La guerre en Ukraine peut-elle devenir mondiale ? (L’Agora)

En apparence, le conflit ukrainien oppose la Russie à l’Ukraine pour des questions de frontières et de proximité. En réalité, l’Ukraine  est le terrain d’affrontement de deux mondes, ou plutôt de deux conceptions différentes du monde dans lequel nous vivons tous.

Ce partage existait depuis longtemps, très exactement depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Celle-ci s’est achevée sur une division entre le monde « libre » et le monde « communiste », qui n’était qu’une transition vers un monde global imaginé par une petite élite anglo-américaine dès la fin du XIXème siècle. Le livre de Caroll Quigley « l’histoire secrète de l’oligarchie anglo-américaine » décrit les différentes étapes de ce processus qui aurait dû s’achever en 1991 avec la disparition de l’URSS.

David Rockefeller a cru trop tôt à la victoire

Dans ses mémoires, celui-ci écrit :

« Nous sommes reconnaissants au Washington Post, au New York Times, Time Magazine et d’autres grandes publications dont les directeurs ont assisté à nos réunions et respecté leurs promesses de discrétion depuis presque 40 ans. Il nous aurait été impossible de développer nos plans pour le monde si nous avions été assujettis à l’exposition publique durant toutes ces années. Mais le monde est maintenant plus sophistiqué et préparé à entrer dans un gouvernement mondial. La souveraineté supranationale d’une élite intellectuelle et de banquiers mondiaux est assurément préférable à l’auto-détermination nationale pratiquée dans les siècles passés. »

Et il persiste et signe le passage suivant :

« Certains croient même que nous faisons partie d’un complot secret qui travaille contre les intérêts supérieurs des États-Unis, conspirant avec d’autres dans le monde pour construire une structure politique mondiale ; un monde unique, si vous voulez. Si c’est l’accusation, je plaide coupable, et j’en suis fier. »

Ces paroles, pourtant publiques, ne semblent guère avoir été relayées par les médias.

Que c’est-il passé depuis 1991 ?

Un évènement qui s’est produit en 1988 et qui est passé relativement inaperçu en Europe a pourtant été le départ d’une réflexion qui allait conduire, au fil du temps, à l’apparition d’un nouvel « ordre mondial ». La crise financière qui ébranla le Japon, due à l’éclatement de la bulle immobilière de Tokyo, montra clairement que le « système dollar » pouvait créer de grands désordres dans des pays qui avaient pourtant suivi les règles imposées par les banquiers mondialistes et qu’aucun pays ne pouvait se protéger de ces attaques. Dans les années 1970, certains pays asiatiques avaient déjà été victimes des agissements de ce système qui avait fait du dollar une « arme de destruction massive » et avaient appris à leur dépens ce que pouvait leur coûter la moindre velléité d’indépendance.
Côté Russie, la situation économique de la nouvelle fédération issue de l’éclatement de l’URSS n’était pas brillante mais ses ressources énergétiques étaient immenses et il fallait la « contenir », conformément à la théorie de Mackinder. Malgré la promesse faite par Baker en 1991 au moment de la réunification allemande de ne pas faire avancer l’OTAN « d’un pouce vers l’Est » et la réitération faite à GW Bush en 2001 par Poutine que la ligne rouge à ne pas franchir était d’étendre l’OTAN à l’Ukraine, elle poursuivit son extension vers la Russie.

Une sorte de « front anti-occident » se développa à bas bruit. Quatre pays en furent à l’origine : le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine, bientôt rejoints par l’Afrique du Sud. Ils prirent le nom de BRICS. Simultanément, de façon à limiter les conflits frontaliers entre les anciennes républiques du Sud de l’URSS, un autre groupe de pays d’Asie constitua l’OCS (Organisation de Coopération de Shangaï). Association purement militaire au départ, elle évoluera vers l’économie au fil du temps.

Ajoutons à cela l’Alliance Economique de l’Asie et nous arrivons à un ensemble qui  avec les pays associés, regroupe environ 80 % de la population mondiale.

