Plus de 20 milliards d’euros d’investissements sur cinq ans : l’annonce faite lors d’une conférence économique slovèno-croate à Portorož marque un tournant stratégique pour les deux pays voisins. Objectif affiché : moderniser les infrastructures, fluidifier les échanges et renforcer la connectivité entre la Croatie et la Slovénie.
Derrière les chiffres impressionnants, un constat simple : malgré une hausse continue du commerce et du tourisme, les liaisons routières entre les deux États restent insuffisantes, parfois archaïques.
Des goulets d’étranglement qui freinent l’économie
Sur le terrain, les transporteurs parlent d’engorgements chroniques. La liaison entre Buzet et le port slovène de Koper, en particulier, concentre les critiques. Routes étroites, tracés anciens, circulation saturée l’été : les convois de marchandises y avancent au ralenti.
Même situation côté croate, sur l’axe reliant Postojna, Ilirska Bistrica et Jelšane vers Rijeka. Ces corridors sont pourtant essentiels : ils irriguent le tourisme transfrontalier et conditionnent la compétitivité des ports du nord de l’Adriatique.
Le secteur du bâtiment est en pleine expansion dans les deux pays, mais les acteurs économiques dénoncent encore deux obstacles majeurs : pénurie de main-d’œuvre qualifiée et lourdeurs administratives persistantes.
Deux projets routiers stratégiques… et sensibles
Au cœur des discussions figurent deux projets d’infrastructures attendus depuis des années. Leur réalisation permettrait de moderniser les axes secondaires reliant la côte slovène à l’intérieur des terres et d’améliorer l’accès vers Rijeka.
Mais ces tracés sont politiquement délicats. Certains acteurs locaux estiment que la Slovénie a historiquement privilégié les connexions reliant Koper à Ljubljana, au tunnel des Karavanke et à Maribor, consolidant ainsi son propre réseau stratégique.
Le segment Postojna–Ilirska Bistrica, qui ouvrirait une connexion plus directe vers Jelšane et Rijeka, n’a jamais été porté au même niveau de priorité. Pour certains observateurs, ce choix ne serait pas uniquement technique. Renforcer la liaison vers Rijeka pourrait rebattre les cartes entre les deux grands ports du nord de l’Adriatique.
Koper contre Rijeka : une rivalité feutrée
Le port slovène de Koper constitue l’un des principaux atouts économiques du pays. De son côté, Rijeka, en Croatie, ambitionne de s’imposer davantage comme plateforme logistique majeure en Méditerranée orientale.
L’amélioration des routes transfrontalières aurait un impact direct sur les flux de fret. Un accès plus fluide vers Rijeka pourrait attirer une partie du trafic aujourd’hui capté par Koper. Ce facteur nourrit les soupçons de certaines initiatives citoyennes en Istrie du Nord, qui dénoncent une prudence politique slovène sur ces tracés.
Officiellement, les responsables politiques restent mesurés. La ministre slovène des Infrastructures a confirmé que les routes concernées sont désormais intégrées dans le plan national d’aménagement. Mais le calendrier reste flou : études, arbitrages techniques, préparation des projets… la phase de construction n’est pas encore imminente.
Côté croate, le gouvernement suit de près les évolutions, affichant l’espoir d’une accélération après des années de désaccords locaux sur les tracés.
Une annonce à forte dimension politique
Le contexte électoral en Slovénie ajoute une dimension supplémentaire. Le pays entre dans une année marquée par des élections législatives imminentes et des scrutins locaux ultérieurs.
Certains observateurs s’interrogent : s’agit-il d’un véritable déblocage après des années d’inertie, ou d’une relance opportune à l’approche des urnes ?
Quoi qu’il en soit, l’ampleur du programme – plus de 20 milliards d’euros – traduit une ambition structurante pour la région.
Vers un nouvel espace adriatique intégré ?
Si ces investissements se concrétisent, les conséquences seraient majeures : réduction des embouteillages estivaux, meilleure fluidité pour les transporteurs, renforcement du tourisme et repositionnement stratégique des ports.
Au-delà des rivalités ponctuelles, l’enjeu dépasse les deux pays. L’Adriatique nord pourrait gagner en cohérence logistique face aux grands axes centre-européens. Une connectivité accrue renforcerait la capacité de la région à capter des flux commerciaux vers l’Europe centrale.
Mais entre annonces, plans d’aménagement et mise en œuvre effective, le chemin reste long.
Pour les entreprises et les habitants des zones frontalières, la question demeure simple : ces milliards se traduiront-ils réellement par de nouvelles routes, ou resteront-ils dans les communiqués ?
Les prochaines années diront si la Croatie et la Slovénie entrent dans une nouvelle phase d’intégration pragmatique, ou si les blocages politiques et administratifs continueront de ralentir un potentiel pourtant évident.
Illustration : DR
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