La clôture récente de l’Année jubilaire 2025 à Rome n’a pas seulement marqué la fin d’un temps liturgique. Elle a aussi ravivé une question que l’Europe contemporaine évite soigneusement depuis des décennies : celle de son identité profonde. Car derrière les crises politiques, démographiques, culturelles et sécuritaires qui traversent le continent, se profile une rupture plus fondamentale : l’effacement progressif de la mémoire chrétienne qui a façonné l’Europe.
Depuis la naissance du christianisme, l’Europe s’est construite autour d’une vision précise de l’homme, du pouvoir, de la loi et de la liberté. Cette vision n’était pas abstraite : elle a structuré les institutions, l’éducation, la transmission culturelle, la conception de la dignité humaine et même la notion d’autorité politique. En se détachant de cet héritage, le continent ne s’est pas libéré ; il s’est désorienté.
Une Europe devenue espace administratif
L’Union européenne moderne peine à définir ce qu’elle est et ce qu’elle défend. Elle sait gérer des normes, produire des règlements, administrer des flux, mais elle ne parvient plus à formuler une vision positive d’elle-même. Cette vacuité identitaire explique en grande partie l’impuissance stratégique du continent, son malaise face à l’immigration de masse, son incapacité à nommer ses ennemis ou même à justifier sa propre survie.
Ce déficit de sens n’est pas accidentel. Il résulte d’un choix politique assumé : celui d’effacer toute référence à l’héritage chrétien au nom d’un universalisme abstrait. En niant ses racines spirituelles, l’Europe s’est privée du langage nécessaire pour défendre ses propres valeurs. Elle exige des sacrifices sans pouvoir expliquer pourquoi ils seraient légitimes.
Redécouvrir ce que le christianisme affirme… et ce qu’il refuse
Réancrer l’Europe dans son héritage chrétien ne signifie ni instaurer une théocratie ni revenir à un passé figé. Cela suppose d’abord de retrouver la clarté doctrinale : le christianisme est une vision du réel, pas une simple éthique molle ou un humanisme interchangeable. Il affirme une certaine conception de la nature humaine, de la hiérarchie, de la liberté et du bien commun, et il en rejette d’autres.
L’Europe contemporaine est confrontée à des idéologies qui nient ces fondements : un progressisme radical qui refuse toute transcendance et toute limite naturelle, et un islam politique incompatible avec la liberté chrétienne et la séparation du spirituel et du temporel. Refuser de nommer ces incompatibilités par peur du conflit revient à désarmer moralement le continent.
Affirmer ce que l’Europe est n’implique pas la haine de l’autre, mais la lucidité. Une civilisation qui ne se définit plus devient incapable de se défendre.
Le rôle décisif des minorités créatrices
L’histoire montre que les renaissances ne sont jamais portées par des majorités passives, mais par des minorités conscientes, structurées et créatives. Le christianisme européen est aujourd’hui minoritaire dans les chiffres, mais il peut encore être décisif dans l’influence.
Cela suppose un engagement assumé dans la vie culturelle, éducative, artistique et politique. Non pour imposer par la force, mais pour proposer une vision cohérente, incarnée, exigeante. Le témoignage vécu compte davantage que les discours abstraits. Une civilisation renaît lorsque ses élites assument ce qu’elles sont sans s’excuser d’exister.
Dans des sociétés profondément sécularisées, l’argument religieux explicite est souvent disqualifié dans le débat public. Cela ne signifie pas que la pensée chrétienne doive se taire. Elle doit apprendre à parler le langage de la raison, du droit naturel et du bien commun, sans renoncer à sa substance.
Défendre la famille, la vie, la transmission ou la continuité démographique n’est pas une lubie confessionnelle : ce sont des conditions objectives de survie pour toute société. Présenter ces enjeux comme tels permet de réintroduire une morale enracinée sans invoquer en permanence l’argument d’autorité religieuse.
Reconquérir les cœurs, pas seulement les esprits
Aucune civilisation ne tient uniquement par des raisonnements. Elle tient par ce qu’elle aime, honore et transmet. L’Europe moderne a remplacé l’héroïsme par la gestion, le sacrifice par le confort, la vocation par le bien-être. Or l’homme, et surtout la jeunesse, aspire à autre chose : au sens, à l’engagement, à une cause qui dépasse l’individu.
Lorsque le christianisme cesse de proposer une exigence, il laisse un vide que d’autres idéologies s’empressent de combler. Le XXe siècle européen en a donné des exemples tragiques. À l’inverse, là où subsistent des communautés chrétiennes vivantes, enracinées, patriotes sans être fermées, l’espérance demeure.
L’Europe a traversé des épreuves bien plus terribles que celles d’aujourd’hui. Elle a survécu aux persécutions, aux invasions, aux guerres civiles, aux totalitarismes. Chaque fois, elle s’en est relevée en retrouvant ce qui faisait son âme.
La crise actuelle n’est pas d’abord économique ou institutionnelle : elle est spirituelle. L’Europe ne se sauvera pas en multipliant les règlements, mais en se souvenant de ce qu’elle est. Et ce souvenir commence par une vérité simple : sans le christianisme, l’Europe cesse d’être une civilisation pour devenir un simple territoire.
Suzanne Le Clech
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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