Saint-Nazaire. Les Républicains et l’UDI en crise ouverte depuis un an et demi

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26/11/2015 – 18H00 Saint-Nazaire (Breizh-info.com) – Droite parlementaire invisible, centre divisé et même plongé dans une guerre fratricide, la voix de la droite à Saint-Nazaire est complètement inaudible. L’éloignement de Nantes et le sentiment, pour les responsables de droite départementaux, qu’il ne sert à rien de s’obstiner à faire des efforts pour ce bastion de gauche participe à renforcer le malaise. Exemple avec la situation de l’UDI, et notamment de la fronde ouverte contre son chef de file Le Merrer.

Pour ce Nazairien, militant centriste, « la crise ouverte au centre-droit est d’autant plus ridicule que cela se passe dans une cabine téléphonique : ils ne sont même pas 20, et pourtant ils ont réussi à ériger le rideau de fer dans la cabine téléphonique, passer du barbelé au-dessus et s’envoyer régulièrement des SCUDS ». Amusante image qui traduit une réalité qui l’est moins : le centre nazairien ressemble, en ces années qui honorent le centenaire de la Grande Guerre, à une miniature de Verdun.

Au début de l’histoire, les municipales. Ludovic le Merrer est investi, fait 33% au second tour (25% au premier tour) et se retrouve dans l’opposition au conseil municipal, où entre aussi le FN (13,5%). Après les municipales, la circonscription nazairienne reste livrée à elle-même au sein de l’UDI, sans responsable de circonscription, pour plusieurs raisons : le départ de Le Merrer de l’UDI vers le Modem et ses péripéties professionnelles puisqu’il est alors prévu qu’il quitte Saint-Nazaire pour Dinan suite à une mutation professionnelle, ainsi que la division au centre. Un mois à peine après les élections, la droite fait scission avec d’un côté Le Merrer et ses féaux, au centre-gauche, et de l’autre Sandra Vandeuren, William Duval (tous deux UMP), et l’Udi Pierre-Yves Vincent, positionnés au centre-droit.

A l’été 2014, Pierre-Yves Vincent et Alexis Thomas, militants UDI de tendance plutôt centre-droit, proposent de reprendre la circonscription pour préparer les cantonales du printemps suivant. Un autre candidat se fait jour, à savoir Erwan Paul, qualifié de « revenant » puisqu’il était pendant les municipales second de la liste centriste dissidente de Martine Dardillac qui a fait 5,32%. A l’approche des cantonales, un voile de pudeur a été jeté sur cette division et Ludovic le Merrer s’est allié avec l’ex-dissidente, tout en permettant à Erwan Paul de devenir le délégué de circonscription, dans une élection qui du reste prête à contestation : « Erwan Paul est radical et proche d’Isabelle Mérand, la déléguée départementale, et par ailleurs il y a eu des adhésions de dernière minute qui permis son élection », explique Pierre-Yves Vincent. Le procédé, courant à l’UDI, au Modem et de manière générale dans certains partis (de toutes tendances politiques) ou sections dont les effectifs sont réduits, consiste à faire adhérer dans les 3 à 15 jours précédant l’élection des gens souvent issus de l’entourage familial ou amical de l’un des candidats afin de faire pencher la balance en sa faveur. « Nous avons envoyé un rapport sur ces manquements graves – douze points d’irrégularité vis à vis des statuts ont été répertoriés – à Joël Guerriau qui s’est assis dessus », poursuit Pierre-Yves Vincent.

Pour ce dernier, « Ludovic le Merrer espère faire la pluie et le beau temps à la fois à l’UMP – où il dispose du soutien de Florence Beuvelet – à l’UDI et au Modem. Il a noué une alliance objective avec Erwan Paul pour continuer à être le seul chef de file de la droite nazairienne ». On retrouve d’ailleurs Florence Beuvelet dans une crise presque similaire au sein de l’UMP cette fois puisqu’elle s’est retrouvé dans un conflit  avec le maire de Trignac David Pelon, tombeur des communistes, autour de la responsabilité de la VIIIe circonscription à l’UMP. La première – passée de l’UDI où elle était pendant les municipales à l’UMP – était soutenue par les responsables nantais, le second par les militants locaux. Ce dernier a été écarté et malgré sa victoire électorale symbolique puisque Trignac a été communiste dès le début de son histoire, il a été mis sur la touche et ne figure pas par exemple sur la liste aux régionales où il aurait été logique de le retrouver. En revanche Florence Beuvelet y est (21e place) et Le Merrer aussi (34e) ; tous deux y figurent cependant de façon symbolique, puisqu’ils n’ont guère de chance de siéger dans l’hémicycle régional.

