Lors de la quatrième édition du festival quimpérois Penn Ar BD, le Grand prix de la bande dessinée bretonne 2015 a été décerné à l’album Un océan d’amour. Qualifiée d’humaniste ou d’écologiste par la presse spécialisée, cette bande dessinée est en réalité un plaidoyer pour l’enracinement contre la société mondialiste de consommation. Un succès bien mérité pour cet album qui présente la particularité d’être entièrement dénué de dialogues.

Près de Douarnenez. Dans une petite maison, sur la falaise, face au vent. Comme chaque matin, un vieux Marin-pêcheur breton se lève avant l’aube. Il fait encore nuit noire lorsqu’il doit quitter son lit. Il prend son café avec une galette complète et se douche. Il emporte son panier-repas, contenant une boîte de sardines, que sa bigoudène lui a minutieusement préparé, et part avec son mousse à la pêche au grand large sur son minuscule chalutier. Avec son filet, il ne remonte que les déchets de l’océan. Mais ce jour-là, sa frêle embarcation est coulée par un immense cargo fonçant droit sur eux et qui ne les voit même pas. La nuit tombe. A quai, son épouse s’inquiète. Mais elle ne veut pas renoncer. Elle est persuadée que son mari est encore vivant. Tandis que le vieil homme erre sur l’océan et noue une amitié avec une mouette, elle sollicite les conseils d’une voyante. En lisant l’avenir dans les crêpes ( !), elle lui dit d’aller le chercher à Cuba. Après une prière à la Sainte vierge, elle décide de partir. Alors qu’elle n’a jamais quitté sa ville bretonne, la femme embarque donc sur un ferry pour un long voyage loin de sa chère Bretagne. Elle fait découvrir aux femmes les joies simples pour les décrocher de leurs smartphones. Aux enfants, à la place des hamburgers, elle prépare des crêpes. Le succès de la gastronomie bretonne est immédiat. Mais dès son arrivée à Cuba, soupçonnée de vouloir assassiner Fidel Castro, elle est emprisonnée dans une geôle cubaine. Après sa libération, elle doit encore fuir les journalistes. Mais, heureusement, elle finira par retrouver son mari dans sa petite maison bretonne.

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Wilfrid Lupano, scénariste de Sarkozix, a créé une nouvelle forme de bande dessinée. Il s’agit d’une poésie burlesque en images. L’histoire est muette, sans bulle, mais pourtant pleine de messages.

Lupano traite en premier lieu de l’amour entre personnes âgées. Dès les premières pages, le lecteur se prend d’empathie pour ce marin pêcheur breton et pour cette brodeuse bigoudène qui parcourt le monde pour le retrouver. Lupano a « choisi de raconter un amour dilué dans la routine, certes, mais qui n’empêche pas des liens très forts entre deux individus qui n’envisagent pas de vivre l’un sans l’autre ».

Le scénariste évoque également la richesse de la culture bretonne en montrant les vertus de l’enracinement par rapport à la société de consommation.

Enfin cet ouvrage dénonce, mine de rien, la mondialisation et l’une de ses conséquences, l’appauvrissement de la mer (pollution, piraterie, raréfaction des espèces, crise de la pêche…).

Grégory Panaccione, né à Nantes, offre 220 pages magnifiquement réalisées. Son dessin vif et spontané convient parfaitement au message de Lupano. Panaccione s’explique : « j’étais content qu’il me propose un scénario avec la Bretagne en toile de fond. J’habite désormais Milan (Italie) mais j’ai passé de longues vacances à côté de Saint-Brieuc. C’est touchant que les Bretons aient apprécié notre bouquin ».

Kristol Séhec.

Un Océan d’amour,  Editions Delcourt. 24,95 €

Crédit photos  :  DR
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