05/04/2014 – 08H00 Saint-Nazaire (Breizh-info.com) – Si le suffrage universel est un beau principe, il a l’inquiétante particularité de ne pas garantir le résultat. C’est pourquoi certains essaient d’aider un peu le hasard, le plus discrètement possible. Mais tout finit par se savoir.

Ainsi, en mai 2013, dans un petit bistrot de Guérande, aurait eu lieu une tentative de Yalta politique. Des communistes de l’intercommunalité nazairienne auraient rencontré deux élus UMP du secteur  accompagnés d’un haut responsable de l’UMP 44.

Les communistes, qui auraient sollicité cette rencontre amicale – ce que les Indiens appellent un pow wow – craignaient en effet de beaucoup  perdre lors des élections municipales de 2014. Ainsi, à Trignac, l’usure du pouvoir et le poids des impôts avaient suscité contre eux une opposition inhabituelle. De plus, ils voulaient regagner Saint-Malo de Guersac.  Ceux de l’UMP cherchaient à sauver le maire et conseiller général de Pontchâteau, Bernard Clouet. Cet élu se voyait en effet menacé  par une liste ouverte à la société civile… qui finira d’ailleurs par gagner la mairie

Les représentants du PC auraient donc proposé à ceux de la droite le scénario suivant : vous présentez une liste  à Trignac, afin que le PS fasse bloc avec les communistes qui  conserveraient ainsi la mairie. Vous faites de même à Saint-Malo de Guersac mais là pour rogner sur le PS. Cela devrait provoquer une triangulaire et permettre aux communistes de regagner la ville. En échange, à Pontchâteau les voix communistes iraient à B. Clouet. Pour Trignac,  ils auraient même préconisé une candidature de David Pelon, bien marqué à droite, dès juin 2013. Cela leur donnerait un an pour labourer le terrain et convaincre les Trignacais de « bien » voter.

Pour sauver une citadelle communiste, la dernière de Loire-Atlantique, cela serait revenu à sacrifier David Pelon et tout son travail de reconquête, la colère des Trignacais, leur ras-le-bol d’être pris pour des vaches à lait, leur lassitude d’être toujours et encore derrière un succédané de rideau de fer. Prisonniers d’un passé ouvrier dont il ne restait que des ruines glorieuses – et coûteuses à débroussailler – ainsi qu’une sorte de kyste politique.

 Les deux élus UMP du cru auraient rejeté rapidement et avec fracas la proposition communiste. L’entremetteur de leur parti n’aurait plus eu qu’à se replier à Nantes. L’idée, d’ailleurs, ne serait pas venu de lui – mais de la direction de l’UMP en Loire-Atlantique, « cette petite équipe qui a raté toutes les campagnes », selon une méchante langue.

Résultat de l’échec de ce Yalta politique : David Pelon a été élu dès le premier tour à Trignac  avec 50.81% des voix. Il n’y a pas eu de liste UMP à Saint-Malo de Guersac.  Les communistes y ont été battus par le PS. Comme à Saint-Joachim d’ailleurs. Et Pontchâteau est tombé aux mains d’une liste très ouverte à la société civile, peut-être trop hâtivement étiquetée à gauche par les observateurs. L’opération « il faut sauver le soldat Clouet » a échoué piteusement.

Bien entendu, la direction de l’UMP de Loire-Atlantique ne se souvient de rien… mais elle n’oublie pas de crier comme une jeune fille effarouchée lorsque des conseillers municipaux trignacais s’avèrent proches du FN. Se partager les communes avec les héritiers idéologiques des crimes staliniens est, sans aucun doute, beaucoup plus honorable.

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2014, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.