Dans ce tourbillon de rancoeurs, les cantonales sont venues ajouter une louche de fiel. Nombre de militants reconnaissent ainsi que « Le Merrer a le don pour troubler la situation partout où il passe ». Parmi ses choix qui ont laissé des traces, sa décision de présenter des listes Modem sur le second canton de Saint-Nazaire, afin de pouvoir exister politiquement après l’échec d’un accord avec l’UDI et l’UMP (Démocratie 44). « Pour faire plaisir à Le Merrer, Jean-Michel Texier est allé au carton » sur ce canton qui ne compte qu’une petite partie de Saint-Nazaire, mais aussi les banlieues ouvrières de Donges, Montoir et Trignac dont une partie fut le dernier canton communiste du département. Face à Grosvalet, le président du conseil général, et au FN – qui s’affrontèrent au second tour – le Modem but la tasse et ne fit pas même 5%. « Donc ils n’ont pas été remboursés et Texier et ses colisitiers en sont chacun pour 4 à 5000 € dans l’affaire ». Ce qui ne participe pas, on s’en doute, à l’amélioration des relations.

« Le centre à Saint-Nazaire n’a cessé d’être en déclin depuis le départ de ses figures historiques de la fin des années 1970 », estime ce fin connaisseur de la politique nazairienne. « Aujourd’hui, le Modem est dans les mains de personnes qui viennent de la gauche, voire du trotskisme, et qui attendent patiemment leur heure en profitant d’une crise interne ou d’une occasion électorale pour accèder au pouvoir ici, pas au sein de l’UDI départementale dirigée par des personnalités indéboulonnables comme Mme Merrand, Maurice Perrion ou Joël Guerriau». Pierre-Yves Vincent « ne pense pas que le Modem ici est pris d’assaut par les trotskistes. Ce sont tout simplement des gens dont l’ego n’est pas en rapport avec leurs ambitions ». Du reste, les relations entre Ludovic le Merrer et le maire de Saint-Nazaire David Samzun ne seraient pas au beau fixe. Cependant, la politique est une chose changeante et la récente nomination de Ludovic Le Merrer comme président départemental de la Gauche moderne, une des composantes de l’UDI et celle qui est la plus à gauche, reflète sa volonté de monter au sein de la confédération centriste en dépassant les blocages locaux.

Entre-temps, il se trouve que ce dernier est en effet revenu à Saint-Nazaire, après avoir quitté son travail à Dinan au début de 2015. Resté plusieurs mois sans occupation, il vient de retrouver du travail – depuis le 1er juillet 2015 – dans une association marquée très à gauche. En attendant , le Centre nazairien est toujours livré à lui-même, tout comme la droite d’ailleurs, une partie des militants des deux partis étant systématiquement tenue à l’écart. « Erwan Paul devait se présenter aux cantonales mais il a trouvé moyen de quitter le navire ; comme j’y suis allé sur Saint-Nazaire 2 j’ai exigé qu’il ne soit plus délégué de circonscription », explique Pierre-Yves Vincent. « Mais il a été remis dans le circuit au moment de la préparation des régionales par Isabelle Merrand ». Ceux qui ne sont pas d’accord « ne reçoivent plus les mails ». Quant aux fichiers, ils sont « largement utilisés, ce qui n’est pas légal », accuse-t-il.

A deux semaines des régionales, « la situation est complètement inextricable », note un ex-militant centriste nazairien, ulcéré. « Tout est fait pour que Saint-Nazaire reste ad vitam aeternam à gauche ». Pierre-Yves Vincent reconnaît que « notre éloignement de Nantes et le fait que les responsables nantais UMP comme UDI ont fait une croix sur Saint-Nazaire sont les principaux problèmes ». Il demande que « des décisions soit prises, dans un sens ou dans l’autre », afin de relancer la machine. Et rendre au premier port de Bretagne une opposition de droite dont l’action soit lisible et l’expression claire. Car aujourd’hui, à l’instar de ce militant de droite nazairien, nombreux sont ceux qui pensent que « la droite à Saint-Nazaire, c’est le FN ».

Photo : DR
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