Laïcité, Paty, Charlie, symboles religieux : Un sondage montre la fracture croissante entre musulmans et non musulmans dans les lycées en France

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La LICRA, ligue de vertu qui ne cesse d’attaquer devant les tribunaux des polémistes, écrivains, politiques qui ont le malheur d’exprimer des pensées dissidentes, a commandé à l’IFOP une enquête pour sonder la place que les lycéens accordent aujourd’hui à la religion, le sens qu’ils donnent à la laïcité dans l’enceinte scolaire, mais aussi leur point de vue sur le droit de « blasphémer » à la manière d’un journal satirique comme Charlie Hebdo.

Pour cela, l’IFOP a mis en place un dispositif d’étude d’envergure permettant de mesurer la spécificité de la population lycéenne sur ces sujets — à travers des indicateurs offrant des comparaisons avec le point de vue de l’ensemble des Français majeurs — mais aussi d’analyser certaines variables pouvant influencer leur rapport à la laïcité comme leur affiliation religieuse, leur degré de religiosité ou leur évolution dans certains contextes scolaires (ex : éducation prioritaire, enseignement professionnel).

Les résultats sont révélateurs, à la fois d’une transformation religieuse et ethnique progressive au sein même de notre société, mais aussi d’un changement dans les mentalités (induit par cette transformation ?) notamment sur la question du droit au blasphème, de la laïcité, de la liberté d’expression. Enfin, ils témoignent également d’une importante fracture religieuse, selon que l’on soit catholique, musulman, ou sans religion.

On vous propose ci-dessous un débunkage face à des titres de presse qui ont fleuri aujourd’hui sur « les lycéens » qui seraient hostiles à la laïcité à la française, entre autres. Il n’y a pas « les lycéens », mais « des lycéens musulmans » et « des lycéens catholiques et/ou non musulmans », comme le montre le sondage (à télécharger ici dans son intégralité).

1 — Des jeunes musulmans largement favorables au port du voile dans les lycées, pas les catholiques

L’IFOP, qui commente le sondage, indique : « Pour la première fois une enquête montre que les lycéens sont majoritairement favorables au port de tenues religieuses dans les lycées publics : le port de signes religieux ostensibles (voile, kippa…) par les élèves dans les lycées publics est désormais soutenu par plus d’un lycéen sur deux (52 %), soit une proportion deux fois plus grande que dans la population adulte (25 %) »

Pourtant, si l’on regarde le sondage de plus près, ce chiffre est faussé. Car si 88 % des lycéens musulmans interrogés (14 % des interrogés) répondent qu’ils sont favorables au port du voile et des symboles religieux au lycée, on tombe à 40 % pour ceux qui n’ont pas de religion et 49 % chez les catholiques.

Pour le port des signes religieux ostentatoires dans le service public, là encore, la fracture musulmans / non musulmans est majeure : 85 % des musulmans sondés sont favorables au port de ces signes religieux, contre 39 % des sondés sans religion et 45 % des catholiques.

2 — La place de la religion en France : la fracture entre lycéens musulmans et non musulmans

À la question seriez-vous favorable ou opposé à l’instauration de nouveaux jours fériés pour les adeptes des religions minoritaires (Kippour, Aïd-el-Kebir, fêtes bouddhistes…), 86 % des jeunes musulmans y sont favorables, contre 36 % des catholiques et 34 % de ceux qui se définissent sans religion.

Ils sont 76 % de jeunes musulmans à souhaiter qu’une loi autorise les élèves des collèges et lycées publics à porter dans une piscine publique un maillot de bain couvrant la totalité de leur corps, une partie de leurs membres et de leur tête (burkini). 31 % des sans religion et 30 % des catholiques.

Idem pour qu’une loi autorise des horaires réservés aux femmes dans les piscines municipales. 80 % des lycéens musulmans y sont favorables, 30 % des catholiques et 26 % des sans religion.

