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Prendre chaque jour une multivitamine ne relève pas seulement d’un réflexe de confort ou de prévention générale. Une nouvelle étude clinique américaine suggère que cette habitude pourrait avoir un effet mesurable sur le vieillissement biologique, du moins chez des personnes âgées en bonne santé.
Les travaux, publiés début mars dans Nature Medicine, reposent sur une analyse issue de l’essai randomisé COSMOS, mené aux États-Unis. Les chercheurs ont étudié 958 adultes âgés en moyenne de 70 ans, répartis entre plusieurs groupes recevant soit une multivitamine-minéraux quotidienne, soit un extrait de cacao, soit des placebos. Des prélèvements sanguins ont été effectués au départ, puis après un et deux ans, afin de suivre plusieurs « horloges épigénétiques », ces marqueurs biologiques censés estimer l’âge réel du corps au-delà de l’âge inscrit sur la carte d’identité.
Résultat : chez les participants ayant pris une multivitamine chaque jour pendant deux ans, les chercheurs ont observé un ralentissement modeste mais statistiquement significatif sur deux de ces horloges épigénétiques, celles qui sont liées au risque de mortalité. L’effet mesuré correspond à environ quatre mois de vieillissement biologique en moins sur une période de deux ans. En revanche, l’extrait de cacao n’a pas montré de bénéfice comparable dans cette analyse.
L’effet observé reste limité. Les auteurs comme les commentateurs de l’étude appellent d’ailleurs à la prudence. Cette recherche ne démontre pas qu’une multivitamine allonge la vie ni qu’elle protège à elle seule contre les maladies liées à l’âge. Elle montre surtout que ces marqueurs épigénétiques peuvent être modifiés par une intervention nutritionnelle simple, ce qui constitue déjà un résultat important pour la recherche.
Pourquoi un tel effet ? Les chercheurs avancent une hypothèse assez simple : chez les personnes âgées, de petites insuffisances nutritionnelles sont fréquentes, notamment pour certaines vitamines ou certains minéraux. En les corrigeant, une multivitamine pourrait soutenir plusieurs mécanismes cellulaires liés au vieillissement, comme la réparation de l’ADN, la lutte contre le stress oxydatif ou le contrôle de l’inflammation.
L’étude s’inscrit aussi dans un ensemble plus large de résultats issus du programme COSMOS. Des analyses précédentes avaient déjà suggéré un lien entre supplémentation multivitaminée et ralentissement du déclin de la mémoire, ainsi qu’un possible effet sur certains cancers ou certaines atteintes oculaires liées à l’âge. Les auteurs estiment donc que ce nouveau résultat pourrait s’intégrer dans un tableau plus large, même si beaucoup de questions restent ouvertes.
Il faut néanmoins garder la mesure. L’effet est réel, mais discret. Il est également très inférieur à celui observé dans d’autres approches plus lourdes, comme la restriction calorique prolongée. En revanche, la multivitamine présente un avantage évident : elle coûte peu, elle est simple d’emploi et elle ne demande aucun bouleversement du mode de vie. C’est ce qui rend ces résultats intéressants sur le plan de la santé publique, sans pour autant justifier un emballement excessif.
En clair, cette étude ne transforme pas la multivitamine en élixir de jeunesse. Mais elle renforce l’idée qu’un apport quotidien équilibré en micronutriments peut avoir des effets mesurables sur l’organisme, notamment chez les seniors. Une piste sérieuse, à suivre, mais qui ne dispense ni d’une alimentation correcte, ni d’une hygiène de vie solide, ni d’un avis médical personnalisé avant toute supplémentation régulière.
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