Manuel Valls a déclaré mardi à l’Assemblée nationale  qu’« il n’y a pas de peuple alsacien. Il n’y a qu’un seul peuple français ». Il répondait ainsi à une question du député UMP du Bas-Rhin, Patrick Hetzel, qui l a interpellé ce mardi 14 octobre dans l’après-midi, lors de la séance des questions au gouvernement au sujet de la réforme territoriale et plus précisément du sort réservé à l’Alsace. M. Hetzel, plutôt que de s’indigner des propos du Premier ministre, est quant à lui rentré immédiatement dans le rang en déclarant « Le premier Ministre est gonflé ; je n’ai jamais parlé de peuple alsacien mais du peuple d’Alsace. S’en sortir ainsi est scandaleux et me faire ce procès-là est surprenant ».

En faisant la promotion de la « France une et indivisible » et en niant l’existence d’autres peuples que le peuple français, le Premier ministre fait ainsi du négationnisme historique.
Ainsi, quid du peuple breton, issu d’une nation indépendante jusqu’en 1532 ? Quid du peuple corse ? Quid de tous les peuples et nations de l’hexagone qui ont existé bien avant l’apparition du terme « France » ? Quid des centaines d’ ouvrages historiques qui traitent des peuples niçois, alsaciens, corses, bretons, flamands, basques, occitans, normands, …?

Si en effet, la Constitution française de la 5ème République ne reconnait administrativement que « le peuple français », cette sortie du Premier ministre apparaît comme une véritable provocation aux yeux des militants régionalistes, autonomistes ou indépendantistes qui sont nombreux dans plusieurs régions de France – que la nouvelle réforme territoriale tente d’ailleurs d’effacer en les englobant, comme l’Alsace, dans des « mega-regions » sans identités.

Par cette négation du « peuple alsacien », Manuel Valls pourrait aboutir à l’effet inverse à celui recherché : la poussée de la revendication alsacienne, là où cette région, traditionnellement moins agitée que la Corse, la Bretagne ou autre Pays Basque, ne faisait jusqu’ici pas trop de vagues.

Enfin, si pour Manuel Valls il n y a en France qu »un peuple français », celui qui incarne aujourd’hui l’Etat républicain « un et indivisible » se fait moins « laïque et unitaire » quand il s’agît ici, d’aller rompre le ramadan avec les musulmans, ou là, d’aller fêter le nouvel an juif chez son ami Marek Halter.

Jacques Bischeim

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