2016 l’année Trump

En novembre 2016, Donald Trump créée la surprise en gagnant l’élection présidentielle américaine. D’emblée, il annonce qu’il va mener une guerre sans merci contre le « deep state » A vrai-dire, peu de gens savaient de quoi il voulait parler. Certes, Eisenhower et Kennedy avaient commencé à mettre en garde le peuple américain de l’existence d’un pouvoir de l’ombre qui s’était introduit à la Maison Blanche, mais cela restait confidentiel. Certains évènements, comme l’assassinat de Kennedy ou encore les attentats du 11 septembre 2001, que Peter Dale Scott qualifiait « d’évènements profonds structurels » dans son livre « l’État profond américain » avaient contribué à éveiller le doute d’un certain nombre d’américains qui constataient certaines « bizarreries » peu compatibles avec la Constitution américaine, mais la bascule était encore loin de se produire. La seconde guerre en Irak et les mensonges qui la déclenchèrent eurent plus d’influence dés 2003 et la crise financières des « subprimes » qui éclata en 2007 et la commission d’enquête sénatoriale qui mit en lumière un certain nombre de pratiques peu orthodoxes de la part des grandes banques dites « systémiques » favorisèrent le scepticisme puis la réprobation qui conduisirent Trump à la victoire.

Le premier mandat de Trump mit en lumière cet État profond et le projet mondialiste pour lequel il œuvrait depuis  la fin de la seconde guerre mondiale. Cet État profond réunissait dans le même périmètre les banquiers mondialistes, le « complexe militaro-industriel » et les médias. Anglo-américain au départ, il s’était « supra-nationalisé » au travers d’un certain nombre d’institutions à caractère mondialiste. L’ONU en 1946, l’OTAN en 1949 puis les « think tank » comme le club du Bilderberg»  en 1954 ou encore la « Commission trilatérale » en 1973, précédée de peu par le WEF (Word Economic Forum) de Davos (1971)

Mais revenons en 2017. Commencé en janvier, le premier mandat de Donald Trump allait être une suite d’attaques des démocrates du deep state portant sur ses relations passées avec la Russie qui auraient facilité une ingérence de cette dernière dans son élection. Ensuite il y eu l’épidémie du Covid puis les vaccins où chacune de ses interventions était sujette à railleries et il subit sans discontinuer les assauts des médias favorables aux démocrates, lesquels étaient les plus nombreux. Cela ne l’empêcha pas de mener les actions qu’il avait prévu sur les frontières, les accords de Paris et d’une façon générale de reprendre une politique plutôt isolationniste.

Après des élections mouvementées en 2020, il ne fut pas réélu, ce qui lui permit de se représenter en 2024. Durant le mandat de Joe Biden (2021-2025), l’État profond américain reprit des couleurs et voulut probablement accélérer les choses coté ukrainien. De leur côté, les pays « non alignés » sur l’Occident commencèrent à s’organiser pour diminuer la part du dollar dans leurs transactions internes. Trois d’entre-eux, la Chine la Russie et l’Inde furent les premiers à mettre une politique de paiement des transactions dans leur monnaie respective.

Février 2022, la guerre arrive en Ukraine

La grande surprise vint de l’ONU. A l’occasion des différents votes, portant notamment sur l’application de sanctions majoritairement décidées par le monde occidental et en particulier par les Etats-Unis,  le monde découvrit que la Russie n’était pas isolée. Pire, elle avait prévu les sanctions et avait conclu des accords pour écouler son pétrole et son gaz. Ces produits, vendus relativement bon marché, avaient permis aux pays européens et notamment l’Allemagne, de rester compétitifs grâce à ce faible coût de l’énergie. Après une première phase de conquête par l’armée russe des provinces de l’Est du pays, la guerre se transforma en guerre de positions.

Une question se pose : Pourquoi les négociations d’Istambul de mars 2022 n’ont-elles pas abouti ?

Le site Hérodote relate cet épisode qui, logiquement, aurait dû aboutir à une cessation des hostilités. Cet évènement capital montre qu’au-delà des deux belligérants apparents, il y avait d’autres forces plus ou moins occultes  qui voulaient que cette guerre se poursuive. Nous arrivons au cœur de l’affaire. Cette guerre a une apparence, celle d’un conflit de territoire et surtout d’influence. L’extension de l’OTAN vers l’Est est factuelle. Mais derrière cette apparence se profile un enjeu d’une toute autre nature, qui est celui de l’établissement d’un gouvernement mondial pour diriger un monde rendu unipolaire alors qu’une grande majorité des habitants de la planète souhaitent  le maintien des souverainetés nationales.

