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05/01/2014 – 06H00 Bretagne (Breizh-info.com) – Lors de sa mise en œuvre, le Dictionnaire de Nantes avait suscité de vives critiques. On parlait alors d’un projet « discutable », au coût exorbitant (plus de 200 000 euros de subvention publique), mis entre les mains d’un trio – Alain Croix, Didier Guivarc’h, Thierry Guidet – « très proche » de la municipalité Ayrault. Au point que certains parlaient d’un « dictionnaire des petits copains ».
A sa sortie, à l’automne 2013, l’ouvrage – énorme et somptueux – se retrouve couvert d’éloges : un « projet fantastique, un magnifique ouvrage » et même une « publication citoyenne ». Alain Croix confirme, son dictionnaire « relève d’un choix démocratique », très ouvert comme le prouve l’absence de « retours » désagréables. Breizh-info.com l’a déjà démenti en soulignant les manques et les débordements. Arrêtons-nous maintenant sur la partie historique, sur la Révolution à Nantes et sur son principal acteur, le représentant du peuple Jean-Baptiste Carrier.
La trajectoire de Carrier est connue. Envoyé en Bretagne pour ranimer les ardeurs jacobines, il se rend à Rennes puis arrive à Nantes après la bataille de Cholet. Il va y passer quatre mois (5 octobre 1793 – 8 février 1994) et mener un proconsulat particulièrement répressif. Il ordonne, conduit et couvre fusillades, noyades, exécutions capitales et exactions de toutes sortes. Ses victimes se comptent par milliers, jusqu’à son rappel par la Convention. Après la chute de Robespierre, il est poursuivi pour ses actes à Nantes, traduit devant le tribunal révolutionnaire qui l’envoie à l’échafaud, le 16 décembre 1794.
De tous ces faits, le Dictionnaire de Nantes livre une interprétation aussi filandreuse qu’édulcorée. Avec deux axes d’explication et pourquoi pas de justification de la conduite de Carrier. Premier axe, présenté par Samuel Guicheteau – un élève de Croix-, c’est celui des justes raisons qui ont conduit au massacre : la ville déborde de réfugiés, de soldats malades ou blessés ; elle grouille de « suspects » ; la disette risque d’entraîner des émeutes ; enfin, les prisons débordent de « brigands » (les Vendéens) infectés pour la plupart. Le pauvre Carrier n’a donc pas le choix : il lui faut « accentuer la répression », avec cette « volonté de terroriser les ennemis (qui) contribue sans doute au choix de ce procédé », les noyades. Rentré à Paris, Carrier a fait office de « bouc émissaire ». Une « légende noire » a travesti son action à Nantes mais « il apparaît que de très nombreux Nantais ont adhéré à la défense révolutionnaire de la Nation, incarnée un temps par le représentant du peuple en mission Carrier. »
Samuel Guicheteau est un second couteau voué aux basses besognes. Tout lui est bon pour disculper Carrier. En bref, du travail de « petite main », navrant de bêtise et de déni.
Le second axe choisi pour nous éclairer sur Carrier est le fait de Jean-Clément Martin. On ne présente plus cet historien « émérite » de la Révolution française, longtemps enseignant à Nantes après avoir travaillé pour… Philippe de Villiers. L’homme est savant et matois, d’une souplesse conceptuelle et lexicale qui peut relever de l’équilibrisme. Il se tient désormais en marge du dernier carré d’historiens robespierristes indécrottables car il procède avec beaucoup plus de finesse et, au bout du compte, de malignité.
Martin ne nie pas les faits, les crimes de Carrier, mais il les replace dans un parcours « long » façon Ecole des Annales. Ainsi a-t-il pris soin, à l’article « noyades » de les insérer dans le contexte négrier nantais. Ici, il faut tout citer :« Les noyades (…) font penser à la répression féroce que les négriers employaient pour faire face à un soulèvement des esclaves pendant les voyages transatlantiques. La présence à Nantes de révolutionnaires ayant vécu dans les îles sucrières n’est sans doute pas sans lien avec cette forme de violence ».
Pourquoi pas ? Sauf que Carrier venait d’Aurillac, qu’il n’avait jamais vu d’Africains et de négriers avant sa venue à Nantes. Alors, ce goût du sang, cette approbation des Nantais seraient-ils de nature génétique ? Ce qui rendrait encore plus urgente cette repentance dont témoigne le mémorial enfoui sous le quai de la Fosse ?
Aux lecteurs du Dictionnaire de choisir : ou l’impérieuse nécessité de purger Nantes des ennemis de la République (Guicheteau) ou l’acceptation du carnage par des Nantais habitués à maltraiter le bois d’ébène (Martin). Mais dans les deux cas, l’histoire dérape.
Jean HEURTIN
Dictionnaire de Nantes, sous la direction d’Alain Croix, Dominique Amouroux, Didier Guyvarc’h et Thierry Guidet, 1104 p. 22×28, Presse universitaires de Rennes, Rennes 2013. 45 €.
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Une réponse à “C. Comme Carrier”
Et dire que notre taxe d’habitation contribue à financer un dictionnaire révisionniste…