Juin 1914, sur une île bretonne. Les clochent de l’église sonnent le tocsin. La mobilisation générale est décrétée. Tous les hommes valides de l’île doivent rejoindre le continent pour aller combattre. Persuadés qu’ils seront de retour pour les moissons, ils partent sans crainte se battre. Seul l’instituteur écrit au mur du tableau « Morale du jour : aucune île n’est à l’abri des continents imbéciles ».

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L’île est ainsi vidée de ses hommes vaillants. Seul Maël Gréhat, réformé à cause de son pied-bot, reste sur l’île. Le maire lui propose de remplacer le facteur, même s’il est un peu nigaud. Les mois s’écoulent. Devenu le seul homme de l’île dans la force de l’âge, il est alors désiré de la plupart des femmes. Violant son devoir de facteur, il prend connaissance des correspondances entre les hommes au front et leurs femmes éplorées pour mieux les séduire. Pendant ce temps, sur le front, rien ne se déroule comme les bretons l’espéraient. Certains sont même fusillés parce que, ne parlant que le breton, ils ne peuvent pas obéir aux ordres.

Mais à la fin de la  guerre, les soldats survivants reviennent sur l’ile. Les épouses décident alors de se débarrasser de l’encombrant facteur…

Le scénariste Didier Quella-Guyot a choisi de ne pas localiser précisément cette île battue par les vents pour rester libre dans son scenario. L’histoire elle-même est peu réaliste tant ces femmes, pour la plupart d’une grande foi chrétienne, se devaient de rester fidèles à leurs époux. Mais le scénariste montre bien que, pendant la guerre, les femmes poursuivent les travaux des hommes. Elles doivent ainsi récupérer du goémon séché destiné à enrichir les sols pauvres de l’île.

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Le superbe coup de crayon du dessinateur Sébastien Morice, tout en finesse et en sensibilité, donne vie à ces bretonnes aux coiffes traditionnelles. Ses couleurs chaudes et son sens de la lumière rappellent certaines peintures de l’école de Pont-Aven. Il se justifie ainsi : « j’ai observé attentivement les tableaux de la plupart de ces artistes passés à Pont-Aven. J’en suis fortement imprégné. Je partage avec eux ce goût pour les couleurs vives, pas forcément realistes, mais surtout très évocatrices émotionnellement ».

Kristol Séhec

Facteur pour femmes, Editions Bamboo, 112 pages, 18,90 euros.

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