Jusqu’à un passé récent, les États-Unis dirigés par un État profond mondialiste étaient le chef de file de ce projet auquel participaient des organisations créées à la fin de la seconde guerre mondiale comme l’ONU ou l’OTAN.
Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche à complètement changé la donne et l’État profond devenu supranational le sait. Les deux instruments de sa puissance étaient le dollar et l’armée américaine. Cependant l’arrivée de Trump lui a permis de reprendre en main l’US Army et la diminution de la part du dollar dans les échanges internationaux commence à peser sur son cours, d’autant plus que c’est une monnaie purement fiduciaire (sans valeur intrinsèque) et que le projet d’une nouvelle monnaie internationale alignée sur l’or inquiète les banquiers mondialistes à la tête de cet État profond.

Nous entrons dans la configuration décrite par Graham Allison dans « le piège de Thucydide ». Ce livre, paru en 2019 voyait une confrontation arriver entre les États-Unis et la Chine. Elle est toujours possible mais aujourd’hui la plus probable est celle  qui opposerait les tenants d’un monde global projeté par l’État profond supranational aux partisans d’un monde « multipolaire » qui préserverait l’existence des nations et leur souveraineté.

Il apparaît aujourd’hui que Trump puisse être parmi ces derniers et cela change considérablement les choses.
Dans cette hypothèse, qui est rendue crédible par le combat incessant qu’il mène contre l’État profond, il doit trouver des alliances pour remporter la victoire finale. Cela pourrait expliquer son comportement  vis à vis de la Russie de Poutine d’une part, et son hostilité envers l’Union Européenne d’autre part. Celle-ci incarne pour lui la persistance de l’État profond et visiblement il veut éviter une guerre qui opposerait la Russie à l’Union Européenne par OTAN interposé.

Une alliance objective avec la Russie lui procurerait un triple avantage :

Affaiblir l’État profond  qui ne pourrait mener à bien la montée en puissance d’une Europe fédérale.
Décourager l’UE de mener une guerre qui peut s’avérer catastrophique pour l’humanité.
Ramener vers le continent européen une Russie de plus en plus proche de la Chine.

De son côté, la Russie pourrait renouer avec l’Ouest de l’Europe au grand dam des Anglais qui ont toujours voulu l’en tenir à l’écart et cela la positionnerait comme une des trois « superpuissances » de ce monde multipolaire, les deux autres étant les États-Unis et la Chine.

Le 20 décembre dernier, la directrice du renseignement américain mise en place par Donald Trump début janvier, a dénoncé l’attitude de l’agence de presse britannique Reuters. Elle l’accuse publiquement de faire de la désinformation concernant l’intention de la Russie d’entrer en guerre avec l’OTAN et l’Union Européenne.

Elle soupçonne également l’OTAN et l’UE de tout faire pour que les négociations destinées à ramener la paix entre la Russie et l’Ukraine n’aboutissent pas. Voici ce qu’elle a déclaré, parlant de Reuters :

« vous soutenez sciemment les bellicistes qui cherchent à saper les efforts inlassables du président Trump pour mettre fin à cette guerre sanglante qui a fait plus d’un million de victimes des deux côtés [NdA : là, c’est de la politique intérieure US]. Dangereusement, vous propagez ce récit mensonger pour bloquer les efforts de paix du président Trump et semer l’hystérie et la peur au sein de la population afin de l’amener à soutenir l’escalade du conflit, ce que l’OTAN et l’UE souhaitent réellement pour entraîner les États-Unis dans une guerre directe contre la Russie.
La vérité est que les services de renseignement américains ont informé les décideurs politiques, notamment le membre démocrate du HPSCI cité par Reuters [NdA : Mike Quigley qui semble avoir été « distrait »] que, selon eux, la Russie cherche à éviter une guerre de plus grande ampleur avec l’OTAN.
Ils estiment également que, comme l’ont montré les dernières années, les performances de la Russie sur le champ de bataille indiquent qu’elle n’a actuellement pas la capacité de conquérir et d’occuper l’ensemble de l’Ukraine, et encore moins l’Europe.
Non, c’est un mensonge et de la propagande. »
 

Lorsque de tels propos sont tenus publiquement par celle qui dirige tout l’appareil du renseignement américain, on ne peut que les prendre au sérieux. Et ce qu’elle dit est très clair ; l’État profond qui contrôle l’OTAN et l’Union Européenne (que l’Angleterre a rejoint pour la circonstance) essaie d’étendre le conflit jusqu’à présent circonscrit en Ukraine au reste de l’Europe en espérant qu’il deviendra mondial…

On comprend alors pourquoi de plus en plus de peuples européens se détourne de cette Union Européenne au profit d’une autre Europe qui conserverait la souveraineté de leurs nations.

Jean Goychman

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