15/10/2014 – 08H00 Quimper (Breizh-info.com) – Le mouvement de protestation contre le projet d’extension du centre islamique turc de Quimper ne faiblit pas. L’association Résistance – dont l’objet principal est l’opposition à la construction d’une mosquée avec minaret sur l’actuel centre culturel et cultuel de la communauté turque de la ville – appelle ainsi à manifester, le samedi 25 octobre à 11h, devant la mairie de Quimper. Objectif : réclamer un référendum, non pas sur la construction d’une mosquée turque à Quimper – une salle de prière existant déjà – mais sur la réalisation d’un minaret de 12 mètres de haut et d’une coupole qu’aurait promis le nouveau maire de la ville, Ludovic Jolivet (UMP).

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Un tract qui aurait été diffusé durant l’entre-deux tours des élections municipales à destination de la communauté turque de Quimper

« Cela fait des années que nous sommes sur le dossier, qui était jusqu’à présent bloqué et qui progresse depuis l’arrivée du nouveau maire de Quimper » nous affirme Evelyne Carayon, la présidente de l’association Résistance. Différents orateurs, comme Carl Lang, président du Parti de la France, mais aussi Christine Tasin, présidente de Résistance Républicaine, sont attendus dans la cité Cornouaillaise. Quand au Front national local, si certains responsables sont venus à la préparation de la manifestation et semblent vouloir s’investir dedans (notamment au travers d’une pétition qui sera diffusée), le parti en tant que tel ne souhaite pas prendre position – volonté de ne pas se mettre à dos ses électeurs musulmans ?

Du côté des Quimpérois, les avis recueillis sont partagés : pour Karim, qui fréquente la deuxième mosquée de Quimper, d’influence nord-africaine, « nous ne partageons pas forcément la même culture avec les Turcs. Mais je comprends qu’un minaret puisse choquer, surtout ici au fin fond de la Bretagne ». Pour Enora, étudiante, « il n y a aucun problème. Les personnes de confession musulmanes sont de plus en plus nombreuses, nous devons faire des concessions. » Pas le même son de cloche chez Youn, un commerçant : « Même Poignant n’avait pas fait ça. Si ce projet se fait, ça m’étonnerait que le maire actuel fasse un deuxième mandat. Y en a marre du clientélisme, qu’ils bossent pour tous les habitants, pas que pour certaines communautés ».

Au sein de la municipalité quimpéroise, certains élus s’avouent surpris de la gestion du dossier.  Il semblerait en effet que seul Guillaume Menguy, 4ème adjoint en charge de l’urbanisme, du cadre de vie, de la rénovation urbaine et des espaces verts soit impliqué dans ce dossier aux côtés de Ludovic Jolivet. « Tout cela n’est pas très transparent » nous confie un élu d’opposition qui se réjouirait presque de voir un tel dossier « éclater » dans les mains d’un maire classé à droite.

Un dossier d’autant plus explosif qu’il est de notoriété publique que le centre culturel islamique, dirigé par Mehmet Yilmaz, est surveillé voire contrôlé par l’AKP, le parti islamiste du président turc Recep Erdogan, équivalent politique local du Front national, intégrisme religieux en plus.

Or le gouvernement turc issu de ce parti est suspecté de commander une partie de son pétrole à l’Etat islamique, assurant à ce dernier des gains financiers permettant de s’armer et de mener une guerre particulièrement féroce et sanglante contre les chrétiens et les Kurdes. Ces derniers étant, de toujours, les ennemis des …Turcs.

Coincé entre trois Etats (Syrie, Turquie, Irak) et privé de souveraineté depuis toujours, le peuple kurde  apparaît à nouveau comme la victime collatérale de la guerre d’influence que mènent les Turcs et les islamistes, qui se retrouvent pour l’occasion alliés de circonstance, avec la bénédiction des Etats-Unis et d’Israël, alliés traditionnels de la Turquie.

C’est donc dans ce contexte géopolitique plus que sensible que se présente le dossier de la mosquée quimpéroise porté  par Ludovic Jolivet. Alors que les chrétiens d’Orient et les Kurdes sont victimes de massacres, la construction d’un minaret et d’une coupole au coeur  de la capitale cornouaillaise n’aura sans doute pas comme simple message le « rassemblement et le vivre ensemble », mais une portée politique hautement symbolique aux conséquences difficiles à évaluer à l’heure actuelle.

 Un pari risqué quand on sait qu’en 1998, Recep Erdogan – qui a de façon certaine une influence sur les communautés turques en Europe y compris à Quimper – déclarait lors d’un meeting electoral : « Les minarets seront nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées seront nos casernes et les croyants nos soldats », citant là un poème du poète nationaliste Ziya Gökalp .

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la pétition diffusée par le collectif

Photo :  DR
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