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Nouveau discours de Javier Milei devant le Congrès pour l’ouverture de la nouvelle session parlementaire, un moment attendu d’électricité politique. En Argentine, l’ouverture des sessions ordinaires n’est jamais un simple exercice institutionnel. C’est un rite, une épreuve de force, parfois une corrida verbale. Avec Milei, l’imprévisible fait partie de la méthode. On ne sait jamais jusqu’où il ira, ni à quel moment il quittera son texte pour s’adresser, les yeux levés, à un adversaire précis, réel ou supposé.
Nous étions un petit groupe d’amis installés devant le téléviseur, un verre de bon vin à la main, conscients que le spectacle ne décevrait pas. Le président se proclame libertarien, ennemi de l’État tentaculaire, mais il a compris très tôt que le pouvoir moderne se joue aussi dans la maîtrise des images. La captation unique assurée par la télévision publique, dont il a pourtant réduit drastiquement les effectifs, lui permet de contrôler l’angle, le rythme, les visages montrés et ceux laissés dans l’ombre. Toutes les chaînes privées reprennent ce flux. L’image officielle devient l’image nationale.
Un détail devenu presque rituel résume l’atmosphère. L’arrivée du président et son accueil par la vice-présidente, Victoria Villarruel, n’ont pas été montrés par la transmission officielle. Les images ont repris une fois Milei déjà à l’intérieur du palais, salué par ses soutiens. La scène du salut, saisie par d’autres caméras, révèle une poignée de main brève, sans regard, sans échange. Aucune parole. À la place d’un geste chaleureux, un protocole glacé.
Pour un public français, habitué aux embrassades républicaines soigneusement chorégraphiées, ce détail pourrait paraître mineur. En Argentine, il est tout sauf anodin. La relation entre le président et sa vice-présidente est devenue un sujet politique à part entière. Milei, accompagné en permanence par sa sœur Karina, véritable cheville ouvrière du pouvoir, a réservé une accolade appuyée au président de la Chambre des députés, Martín Menem. Villarruel, elle, s’est contentée d’escorter le chef de l’État sans un mot, sans un regard échangé.
Une autre scène a circulé abondamment sur les réseaux sociaux, un léger heurt entre Villarruel et Karina Milei dans les couloirs du Congrès. Les interprétations ont fusé. Tentative de repositionnement pour ne pas être reléguée à l’arrière-plan ? Simple incident de protocole ? Peu importe, l’image alimente l’idée d’un triangle de pouvoir tendu, où l’influence familiale prime sur la hiérarchie institutionnelle.
La distance ne s’est pas limitée à la mise en scène. Pendant le discours, tandis que le bloc libertarien applaudissait avec ferveur chaque attaque contre le kirchnérisme, Villarruel est restée en retrait, le visage fermé, concentrée sur son téléphone. Le contraste était visible. L’un incarnait la charge, l’autre la réserve.
Car la divergence n’est pas seulement personnelle, elle est doctrinale. Milei défend une ouverture économique sans compromis, une dérégulation radicale, une réduction drastique du rôle de l’État. Villarruel, issue d’une droite nationale plus classique, a récemment critiqué ce qu’elle qualifie d’« ouverture économique indiscriminée ». Elle a écrit, sans ambiguïté : « Sans emploi national et sans production nationale, il n’y a pas de véritables politiques de gouvernement (…) En définitive, nous parlons de nationalisme ou de globalisme ». Le débat est posé en termes tranchés : nationalisme ou globalisme.
Revenons au discours lui-même où Milei a repris son antienne centrale : « Le modèle de l’État a été une machine à appauvrir les Argentins ».
Pour un lecteur français, cette formule peut paraître excessive, voire provocatrice. Elle prend cependant un sens particulier dans le contexte argentin. Depuis plus d’une décennie, le pays a connu une inflation chronique culminant à des niveaux à trois chiffres, un recours massif à l’émission monétaire pour financer les déficits publics, un système de subventions généralisées et de contrôles administratifs étendus. Dans ce cadre, lorsque Milei parle d’« État machine à appauvrir », il vise un modèle interventionniste qui, selon lui, a distribué artificiellement des ressources en creusant la dette et en affaiblissant durablement la monnaie nationale.
Plus loin, il a martelé : « Nous ne sommes pas venus administrer la décadence, nous sommes venus y mettre fin ». La formule est simple, presque manichéenne. Elle oppose la gestion à la rupture, la continuité au basculement. Il ne s’agit pas d’aménager l’héritage, mais de le liquider.
Le ton est monté lorsqu’il s’est adressé à l’opposition. « Vous êtes responsables du désastre dont nous tentons aujourd’hui de relever le pays. », a-t-il lancé, accusant directement les gouvernements précédents d’avoir mené le pays au bord du gouffre. Les huées ont répondu aux applaudissements. À l’écran, les visages des députés adverses demeuraient invisibles. La caméra restait fixée sur le président, ou sur les siens.
À un autre moment, il a dénoncé « la caste politique qui a vécu en tournant le dos au peuple tout en multipliant les privilèges ». Le terme de « caste » n’est pas rhétorique anodine. Il structure son récit politique depuis la campagne électorale. Il désigne une élite jugée déconnectée, protégée, insensible aux conséquences économiques de ses décisions. Pour un public français, cela reviendrait à voir un président qualifier l’ensemble de la classe parlementaire de corps parasitaire.
Une phrase a été interprétée comme une pique indirecte, peut-être dirigée aussi vers sa propre vice-présidente. « Opositores y propios nos atacaron soñando con abrazar el sillón de Rivadavia », a-t-il affirmé. Des opposants et des proches nous ont attaqués en rêvant d’occuper le fauteuil présidentiel. Dans un pays où la loyauté interne aux coalitions est souvent fragile, la remarque ne passe pas inaperçue.
Ce discours n’est pas celui d’un président qui cherche à élargir sa base en adoucissant son propos. Il ne s’est pas recentré. Il n’a pas tempéré son style. Au contraire, il assume la conflictualité comme méthode de gouvernement. Il parle comme un chef convaincu que le rapport de forces lui est favorable.
Il faut rappeler que Milei bénéficie aujourd’hui d’une majorité parlementaire quasi assurée, obtenue par alliances et recompositions. Les réformes budgétaires les plus douloureuses ont été engagées au début du mandat. Si l’inflation continue de reculer et si la stabilité monétaire s’installe, il pourra présenter ces sacrifices comme le prix nécessaire d’un redressement durable.
La relation tendue avec Victoria Villarruel introduit cependant une variable. Elle incarne une sensibilité différente, plus attentive à l’industrie nationale, plus méfiante à l’égard d’une ouverture commerciale totale. Derrière la froideur protocolaire se dessine peut-être une fracture stratégique au sein même de la droite argentine, entre libertarisme doctrinal et conservatisme national.
Pour l’heure, Milei garde l’initiative. Il ne donne aucun signe d’assouplissement. Il ne cherche pas à normaliser son image, même si sa coiffure, naguère hirsute, paraît désormais plus disciplinée. Le style reste abrupt, la parole reste offensive.
S’il parvient à stabiliser durablement l’économie, sa réélection pourrait en effet apparaître moins comme une conquête que comme une formalité. Mais l’Argentine n’a jamais été un pays linéaire. Elle récompense l’audace, puis la sanctionne. Elle élève, puis elle corrige.
À écouter ce discours, une chose est certaine, Milei ne gouverne pas pour temporiser. Il gouverne pour transformer. Et il entend pousser son avantage jusqu’au bout.
Balbino Katz
Chroniqueur des vents et des marées
[email protected].
Illustration : Breizh-info.com
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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