La fracture religieuse semble totale, les deux seules questions sur laquelle se rejoignent les trois catégories visées étant sur le « développement de cours sur les valeurs de la République et la laïcité donnant lieu à une épreuve obligatoire au brevet des collèges » une lubie républicaine aux relents religieux, et l’obligation pour « les institutions et organisations religieuses présentes en France à reconnaitre le droit d’un croyant d’abandonner ou de changer de religion »

Pour ce qui est de la vision de la laïcité, 37 % des jeunes musulmans interrogés pensent qu’il s’agit  de mettre toutes les religions sur un pied d’égalité (27 % des catholiques et 19 % pour l’ensemble des français), 5 % des lycéens musulmans interrogés pensent qu’il s’agit de faire reculer l’influence de la religion dans notre société, contre 14 % des catholiques et 26 % pour l’ensemble des Français.

À la question de savoir si, à leurs yeux, les différentes lois qui encadrent la place des religions et l’application de la laïcité en France sont-elles discriminatoires envers les musulmans, 81 % des lycéens musulmans répondent favorablement contre seulement 27 % des lycéens catholiques et 28 % de ceux qui se disent sans religion.

Au total, 89 % des lycéens musulmans jugent les lois discriminatoires envers au moins une religion, contre 36 % des catholiques et 31 % des sans religion.

3 — La question du droit aux caricatures religieuses et à la liberté d’expression

Nouvelle partie, nouvelle question posée : « En France, la loi de juillet 1881 sur la liberté de la presse autorise l’expression de critiques, y compris outrageantes, à l’encontre d’une croyance, d’un symbole ou d’un dogme religieux. Personnellement, êtes-vous favorable à ce droit de critiquer, même de manière outrageante, une croyance, un symbole ou un dogme religieux ? »

La réponse globale laisse à penser que 52 % des lycéens ne seraient pas favorables au blasphème. Quand on regarde de plus près, on s’aperçoit que là encore, il y a un biais, et une fracture entre musulmans et non-musulmans. Car si 78 % des musulmans sondés sont contre le blasphème, seuls 42 % des catholiques pratiquants le sont, et 47 % sans appartenance religieuse.

Une majorité des lycéens catholiques et sans religion sont donc pour le droit de critiquer même de manière outrageante, une croyance, un symbole ou un dogme religieux. Ce qui n’est pas le cas d’une majorité de lycéens musulmans. La fracture se retrouve également entre les lycéens des quartiers dits prioritaires (64 % opposés à la critique) et les lycéens des quartiers hors REP (44 % opposés seulement).

Autre question importante posée : « Ces quinze dernières années, la publication de caricatures du prophète Mahomet dans des journaux a suscité de l’indignation chez certains musulmans. Selon vous, les journaux ont-ils eu raison ou tort de publier les caricatures du prophète Mahomet ? »

À cette question, 58 % des catholiques et 57 % des non-croyants répondent qu’ils ont eu raison de publier les caricatures. 15 % seulement des musulmans interrogés répondent favorablement, ce qui témoigne là encore d’une fracture colossale. 61 % des musulmans répondent qu’ils ont eu tort de publier ces caricatures (22 % des catholiques et 18 % des sans religion).

10 % des lycéens n’expriment pas de condamnation ou sont indifférents à l’égard des auteurs des attentats contre Charlie Hebdo, parmi lesquels 7 % de catholiques et 13 % de musulmans. 17 % de jeunes des quartiers prioritaires n’expriment aucune condamnation, contre 6 % hors REP.

Autre fracture rapportée suite à la question, « Selon vous, l’enseignant d’histoire-géographie Samuel Paty a-t-il eu raison ou tort de montrer à ses élèves des dessins se moquant du prophète Mahomet afin d’illustrer les formes de liberté d’expression existant en France ? » : 69 % des catholiques et des sans religion pensent qu’il a eu raison…contre 26 % des musulmans (48 % d’entre eux pensent qu’il a eu tort, contre 11 % des catholiques).

Ce sondage, qui n’est pas du tout analysé de la même façon au sein de la presse mainstream — toujours les yeux grands fermés — témoigne, pour l’avenir, d’une société dont les fractures risquent d’être de plus en plus importantes. Et face auxquelles la religion républicaine risque d’être impuissante, puisque refusant de mettre des mots sur les maux.

Crédit photo : DR
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