CCIMBO est « satisfaisante ». C’est d’autant plus méritoire que ses recettes fiscales, qui lui sont versées par l’État, ont nettement baissé. Entre 2013 et 2018, elles ont chuté de 52,5 %, contre une moyenne de 43,4 % pour la France entière. S’ajoute à cela un prélèvement total de 18,3 millions d’euros réclamé par l’État dans la loi de finances pour 2015 pour « participer à l’effort de redressement des finances publiques » !

Des critiques envers l’État, l’Europe et la région

La chambre régionale des comptes se penche longuement sur les résultats du port de Brest. Son organisation est très complexe en raison du grand nombre d’acteurs impliqués, souligne-t-elle. Une nouvelle organisation s’impose. Elle dépend avant tout de la région Bretagne, propriétaire des ports bretons. Hélas, note pudiquement la Chambre, « si la volonté de la région d’unifier et de s’impliquer plus directement dans la gouvernance est manifeste, les contours du futur modèle ne sont en revanche pas encore totalement définis ».

La Chambre étudie aussi attentivement le fonctionnement du port de Roscoff, propriété de la région Bretagne, dont la CCIMBO est concessionnaire. Sa gestion est originale à plus d’un titre, en particulier parce que l’activité de passagers et de fret du port de commerce dépend d’un unique armateur, Brittany Ferries.

Brexit oblige, Roscoff cherche à accroître le trafic vers l’Irlande. Mais cela l’oblige à investir. Or il ne pourrait pas obtenir d’aides européennes car l’Union européenne privilégie les ports du Benelux, du Pas-de-Calais et du Havre. Ce que souligne Frank Bellion, président de la CCIMBO, dans sa réponse à la Chambre, sur un registre assez « bonnet rouge » : « Avec nos partenaires publics, nous avons le sentiment d’être seuls à soutenir les activités portuaires et l’économie maritime quand l’État nous a laissé longtemps isolés devant l’Union européenne et sa volonté d’écarter la Bretagne des routes maritimes qui lui sont essentielles ».

Un demi-million pour un projet foireux

La Chambre n’a pu étudier en détail toutes les activités de la CCIMBO. On aurait pourtant aimé en savoir plus sur les relations de celle-ci avec la fondation Zero Emissions Research and Initiatives (Zeri) et le projet « Blue Economy en Cornouaille », initié par un écolo-gourou belge.

Médiacités vientde  publier une enquête fouillée d’Erwan Seznec sur le personnage et ses activités dans les Pays de la Loire. Le site d’investigation a interrogé la CCIMBO. Elle préfère se taire « par embarras » sur le projet finistérien abandonné en 2018, auquel elle aurait versé 500 000 euros. Dommage que la chambre régionale des comptes n’ait pas éclairé cette question.

Illustrations : photos BI, droits réservés
[cc] Breizh-info.com, 2020, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine – V

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Les derniers articles

Le vent tourne en Amérique latine : Les élections boliviennes et le plébiscite chilien

Deux événements, l’un en cours, les élections en Bolivie, l’autre imminent, le plébiscite chilien, nous permettent de penser que...

États-Unis. Les Blancs minoritaires en 2026 : défaite assurée pour les républicains à moyen terme ?

L'avenir politique des États-Unis est étroitement liée à la question démographique. Certaines prévisions indiquent que les Blancs seront minoritaires...

Rennes. Trois clandestins en instance d’expulsion dégradent, incendient et outragent au CRA

Trois clandestins en instance d’expulsion, âgés de 18 à 29 ans et détenus actuellement au centre de rétention administrative (CRA) de Rennes – Saint-Jacques...

Les bras d’Odin, Mon poing sur les i « être de droite et le revendiquer » : à la découverte de Philippe Olagnier

Philippe Olagnier est déjà l'auteur de plusieurs livres à la thématique différente, sur le marketing : Brèves de managements, sur la politique : Lettres à Marianne, ainsi qu'un roman : Quand tous...

Armes à feu. Peut-on se cacher derrière une voiture dans une fusillade ?

Dans les films américains – et français – les voitures sont souvent présentées comme des abris fiables, en cas de fusillade. La firme russe...

Interdiction à venir de l’école à la maison. Elle écrit à Emmanuel Macron

L'interdiction annoncée de l'école à la maison par Emmanuel Macron sous le faux prétexte de lutter contre le séparatisme islamiste (alors qu'aucun des terroristes...

LA QUOTIDIENNE

Recevez chaque matin dans votre boîte mail la Quotidienne de BREIZH-INFO

- Pour soutenir BREIZH-INFO et l'info sans filtre -

Autres articles

- Pour nous soutenir -